Economie: En été, les touristes ont trop chaud en Méditerranée

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EconomieEn été, les touristes ont trop chaud en Méditerranée

 Le réchauffement climatique met en péril la réussite touristique des pays méditerranéens durant l’été, au profit des pays baltiques et scandinaves. Une adaptation des saisons est recommandée aux pays concernés, et pourrait même leur profiter.

Archives/Photo d’illustration. 

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AFP

Comme le rapporte la NZZ am Sonntag, on observe depuis longtemps que les touristes se rendent toujours plus souvent dans des endroits plus frais en été, telles la Scandinavie ou la mer Baltique. Une tendance qui devrait encore se renforcer dans les années à venir, avec le réchauffement climatique. C’est ce que semble confirmer aussi une analyse par le voyagiste suisse Kuoni, effectuée pour le journal zurichois. L'agence de voyages du groupe allemand DER Touristik a comparé trois destinations estivales (Chypre, la Crête et Majorque), choisies par les touristes durant les mois de juillet et d'octobre 2009 et 2019 – soit un mois de vacances d'été et un mois de vacances d'automne typiques. Si ces trois destinations avaient encore la nette faveur en été 2009, depuis, on s’y rend plus volontiers l'automne. «Si les destinations touristiques populaires sont de plus en plus visitées pendant l'intersaison, c'est une conséquence du changement climatique», commente Markus Flick, porte-parole de Kuoni. 

Mises en garde contre les conséquences du changement climatique

La NZZ am Sonntag fait aussi état d’un rapport du cabinet de conseil McKinsey. Il met les pays méditerranéens en garde les pays contre les conséquences du changement climatique sur le tourisme, vu la chaleur de plus en plus souvent «insupportable», dont McKinsey fixe le seuil de tolérance à 37 degrés Celsius. Or, à Antalya en Turquie par exemple, qui attire environ 30 % de l'ensemble du tourisme turc, le nombre de jours où il fait plus de 37 degrés va doubler d'ici 2050 pour atteindre 60 jours. Il en va de même pour le sud de l'Espagne et en Egypte. Sans adaptation de ces pays, leur industrie du tourisme, essentielle pour eux pourrait être considérablement impactée par le changement climatique, écrit McKinsey.

Car la tendance à se rendre plus souvent dans des endroits plus frais en été, comme la Scandinavie ou la mer Baltique devrait encore se renforcer dans les années à venir. La Méditerranée, en revanche, deviendra davantage une destination de printemps et d'automne. Les pays concernés devront donc faire preuve de flexibilité en accueillant les touristes plus tôt et plus tard qu'actuellement (lire encadré).

Le milieu du tourisme doit s’adapter au changement climatique

Dans son étude, l'entreprise de conseil McKinsey recommande vivement aux pays méditerranéens de rendre les basses saisons plus attrayantes, par exemple en baissant les prix, et en ouvrant les établissements plus tôt au début de l’été et plus longuement après.

Chez Kuoni, on perçoit bien un avantage économique dans cette évolution: «Des saisons plus longues ont pour conséquence que le volume de clients se répartit un peu plus uniformément sur l'année», explique le porte-parole Markus Flick. Et cela permet d'employer le personnel hôtelier plus longtemps que pour une seule saison. De plus, comme le note le spécialiste du tourisme Jürg Schmid, en Suisse aussi, les étés seront plus longs et plus chauds. Ce qui donnera à l'espace alpin « la chance de faire de l'été une deuxième haute saison».

Chaleur, méduses et incendies – un avant-goût peu réjouissant

Comme l’écrit la NZZ am Sonntag, l'été actuel «donne un avant-goût de ce que l'avenir nous réserve». La chaleur estivale agréable a fait place à des températures étouffantes. Un bain en Méditerranée ne rafraîchit alors plus, sachant que dans certaines régions méditerranéennes, la température de l'eau frôlait déjà les 30 degrés en juin dernier. Ce qui crée de plus un lieu de reproduction idéal pour les méduses, qui se multiplient actuellement rapidement, rapporte encore le journal zurichois. A quoi viennent s'ajouter les incendies de forêt et la pénurie d'eau dans certains endroits. Des ingrédients peu propices à la détente et au repos.

La canicule impacte aussi la saison de rando en haute montagne

Comme le rapporte le SonntagsBlick du jour, la chaleur et la sécheresse rendent les randonnées en haute montagne plus dangereuses que les autres années. La montagne la plus prisée des touristes, la Jungfrau, qui culmine à 4158 m dans l’Oberland bernois ne devrait plus être escaladée par la voie normale: – pour la première fois en 100 ans – sous l’effet de la chaleur, sa crête s'est en effet muée en un mur de glace, infranchissable sans piolets. Sans parler du risque aigu de chutes de pierres dans la zone du sommet, comme le souligne Tina Gertsch, responsable des sports de montagne au bureau local des guides de montagne.

Même prudence en Valais

Ailleurs, comme en Valais, les conditions climatiques exceptionnelles rendent également certaines randonnées impossibles. Zermatt, ne propose plus les deux tours de difficulté moyenne sur Castor et Pollux pour des raisons de sécurité, comme l’explique le directeur Beat Wälti à la  SonntagsZeitung du jour qui traite également du sujet. Et sur le versant italien du Cervin, les risques de chutes de pierres et d'éboulements sont trop élevés pour s’y rendre, rapporte encore le SonntagsBlick.

(ewe)

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