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Meurtre d'AdelineEnfin d'accord de ficher les détenus?

Après les drames de Lucie, de Marie et d'Adeline, sommes-nous enfin à un tournant? Oui, répondent désormais les politiques romands qui se disent, à quelques réticences près, décidés à collaborer davantage.

par
Anne-Florence Pasquier
Keystone

Pierre Maudet, ministre genevois en charge de la Sécurité, est prêt. Il a remis l'idée sur la table: un registre national des détenus dangereux et un échange systématique d'informations entre les cantons. «C'est indispensable, martèle le conseiller d'Etat. Pour évaluer la dangerosité d'un détenu, il faut avant tout que l'information circule et cela de manière systématique. Ce n'est aujourd'hui pas le cas. Même si, il faut le reconnaître, ce registre n'aurait sans doute pas empêché le drame d'Adeline.»

Une attitude saluée par Roland Trezzini, le père de Lucie, assassinée en mars 2009 par un violeur récidiviste. En 2010 déjà, ce Fribourgeois avait fait état de ce dysfonctionnement. «J'avais demandé à Mme Widmer-Schlumpf et à Mme Sommaruga que les cantons soient informés de la juste application du droit fédéral pour la mise en liberté des délinquants dangereux et qu'un suivi, un contrôle soient mis en place», raconte-t-il. Des réponses laconiques lui ont été adressées, mais «sans que les conseillères fédérales prennent en main le dossier».

Plus de dix ans d'attente

Une fiche complète de chaque condamné dangereux, son nom, ses antécédents, son profil psychologique, ses lieux de détention et une photo réactualisée au fil de sa peine constituerait la base de données nationale. Cette mesure préconisée par le ministre genevois trouve écho dans le milieu de la police. «C'est un bon signe qu'a donné le Conseil d'Etat genevois mercredi», se réjouit Olivier Guéniat, commandant de la police jurassienne, qui attend depuis plus de dix ans que l'on fiche les détenus. «Aujourd'hui, tout est cloisonné. On est tombé dans un extrême, car on se réfugie derrière la protection des donnés et le secret médical. Les polices des autres cantons n'ont pas accès au suivi des peines ou des mesures prises dans un canton lambda. On n'a aucun moyen de savoir si une personne est détenue. Pour obtenir l'information, les policiers doivent appeler chacun des 25 autres cantons et la Confédération, une perte réelle d'efficacité.»

Sur la bonne voie

Un comble de l'absurdité qui trouvera peut-être son dénouement le 31 octobre 2013, à l'occasion de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police (CLDJP). «Je reste confiant quant à la volonté de mes collègues romands de franchir cette étape essentielle», espère Pierre Maudet. Le président de la CLDJP, Charles Juillard, le rassure: «Sur le plan romand, on n'aura pas trop de difficultés à se mettre d'accord. Ça prendra du temps pour les discussions, mais la volonté politique est là, je pense.» C'est plutôt du côté alémanique que ça risque de coincer, comme l'a expérimenté Béatrice Métraux, ministre vaudoise en charge de la Sécurité. A la suite de l'évasion de détenus membres des Pink Panthers, elle avait abordé le sujet avec les cantons alémaniques, qui n'étaient pas favorables.

D'accord sur le fond, les conseillers d'Etat fribourgeois Erwin Jutzet et valaisan Oskar Freysinger le sont aussi. Même s'ils ne manquent pas de se poser plusieurs questions. Comment déterminer le niveau de dangerosité? Qui sera fiché et selon quels critères? Et qui aura accès à ces fiches? «Il serait déjà judicieux de transférer les informations entre les différents services du canton, c'est la première chose à faire», argumente Oskar Freysinger. Erwin Jutzet, lui, s'inquiète de «garder toute proportionnalité», notamment en matière de protection des données. Pierre Maudet de rétorquer: «L'argument de la protection des données n'est plus défendable. Il ne fait pas le poids face à celui de la sécurité publique.»

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