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éditorialEn Suisse, cette corruption qui ne dit jamais son nom

Seule la transparence permettrait de lever le soupçon sur les intentions de ceux qui financent les candidats et les partis. Les affaires de Genève le rappellent. Mais Berne reste sourd.

par
Eric Felley
A Berne, le débat sur le financement des partis et des campagnes électorales est récurrent depuis vingt ans en tout cas. Le système suisse s'accommode des petits cadeaux. Mais quand ça dérape, malheur à celui qui est pris dans la nasse.

A Berne, le débat sur le financement des partis et des campagnes électorales est récurrent depuis vingt ans en tout cas. Le système suisse s'accommode des petits cadeaux. Mais quand ça dérape, malheur à celui qui est pris dans la nasse.

La corruption n’existe pas en Suisse. On la trouve en Afrique, dans les pays de l’Est, en Amérique latine, mais pas en Suisse. D’abord, elle ne figure pas dans le Code pénal, où l'on préfère la formule d’«acceptation d’un avantage» qui fait plus propre. Tout est dans la nuance: qu’est-ce qu’un avantage? Est-il justifié? Relève-t-il du service de milice? Oblige-t-il vraiment celui qui le reçoit?

A contrecœur

A Berne, le débat sur le financement des partis dure depuis vingt ans. Le nombre d'objets déposés à cet égard est symptomatique de l'impasse. Beaucoup de parlementaires entament cette discussion à contrecœur sous la pression de la gauche et de certaines ONG. Si ces questions de probité intéressent les citoyens, le procès qu'elle sous-tend agace la plupart des élus. Autrement dit, ils estiment qu’ils n’ont pas de compte à rendre à des gens qui ne comprennent pas comment ça marche en Suisse!

Des montant relativement faibles

Mais, quand ça dérape, malheur à celui qui se retrouve dans l’œil du cyclone médiatique (tandis que les autres font le gros dos). Les récents épisodes, qui ont fait couler une encre amère, sont les milliers de francs versés par le Groupe Mutuel à Raymond Clottu (Ind./NE), ceux versés à Géraldine Savary (PS/VD) par le milliardaire Paulsen, ceux versés au conseiller national Christian Miesch (UDC/BL) par le lobbyiste Thomas Borer, et aujourd'hui les 10 000 francs virés à Serge dal Busco par le groupe Manotel. On peut dire que ce sont des montants relativement faibles mais qui font déjà hurler.

Du «voyeurisme»?

Actuellement, une initiative populaire déposée en 2017 demande que les dons à partir de 10 000 francs soient transparents. Au Parlement, une majorité de droite propose un contre-projet à 25 000 francs pour solde de tout compte. Depuis que Fulio Pelli (PLR/TI) avait déclaré, en son temps, que la transparence n'était rien d'autre que du «voyeurisme», la mentalité n'a guère évolué. Le Conseil fédéral justifie même: «Dans notre système politique, il est douteux que les moyens financiers aient une influence prépondérante sur le résultat des élections et des votations.»

Un malaise tout de même

Pourtant, on sent bien que cet état d’esprit gène parfois certains. Ainsi a-t-on vu Philippe Nantermod (PLR/VS) renoncer au largesse du Groupe Mutuel, après une émission mémorable avec Pierre-Yves Maillard. Mais les sept autres, qui touchent la même somme pour le même service, continuent de les percevoir et ont dû en vouloir à leur collègue de cracher dans la soupe.

Et ceux qui les arrosent?

On doit aussi régler une question fondamentale. On s'en prend aux politiciens fautifs, soit, mais quid de ceux qui les arrosent? L'entreprise ou la personne qui vire 10 000 francs sur le compte privé d'un élu mériterait des sanctions dissuasives et exemplaires, car on peut comparer son attitude à celui qui roule à 100 km/h là dans un village, il met gravement en danger la probité des autorités et des institutions.

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