Hygiène: En prison pour ses saucisses

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HygièneEn prison pour ses saucisses

Les inspecteurs cantonaux ont trouvé des crottes de souris dans ses saucissons, mais le boucher jurassien, un temps récompensé pour son savoir-faire, s'oppose à sa peine.

par
Vincent Donzé
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«Je n'ai jamais vu de souris dans mon laboratoire», prétend le boucher Pascal Geiser.

«Je n'ai jamais vu de souris dans mon laboratoire», prétend le boucher Pascal Geiser.

Le Matin
Pascal Geiser a gagné un prix d'excellence, qui lui a été retiré en raison de ses condamnations.

Pascal Geiser a gagné un prix d'excellence, qui lui a été retiré en raison de ses condamnations.

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Cinquante jours de prison et une amende de 1500 francs, c'est la peine infligée par le Ministère public jurassien à un boucher qui fabriquait des saucisses sèches dans son garage de Bassecourt (JU). Motif, parmi d'autres: ses saucisses contenaient… des crottes de souris! «Impossible: je n'ai jamais vu de souris dans mon laboratoire. Des rats non plus», réplique Pascal Geiser (51 ans), après s'être opposé à l'ordonnance pénale du 9 mars.

Selon Le Quotidien Jurassien, ses saucisses contenaient de la viande avariée et des crottes de souris, mais le boucher aurait aussi volé des brebis et des agneaux qu'il a bouchoyés. Ses saucisses étaient vendues sur deux marchés, où il est désormais interdit d'accès, à Bienne et à La Chaux-de-Fonds. Mais il allait aussi à La Neuveville (BE) et à Aarberg (BE), où, dit-il, les affaires n'étaient pas florissantes. «On veut me mettre en prison pour mes saucisses, ce qu'on ne fait pas pour un vendeur de chanvre», s'étonne le boucher, qui a passé, dans sa carrière, à Delémont, à Lausanne et à Balsthal.

Dans son garage, il fabriquait jusqu'à 100 kilos de charcuterie par semaine. «Mes saucisses, c'est mon unique gagne-pain», affirme ce boucher à la recherche d'un emploi depuis cinq ans. L'assistance sociale le soutient, mais Pascal Geiser ne veut pas de l'assurance invalidité.

Manque d'hygiène

La procureure Laurie Roth a relevé une infraction «par le fait d'avoir manipulé de la marchandise en ne respectant pas l'hygiène nécessaire». Gare aux intoxications alimentaires, vu la présence de «staphylocoques à coagulase positive». Il est aussi question de fausses indications, dès lors que la présence de viande de cheval n'était pas mentionnée.

Le boucher ne comprend pas. Son laboratoire est équipé d'une chambre froide et d'un frigo. «Regardez: le carrelage monte jusqu'au plafond.» Le plan de travail est en inox, sur recommandation du service compétent. Un mur a été érigé devant la citerne à mazout. Le fumoir est ailleurs, à l'autre bout d'un champ.

Les saucisses sont toute sa vie. «À 14 ans, je travaillais déjà le samedi à la boucherie du village, où j'ai effectué mon apprentissage», indique Pascal Geiser. Diplômé en 1986, il a gagné un prix d'excellence au Concours suisse des produits du terroir. Au village, les mauvaises langues disent qu'il a présenté des saucisses achetées ailleurs. Cette distinction décernée en 2009-2010 lui a été retirée, mais la médaille reste en sa possession. Ses dernières saucisses, le boucher les a fabriquées l'automne dernier, en dépit d'une interdiction signifiée en 2013. Pour la justice, il y a insoumission à une décision de l'autorité. Le 30 septembre dernier, une perquisition mettait fin à sa production. «La police m'a saisi 40 saucisses destinées à ma consommation personnelle», soupire Pascal Geiser.

Son quotidien est désormais rythmé par le Service de la probation et celui de la psychiatrie. «Si on m'enlève mon métier, qu'on me donne une autre formation!» s'exclame Pascal Geiser. Pour la procureur Laurie Roth, vu les nombreuses infractions commises depuis plusieurs années, «seule une courte peine privative de liberté peut détourner le prévenu de commettre de nouvelles infractions». Des saucisses, le boucher en mange encore. Celles que sa mère achète au supermarché.

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