Pesticides - En Valais, les producteurs bios se tiennent à carreau
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PesticidesEn Valais, les producteurs bios se tiennent à carreau

Au sujet des deux initiatives, les milieux agricoles conventionnels dominent largement la campagne. Le conseiller national Christophe Clivaz (Verts/VS) regrette une «ambiance lourde».

par
Eric Felley
Le double non s’affiche même sur les paddocks en plastique dans la plaine du Rhône.

Le double non s’affiche même sur les paddocks en plastique dans la plaine du Rhône.

lematin.ch/Eric Felley

En traversant la plaine entre Martigny et Sion, les affiches du «2x NON aux initiatives phytos extrêmes» côtoient depuis peu celles des campagnes de prévention pour ne pas jeter de canettes aux vaches. Dans ces parcelles morcelées où le tracteur est roi, la très grande majorité des vergers est cultivée de manière conventionnelle. En cette saison, on lutte contre la tavelure, l’oïdium, le feu bactérien, le carpocapse ou le puceron vert du pommier. Les produits utilisés laissent dans l’air des effluves chimiques bien reconnaissables et des traces dans le sol que les initiatives bios veulent interdire ou réduire.

Progression lente et constante du bio

À la fin des années 70, début des années 80 sont apparues en Valais les premières exploitations bios, notamment celle du chanvrier Bernard Rappaz, à Saxon. Leurs méthodes n’ont pas été sans créer des tensions dans le monde agricole, chacun s’accusant mutuellement d’empoisonner l’autre. Mais le conflit du départ s’est apaisé. En 2019, 14% des exploitations du canton sont bios qui font 20% des surfaces exploitées. On compte 363 exploitations, cultivant 7000 hectares, dont 60% en zone de montagne. La grande majorité représente des surfaces herbagères. Ces chiffres sont en progression lente et constante ces dernières années, notamment dans la viticulture.

Une petite banderole sur mon balcon

Jean-Yves Clavien, président de Biovalais.

Jean-Yves Clavien fait partie de ces agriculteurs convertis au bio dans les années 90. À la tête de l’entreprise Frutonic qui fait des jus et des pulpes au Pont-de-la-Morge, il préside également l’association Biovalais rattachée à BioSuisse. Concernant les deux initiatives, il précise d’emblée que Biovalais ne participe pas à la campagne, à l’instar de la Fédération valaisanne des pêcheurs amateurs et pour les mêmes raisons: «Nos membres sont très imbriqués dans la société, constate-t-il. Ils sont de toutes tendances politiques et sont capables de réfléchir par eux-mêmes. Nous ne voyons pas l’intérêt d’avoir une position tranchée». En plus, il trouverait «lamentable» de diviser le monde paysan: «déjà que nous ne sommes plus très nombreux».

À titre personnel, il suivra le mot d’ordre de BioSuisse d’accepter l’initiative contre les pesticides de synthèse, mais pas celle pour la protection des eaux. Ne se considérant pas comme un «phyto-extrêmiste», son engagement se limitera à mettre «une petite banderole sur mon balcon». Il préfère que les choses évoluent à leur rythme: «Le Grand Conseil valaisan vient de décider que les traitements par hélicoptère devaient être réservés aux produits bios. C’est une avancée. Lorsque l’on approche des 400 à 500 hectares de vigne bio, cela fait bouger les lignes. On pousse au dialogue plutôt qu’à la confrontation».

Le WWF, Pro Natura et le conseiller national Christophe Clivaz ont lancé une campagne cantonale pour le oui le 21 avril. «Mais c’est un climat assez lourd, observe l’élu valaisan. J’ai eu des contacts avec des pêcheurs, des agriculteurs ou des apiculteurs qui sont pour, mais personne n’a envie d’apparaître par peur de représailles ou d’être mal compris. On joue sur le fait qu’il y va de la survie des agriculteurs et sur la confusion qu’il y a entre les initiatives.»

Le fromage à raclette en danger…

Au milieu de la campagne, les affiches prêchent pour les convaincus.

Au milieu de la campagne, les affiches prêchent pour les convaincus.

lematin.ch/Eric Felley

Dans le camp du «2 x NON», la campagne est un rouleau compresseur: mise en danger du fromage à raclette, menace sur la culture de l’abricot, risques sanitaires pour le bétail, chute des récoltes, fermeture d’exploitations, économie alpestre précarisée… Cependant, le président de la Chambre valaisanne d’agriculture, Willy Giroud, constate que la campagne se déroule sans animosité. S’il déplore l’incendie d’un char dans le canton de Vaud ou d’autres déprédations: «En Valais, il n’y a rien eu de ce genre qui soit revenu à mes oreilles». Quant aux agriculteurs partisans, ils se font presque aussi rares que les corbeaux blancs: «Je n’en ai vu qu’un seul pour l’instant, dit-il, ce Carron de Fully qui pose avec l’affiche. Je remarque qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui veulent s’engager. Mais je sais qu’Olivier Schupbach, qui est un grand producteur bio, par exemple, votera deux fois non».

Malgré les sondages, qui donnent au plan suisse un oui aux initiatives à environ 55%, Willy Giroud demeure relativement optimiste: «Pour qu’elle passe, une initiative doit être plus haut que 60% au début des sondages».

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