Mexique - En dépit du virus, la soif de voter
Publié

MexiqueEn dépit du virus, la soif de voter

Le 6 juin, les mexicains éliront, entre autres, 500 députés fédéraux. Ils espèrent des changements pour la reprise après la pandémie.

Partout dans le pays, la campagne bat son plein. 

Partout dans le pays, la campagne bat son plein.

AFP

À Iztapalapa, un grand quartier populaire de Mexico, l’aspiration de ses habitants à participer activement aux législatives du 6 juin, a survécu aux ravages de la pandémie.

Edgar Alonso, 48 ans, est l’un d’eux. En dépit des coups durs et de l’adversité, il garde une foi inébranlable dans le processus électoral.

Lui et ses voisins ont vécu le temps du coronavirus et son long cortège de décès comme un nouveau coup du sort. Mais c’est la pauvreté et l’impératif de survie qui continuent de les motiver à choisir les candidats qui, l’espèrent-ils, les aideront à s’en sortir.

«Le Covid, c’est le destin. Nous n’avons pas de prise sur lui», estime Edgar, qui tient un petit commerce d’électronique sur un marché d’Iztapalapa, où vivent 1,8 million de personnes dont beaucoup avec de faibles revenus.

Près de lui, Jazmin Pille, candidate au Congrès mexicain, parcourt la région et fait la pêche aux électeurs.

Pour Alonso, un autre habitant de cette division territoriale située dans l’est de la capitale, aller de l’avant signifie aussi «aller voter» avec un espoir de changement. «Nous devons exercer notre droit de citoyen comme la Constitution nous l’ordonne», martèle-t-il.

Optimisme mitigé

Mais tout le monde ne partage pas son optimisme dans ce secteur de la mégapole où le virus a tué près de 6600 personnes, soit plus de victimes qu’en Israël ou en Irlande.

Alejandra Gomez, une enseignante de maternelle de 62 ans, se rappelle de son désespoir lorsqu’un de ses enfants est tombé malade. Elle se demande combien de personnes sont «parties» parce qu’elles n’avaient pas réussi à se procurer de bouteilles d’oxygène.

«Pourquoi voter ? Pour être là et faire de la figuration ?", s’interroge Alejandra en déambulant sur une rue pentue de son quartier accroché à une colline.

Toutefois, elle n’exclut pas de participer au processus au cours duquel seront élus les députés fédéraux, 15 des 32 gouverneurs et des milliers de responsables tels que le maire et les législateurs d’Iztapalapa.

La faim ou le Covid

Bien que les restrictions aient paralysé son activité économique pendant des mois, Iztapalapa ne s’est pas complètement arrêté de vivre. «Les gens n’avaient pas d’autre choix que d’aller travailler. Ils nous ont dit : soit nous mourrons de la pandémie, soit nous mourrons de faim», explique Jazmin Pille, 35 ans, candidate du PRI (opposition).

Accompagnée de militants, mais aussi de sa mère et de sa fille, elle distribue des tracts et fait des propositions à qui veut bien les entendre.

Les élections de mi-mandat ont un taux de participation moyen de 51%, contre 65% pour les élections présidentielles, selon les chiffres officiels de 2018. La question est de savoir si le coronavirus va encore faire baisser cette participation le 6 juin.

«Catastrophe naturelle»

Avec près de 224’000 décès, le Mexique, qui compte 126 millions d’habitants, est le quatrième pays le plus durement touché par l’épidémie en chiffres absolus.

Mais cela fait déjà 20 semaines consécutives que ce fléau mondial a ralenti sa progression dans ce pays, au point d’être relégué au second plan parmi les préoccupations des Mexicains.

En mai, seuls 13% d’entre eux considéraient qu’il s’agissait du principal problème national, contre 42% en janvier et 56% en avril 2020, selon une enquête du journal El Financiero.

Dans une autre enquête réalisée par Consulta Mitofsky, la peur d’être victime d’un crime (44,7% des personnes interrogées) dépasse de loin la peur d’être contaminé par le Covid-19 (17,8%).

Derrière cette baisse d’intérêt pour la pandémie se cache également la réalité d’un pays où la moitié de la population vit dans la pauvreté et se préoccupe davantage de sa survie au quotidien. Ce virus «est considéré comme une catastrophe naturelle, quelque chose pour lequel il n’y avait pas grand-chose à faire», explique Máximo Jaramillo-Molina, fondateur de l’Institut pour l’étude des inégalités.

Le Conseil national d’évaluation de la politique de développement social du gouvernement a estimé en février que la pauvreté au Mexique a augmenté de 9,8 millions de personnes en raison de la crise sanitaire.

Pourtant, le président de gauche Andrés Manuel Lopez Obrador n’a augmenté les dépenses publiques que de 0,3% en 2020, bien loin des 23,8% du Brésil ou des 20,1% de l’Argentine, selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes. «Ils ne nous ont pas du tout soutenus, beaucoup de commerces ont fermé, beaucoup de gens sont au chômage», se lamente Arturo Reyes, un boucher de 54 ans, qui votera pour le PRI.

(AFP)

Votre opinion

0 commentaires