Jura - Enfin une belle photo de Porrentruy, la cigogne!
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JuraEnfin une belle photo de Porrentruy, la cigogne!

Quatre ans après l’envol de l’échassier équipé d’une balise, le biologiste Michel Juillard a reçu un beau cliché de sa protégée.

par
Vincent Donzé
L’antenne de sa balise dépasse du plumage sur le dos de «Porrentruy» (à g.).

L’antenne de sa balise dépasse du plumage sur le dos de «Porrentruy» (à g.).

DR – Hans-Lothar Kordländer

Le biologiste jurassien Michel Juillard est aux anges: pour la première fois depuis l’envol de la cigogne «Porrentruy», le 24 juin 2017, une belle photo de sa protégée lui est parvenue. Hors pandémie, ce passionné aurait pris le volant de sa voiture pour retrouver l’échassier, mais là, il suit ses migrations sur l’écran de son ordinateur. Pour obtenir une photo, il a bénéficié d’un concours de circonstances.

«Porrentruy» s’est installée en Basse-Saxe, à 70 km à l’ouest de Hambourg, et à 900 km au nord-est de Porrentruy. Sa localisation n’ayant pas bougé pendant plusieurs jours, Michel Juillard a vu sur son écran une ombre correspondant au mât d’un nid artificiel. «J’ai trouvé une réserve naturelle portant le même nom que la ville de Heinbockel et lorsque je l’ai contactée, on m’a mis sur la piste d’un ornithologue qui s’est révélé aussi sympathique que passionné», rapporte le biologiste de Miécourt.

Nid artificiel

Sa migration hivernale dans le détail: «Après avoir quitté l’Espagne, «Porrentruy» a continué sa migration prénuptiale en France. Elle s’est arrêtée en Vendée, dans une colonie située sur un grand peuplier noir où nous avons cru qu’elle allait nicher, car elle y est restée du 11 février au 14 mars. Mais, une fois de plus, «Porrentruy» en a décidé autrement», raconte Michel Juillard.

«Le 15 mars, elle a continué sa route vers le nord, en effectuant de longues étapes chaque jour. Elle est retournée dans le nord de l’Allemagne, et a décidé, cette fois, de se reproduire sur un nid artificiel, situé sur un mât qui ressemble à l’installation sur laquelle elle est née dans notre ville en 2017!» écrit Michel Juillard sur le site de la Fondation des marais de Damphreux.

La cigogne «Porrentruy» a volé de Madrid à Hambourg.

La cigogne «Porrentruy» a volé de Madrid à Hambourg.

DR – Hans-Lothar Kordländer

Du côté de Hambourg, l’ornithologue Hans-Lothar Kordländer a pu lire le code HES SH 924 sur la bague de la cigogne. Et sur le dos de l’échassier, l’antenne de la balise GPS dépassait du plumage Aucun doute: la cigogne figurant à gauche sur le cliché, c’est «Porrentruy»! «Elle paraît bien se porter et ça, c’est une très bonne nouvelle», se réjouit Michel Juillard.

Comme sa protégée est plus fluette que l’autre, Michel Juillard en déduit à 95% que «Porrentruy» est une femelle. En étudiant ses déplacements en quête de nourriture, le biologiste avait pourtant parié sur le sexe masculin, une femelle étant plus encline à rester au nid. «Pour être sûr de son sexe, attendons un accouplement», précise Michel Juillard.

Le cliché précédent ne permettait pas de distinguer grand-chose…

Le cliché précédent ne permettait pas de distinguer grand-chose…

DR

Son rêve le plus grand, c’est que «Porrentruy» parvienne à se reproduire, après l’échec d’une première nichée causé par le mauvais temps. Trois ou cinq œufs suffiraient à son bonheur. «Après ça, tant pis si elle perd sa balise, ce qui peut arriver en raison de l’usure du harnais en kevlar», dit-il.

Frustré de ne pas pouvoir se rendre en Allemagne, Michel Juillard tisse des louanges aux deux ornithologues allemands qui lui ont servi de relais: «La solidarité est formidable entre ornithologues», relève-t-il. À Madrid, près d’une décharge, une ornithologue allemande en vacances n’avait fourni qu’un cliché de la bague, mais pas de l’oiseau.

Le point vert indique l’envol du 24 juin 2017, le point rouge son emplacement actuel.

Le point vert indique l’envol du 24 juin 2017, le point rouge son emplacement actuel.

DR

À Nolette dans la Somme (F), le gérant d’un camping avait pris une photo guère lisible avec son smartphone. Plus tôt, Michel Juillard lui-même était rentré bredouille de Lisbonne, sa cigogne ayant élu domicile dans une décharge interdite au public.

«Porrentruy» n’en fait qu’à sa tête, mais elle fournit chaque jour de nouvelles informations scientifiques sur l’orientation de sa migration, le choix de ses zones d’arrêt, les distances parcourues. Seule déception: les espoirs de la voir repasser par la ville dont elle porte le nom s’amenuisent.

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