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SociétéEnfin des réfugiés bien accueillis

Une fois n’est pas coutume, des habitants se mobilisent en faveur de l’accueil de requérants d’asile dans leur quartier.

par
Cléa Favre
Une minorité du quartier Tines-Boiron (ici Francis Dick et son petit-fils, Raffaella Chiassai Berta, Elisabeth Badertscher et Jérôme Faessler) se mobilise et s’efforce de montrer un visage accueillant.

Une minorité du quartier Tines-Boiron (ici Francis Dick et son petit-fils, Raffaella Chiassai Berta, Elisabeth Badertscher et Jérôme Faessler) se mobilise et s’efforce de montrer un visage accueillant.

Pas de ça chez moi. C’est la rengaine qui accueille habituellement la construction de logements destinés à des requérants d’asile. Nyon n’a d’ailleurs pas fait mentir la règle quand la Municipalité et l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) ont évoqué leur projet conjoint: celui de construire un immeuble de 33 appartements pour loger jusqu’à 110 personnes ayant déposé une demande d’asile. Bâtiment qui devrait sortir de terre dans le quartier des Tines-Boiron. Cependant, c’était compter sans l’indignation d’un second groupe d’habitants «excédé d’entendre toujours le même son de cloche et les mêmes préjugés racistes».

«Comme des voisins normaux»

«C’est une initiative qui est venue du cœur», explique Jérôme Faessler, 38 ans, qui a été le premier à se mobiliser aux côtés de son épouse, Laure, 32 ans. «Nous ne voulions pas que seule la parole des anti puisse être entendue, ni d’un quartier haineux où on crache sur les nouveaux habitants.» Le couple a donc glissé dans les boîtes aux lettres de ses voisins une prise de position. Et, aujourd’hui, ce sont entre 40 et 50 personnes qui les ont rejoints. Leur objectif: montrer que des habitants – «et même des propriétaires» – sont prêts à accueillir ces requérants d’asile «comme des voisins normaux». «Les gens nous ont remerciés. Ils nous ont dit que cela leur faisait du bien d’entendre autre chose que des clichés sur l’invasion et la criminalité», raconte Laure Faessler.

«Je serai là»

Les autres membres du comité sont unanimes. «Ces gens ont énormément souffert dans leur pays, ils ont le droit de vivre ici en sécurité», dit Elisabeth Badertscher, tandis que Raffaella Chiassai Berta ajoute: «Ça ne me pose aucun problème. Je serai là pour que ça se passe bien et que les liens puissent se tisser.»

Ces habitants, bien que minoritaires, voient aussi dans ce projet une occasion à saisir pour réveiller un quartier un peu trop tranquille. La Municipalité prévoit de leur mettre à disposition un petit terrain, ainsi qu’une salle pour organiser des activités. Ils rêvent déjà de jardins communautaires ou encore d’ateliers de cuisine pour faciliter les contacts.

«Cette initiative m’a étonnée et fait très plaisir», commente Stéphanie Schmutz, municipale en charge du dossier. Si le projet est approuvé par le Conseil communal, un référendum pourrait avoir lieu. Le comité des anti est, lui, également prêt à s’engager dans la bataille. Pour lui, le projet est disproportionné. Il s’inquiète aussi pour la sécurité, soulignant qu’une place de jeu se situe juste en face du terrain choisi.

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