Jeux d’hiver: En intégrant le programme olympique, le ski-alpinisme a-t-il perdu son âme?

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Jeux d’hiverEn intégrant le programme olympique, le ski-alpinisme a-t-il perdu son âme?

Réduction de cinq à trois épreuves, de 48 à 36 athlètes: le ski-alpinisme devait faire une entrée remarquée au programme olympique en 2026 à Cortina, il se trouve amputé de sa discipline majeure, la course individuelle.

par
Jean Ammann
 Yannick Ecoeur (ici en 2018): «Ce n’est plus notre sport», dit l’ancien menmbre de l’équipe suisse, en découvrant le programme olympique.
Le Matin / Maxime Schmid

 Yannick Ecoeur (ici en 2018): «Ce n’est plus notre sport», dit l’ancien menmbre de l’équipe suisse, en découvrant le programme olympique.
Le Matin / Maxime Schmid

La désillusion: le ski-alpinisme devait faire une entrée en fanfare dans le programme olympique en 2026, à Cortina d’Ampezzo, avec cinq épreuves et 48 athlètes. Il sera finalement réduit à une partition en mode mineure avec deux épreuves et 36 athlètes seulement.

La décision remonte au 24 juin et a été prise par la commission exécutive du CIO (Comité international olympique). Elle avait dans la foulée été répercutée par Le Nouvelliste et La Liberté. «C’est une surprise totale, reconnaissait alors Malik Fatnassi, chef du sport de performance Swiss Ski Mountaineering au Club Alpin Suisse. Je suis représentant des coaches nationaux au sein de la Fédération internationale de ski-alpinisme et personne n’avait vu venir la décision du CIO. Ma déception a été double: d’abord, de voir que l’épreuve reine, la course individuelle, ne figurait plus au programme et ensuite, d’apprendre que le nombre d’athlètes passait de 48 à 36. Pour l’heure, nous ne savons pas le nombre d’athlètes auquel la Suisse aura droit.»

Moins d’athlètes que le skeleton

«Ce n’est plus notre sport!» résume le Valaisan Yannick Ecoeur (40 ans), ancien membre de l’équipe suisse de ski-alpinisme, multiple médaillé aux championnats d’Europe et du monde, vainqueur de la Patrouille des Glaciers en 2010, au côté de Martin Anthamatten et Florent Troillet. Lorsque la décision du CIO était tombée, en juillet 2021, le ski-alpinisme était représenté par cinq épreuves dans le programme olympique: course individuelle hommes et femmes, sprint hommes et femmes et relais mixte. Quarante-huit athlètes, 24 femmes et 24 hommes, étaient admis. Une année plus tard, la commission exécutive du CIO a réduit le ski-alpinisme à deux formats et trois épreuves: le sprint hommes et femmes, et le relais mixte. Le contingent tombe de 48 à 36 athlètes. Trente-six athlètes, c’est moins que le confidentiel combiné nordique (72) ou l’occulte skeleton (50).

«À l’origine, poursuit Yannick Ecoeur, le ski-alpinisme se courait par équipes de deux ou trois. Puis, l’accent a été mis sur les courses individuelles. On pouvait l’admettre, mais il restait une part d’alpinisme dans ce sport: des passages d’arête, des portages, des parties techniques… Aujourd’hui, le CIO ne retient que le sprint et le relais mixte. On sacrifie l’essence du ski-alpinisme à l’aspect télévisuel.»

La star du ski-alpinisme et septuple champion du monde, l’Espagnol Kilian Jornet a réagi à la décision du CIO: «Ces courses, le sprint et le relais, sont agréables à regarder pour les adeptes de ce sport mais elles sont loin de ce qu’est le ski-alpinisme: traces hors piste, aspects alpinisme, endurance, paysages sauvages…»

«Le ski-alpinisme a changé de catégorie: il doit se faire une place face à des fédérations qui sont anciennes, puissantes, qui disposent d’un autre poids politique que nous»

Malik Fatnassi, chef de performance au Club Alpin Suisse

Le ski-alpinisme avait été introduit dans l’agenda olympique aux Jeux de la jeunesse en 2020, à Lausanne, où les Suisses avaient gagné cinq médailles sur les hauts de Villars. Un essai concluant, qui laissait espérer un futur sous la bannière aux cinq anneaux: «Les Jeux olympiques de la jeunesse avaient été une réussite, reconnaît Yannick Ecoeur, mais on sait bien que rien n’est définitif dans le programme olympique: prenez le karaté, il a été introduit en 2020 mais ne sera pas présent en 2024. Cela dit, même si le ski-alpinisme est privé de ses disciplines majeures, les Jeux olympiques de Cortina lui donneront une visibilité certaine.»

«Nous serons présents en 2026, c’est la bonne nouvelle, positive Malik Fatnassi. Il nous faudra faire nos preuves pour être de retour dans le programme olympique en 2030. Je pense qu’en intégrant les Jeux olympiques, le ski-alpinisme a changé de catégorie: il doit se faire une place face à des fédérations qui sont anciennes, puissantes, qui disposent d’un autre poids politique que nous… Nous sommes petits face à des géants. Restons humbles et profitons de la chance que nous donne le CIO!»

Le Français Xavier Gachet, vainqueur de la Coupe du monde en individuelle (2021-2022), avait eu un pressentiment: «J’ai bien peur que le jour où le ski-alpinisme sera aux JO, on se limite au sprint, relais et verticale». Il était bien optimiste, la verticale a disparu.

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