24.04.2017 à 10:46

FranceEn marche, mais vers quoi ?

Si Emmanuel Macron et son jeune mouvement parviennent à l'Élysée, les difficultés vont rapidement se cumuler.

par
Cléa Favre
Cette élection présidentielle était imprévisible et sans précédent. Mais d'après de nombreux observateurs, son issue ne fait plus aucun doute. (Résultats dimanche soir à 23h15)

Cette élection présidentielle était imprévisible et sans précédent. Mais d'après de nombreux observateurs, son issue ne fait plus aucun doute. (Résultats dimanche soir à 23h15)

DR

Il était confiant. Il avait vu les choses en grand en organisant sa soirée électorale hall 7 du Palais des Expositions, à Paris. Et il a eu raison. À 20 heures hier soir, Emmanuel Macron, candidat d’En Marche!, 39 ans, s’est affiché sur les écrans, après avoir ramassé 23,9% des suffrages. Aux côtés de Marine Le Pen, présidente du Front national (21,7%). Cette affiche du second tour de la présidentielle française, avec deux personnalités hors partis gouvernementaux, est inédite. Le Parti socialiste, qui s’était déjà délité pendant la campagne, a réalisé un score historiquement ridicule (6,3%). Alors que La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon a fait un pourcentage exceptionnel mais insuffisant (19,2%). La droite, elle aussi, a échoué: François Fillon, candidat des Républicains, est arrivé à la troisième place (20%) de cette course qui lui était pourtant assurée.

Le visage qui apparaîtra le 7 mai prochain dans les salons français ne fait guère de doute parmi les observateurs. Emmanuel Macron devrait bénéficier de l’effet «tout mais pas l’extrême droite», avec une mobilisation de l’électorat de gauche, du centre et d’une partie de la droite. «Même si certains fillonistes s’abstiennent, toutes nos projections placent le candidat d’En Marche! largement en tête, avec au minimum 60 à 65% des voix», intervient Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po).

Hier soir, des deux côtés de l’échiquier politique, les dirigeants ont appelé à un front républicain. Benoît Hamon a amorcé le mouvement, en encourageant à battre celle qu’il a appelée une «ennemie de la République». François Fillon a affirmé qu’il donnera sa voix à Emmanuel Macron, avançant que «l’extrémisme ne peut apporter que malheur et division à la France». Une voix discordante notable tout de même: celle de Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas donné de consigne de vote.

La créature de Hollande élue?

Si cette arithmétique électorale se confirme et fait d’Emmanuel Macron le prochain président de la République, le choix des citoyens français paraîtrait éminemment paradoxal. Après avoir tant maudit François Hollande, ils placeraient sa «créature» – celui que l’actuel chef de l’État a lancé en politique – à l’Élysée? «Nos enquêtes ont montré qu’Emmanuel Macron était majoritairement un choix par défaut. Il ne s’agit pas d’un vote enthousiaste, mais d’un vote utile qui a pris une grande importance dans ce scrutin», décrypte Luc Rouban. Emmanuel Macron a ainsi rassemblé des électeurs auparavant acquis à Benoît Hamon et qui ont anticipé la défaite du socialiste. Mais aussi des voix du centre et de la droite repoussée par les démêlés judiciaires de François Fillon.

Avec quelle majorité?

Dès lors, il sera extrêmement difficile au trentenaire de répondre aux attentes de ce conglomérat des plus hétéroclites. «Le moment de vérité va très vite intervenir pour Emmanuel Macron. Il va devoir prendre des décisions et ne pourra pas satisfaire tout le monde. Un accord assez large pourrait voir le jour sur la libération des contraintes pesant sur les entreprises. En revanche, les relations internationales, la durée du travail ou l’organisation de l’éducation nationale constituent des sujets potentiellement explosifs», relève le chercheur.

Ce ne sera d’ailleurs pas son seul problème. Son mouvement, avec une petite année d’existence au compteur, court à l’échec aux législatives de juin. Le discours sur le renouvellement de l’offre politique et le lancement de candidats inconnus risquent en effet de ne pas fonctionner dans un scrutin où les citoyens se montrent attachés à des figures locales, qu’ils connaissent. «À peine élu, il serait obligé de composer avec une majorité de Républicains, pas forcément favorable à ses positions. Il devrait donc recourir au 49-3 ou à d’autres moyens de coercition. Des méthodes qui ne cadrent pas avec le renouveau qu’il souhaite incarner», craint Luc Rouban. L’ancien ministre de l’Économie pourrait donc vivre un quinquennat aussi chahuté que son prédécesseur.

«Marine Le Pen a été dans la répétition»

Le score du FN reste en deçà de ce que lui promettaient les sondages. «Comment est-il passé de 27,9% aux régionales à 21,9%, alors que la présidentielle lui est habituellement bénéfique?» s’interroge Jean-Yves Camus, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

«Marine Le Pen s’est refusée à une campagne feuilleton avec des annonces régulières. Elle a été dans la répétition. Il est vrai que les thèmes comme l’immigration, l’identité et l’islam sont plébiscités mais vous ne pouvez pas inventer tous les jours là autour. Ils sont fondamentaux, mais il y a aussi le chômage ou encore l’Europe.»

Elle a essayé d’innover cette dernière semaine, en proposant un moratoire sur l’immigration légale, mais sans que cette idée, trop extrême, soit considérée comme crédible.

Scrutin sous surveillance

C’est sous haute sécurité que les Français ont voté dans les six centres mis à leur disposition à Genève.

La Suisse romande compte 148 000 Français inscrits, dont plus de 100 000 ont décidé de voter en Suisse.

Il L'a dit

«Cette défaite est ma défaite (...) Un jour, la vérité sera faite sur cette élection»

François Fillon, battu au premier tour

Pas de consigne de Mélenchon

Alors que les appels à voter Macron au second tour se multipliaient, Jean-Luc Mélenchon s’est refusé à donner une consigne de vote. «Chacun d’entre vous sait en conscience quel est son devoir. Dès lors, je m’y range.»

78%

Alors que les sondeurs anticipaient une abstention record, le scrutin a mobilisé: le taux de participation devrait avoisiner 78 à 81%, selon les estimations (79.5% en 2012).

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