Crise ukrainienne: En Ukraine, la guerre a aussi tué le tourisme
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Crise ukrainienneEn Ukraine, la guerre a aussi tué le tourisme

Les touristes ukrainiens ont déserté les plages de sable des bords de la mer d'Azov. En cause: le conflit entre les pro-russes et l'armée ukrainienne.

Par le passé, les touristes pouvaient se prélasser sur les bords de la mer d'Azov, comme ici à Marioupol. (archives)

Par le passé, les touristes pouvaient se prélasser sur les bords de la mer d'Azov, comme ici à Marioupol. (archives)

Keystone

Quand les températures grimpent au-dessus des 30°C sous un soleil écrasant, la mer d'Azov offre le spectacle de ses vagues étincelantes. Mais le conflit armé dans l'est rebelle de l'Ukraine a vidé les plages autour de Marioupol, jadis une destination touristique populaire.

Malgré une importante présence de l'industrie lourde à Marioupol, dernière grande ville de la zone de conflit sous contrôle de Kiev, et le confort parfois rudimentaire, les plages de sable entourant ce port stratégique de presque 500'000 habitants attiraient de nombreux vacanciers qui voulaient profiter de la mer, sans dépenser trop d'argent.

C'était surtout des familles avec enfants qui appréciaient ces eaux peu profondes et chaudes. Mais la guerre entre les rebelles pro-russes et l'armée ukrainienne, débuté en avril 2014, et qui a fait depuis plus de 6'800 morts, a sonné le glas du tourisme.

Sur la côte, la ligne de front passe par le village de Chirokiné, un des points les plus chauds, situé à une vingtaine de kilomètres à l'est de Marioupol. Pas un seul immeuble n'y a été épargné par les bombardements.

Du tourisme extrême

«Ca tire en permanence», raconte un militaire ukrainien, ayant pour nom de guerre Sedoï, positionné à Chirokiné. «Mais on peut éventuellement faire du tourisme extrême ici», ironise-t-il.

A l'Est, le littoral est aux mains des séparatistes, à l'Ouest, il est toujours contrôlé par Kiev. Et malgré une trêve en vigueur, les incidents meurtriers ne sont pas rares.

Vera, une femme au foyer de Donetsk, fief séparatiste, amenait tous les ans ses petits-enfants dans une modeste station balnéaire à l'ouest de Marioupol car «c'était tout proche» - deux heures de route de chez elle - et «pas cher».

Aujourd'hui, plus question d'y aller. «Je ne veux pas que les petits traînent dans des files d'attente au niveau des points de contrôle pour après aller entendre des tirs à Chirokiné ou encore tomber sur une mine au milieu d'une plage», confie cette femme rondelette de 50 ans.

«Attention! Mines!»

Une partie des plages du littoral, considérées désormais comme faisant partie des fortifications, a effectivement été minée, comme en témoignent les affiches «Attention! Mines!» observées par des journalistes de l'AFP.

Les séparatistes ayant ouvertement désigné Marioupol comme prochaine cible, le gouvernement de Kiev a par ailleurs posté des unités militaires sur la côte pour se protéger d'une éventuelle offensive depuis la mer, explique à l'AFP un porte-parole de l'armée ukrainienne, Iaroslav Tchepourny.

D'où des restrictions pour les touristes, appelés à «respecter les règles de sécurité, à savoir ne pas prendre de photos et ne pas s'approcher des fortifications», précise-t-il.

Les maisons de repos restent closes

La mer est aussi devenue dangereuse. Cette année, deux gardes-frontières ukrainiens sont morts, leur vedette ayant explosé après avoir été touchée par une mine marine au large de Marioupol. Un incident similaire a couté la vie à un pêcheur.

A Melekiné, un village à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Marioupol, presque tous les hôtels et toutes les maisons de repos sont vides et beaucoup de commerces saisonniers n'ont simplement pas ouvert leurs portes.

Pas d'argent pour partir en vacances

Petit immeuble vert à deux étages, l'hôtel «Poisson d'or» n'a pas encore accueilli un seul vacancier cet été. L'an dernier, quand les combats entre l'armée ukrainienne et les rebelles faisaient rage, «il y avait au moins des habitants de Donetsk qui arrivaient pour attendre la fin des bombardements dans leur ville. Cette année, beaucoup n'ont simplement plus d'argent pour venir en vacances», déplore Iouri, le gérant.

Certains entrepreneurs ont fini par changer de métier. Tel Oleksandre qui gagnait sa vie en promenant les vacanciers à bord de son canot, avant de se reconvertir en pêcheur.

«Il n'y plus de touristes, il a fallu chercher autre chose», explique le jeune homme, sa chaloupe pleine de poissons.

(AFP)

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