Commentaire: En Suisse, la peur de l’Islam est toujours aussi forte
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CommentaireEn Suisse, la peur de l’Islam est toujours aussi forte

L’argument de la dignité de la femme musulmane cache en fait un ressentiment qui n’a pas faibli en Suisse.

par
Eric Felley
L’Image de campagne de l’UDC: un monde en noir et blanc. Que du bonheur…

L’Image de campagne de l’UDC: un monde en noir et blanc. Que du bonheur…

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Selon le premier sondage Tamedia, deux tiers des sondé(e)s soutiennent l’initiative visant à interdire la dissimulation du visage en votation le 7 mars. Cela n’est guère surprenant, tant la peur et la stigmatisation de l’Islam se sont installées dans nos esprits au fil des années, des attentats ou des procès. 63% de oui pour l’instant, soit davantage que les 57,5% de la votation contre les minarets en 2009.

Il y a onze ans, on avait compté 5 minarets sur le territoire suisse. Cette année, selon la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, on aurait aperçu entre 20 et 30 femmes habillées de burqa ou de niqab dans l’espace public. Hormis dans quelques endroits touristiques à haute valeur ajoutée, personne n’en croise jamais sur son chemin. On vote donc à titre préventif pour éviter l’invasion musulmane fantasmée par les membres du comité d’Egerkingen.

L’émancipation de la femme est une lutte de chaque instant

Céline Amaudruz (UDC/GE) conseillère nationale et vice-présidente

Certaines personnes à gauche se sont laissé convaincre par la défense de la cause féminine. Mais en votant oui, on n’a pas l’impression que ces femmes vont pouvoir s’extraire de leur culture familiale et patriarcale. En votant non, non plus. En fait, nous nous mêlons de quelque chose qui ne nous regarde pas. Saluons toutefois la déclaration de la vice-présidente de l’UDC, Céline Amaudruz: «L’émancipation de la femme est une lutte de chaque instant. À l’heure où nous nous battons pour l’égalité des sexes, aussi étonnant que cela puisse paraître, la question du voile fait encore débat». On est heureux de lire qu’à l’UDC, on se bat dorénavant pour l’égalité des sexes et la promotion de la femme.

Faisant référence aux minarets, l’ancien conseiller national Jacques Neyrinck fait cette réflexion prémonitoire sur son blog: «Tout laisse prévoir que la nouvelle initiative islamophobe sera, elle aussi, acceptée, d’autant qu’elle joue sur une ambiguïté sournoise: ne pas interdire la burqa revient à l’autoriser, c’est-à-dire à se ranger parmi les partisans de l’oppression des femmes qui sont obligées de se voiler le visage. Le Comité d’Egerkingen se faufile ainsi dans le camp de la liberté de la dignité des femmes, dont au fond il se moque.»

La raison d’être de cette votation n’est donc pas de libérer les femmes musulmanes de l’emprise de leur mari. Plus fondamentalement, c’est l’expression répétée de la peur de l’Islam, qu’entretiennent avec soin certains milieux, une peur qui tend à se banaliser aussi… Comme avec un virus, on finit par vivre avec.

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