Actualisé 09.01.2020 à 05:54

Enquête sur Tariq Ramadan: «Qui l'a fait roi?»

Polémique

Le journaliste du «Point» Ian Hamel sort aujourd'hui son deuxième livre consacré à Tariq Ramadan, cette fois sous l'angle d'un personnage qui a berné son monde. Et du monde qui s'est laissé berner.

par
lematin.ch
Douze ans après avoir publié «La vérité sur Tariq Ramadan», le journaliste Ian Hamel du «Point» publie une nouvelle enquête sur sa trajectoire et ses méthodes.

Douze ans après avoir publié «La vérité sur Tariq Ramadan», le journaliste Ian Hamel du «Point» publie une nouvelle enquête sur sa trajectoire et ses méthodes.

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Entre le journaliste Ian Hamel et le prédicateur musulman Tariq Ramadan, c'est une longue histoire. En 2007, le journaliste établi en Suisse avait déjà publié «La vérité sur Tariq Ramadan», une enquête de 364 pages sortie aux Editions Pierre-Marcel Favre, qui donnait un éclairage très contrasté du fils de Saïd Ramadan, le fondateur du Centre islamique de Genève.

Comment il s'est imposé

Ironie de l'histoire, en 2020, il publie son deuxième ouvrage sur Tariq Ramadan aux Editions Flammarion, qui avaient refusé le premier considéré comme trop nuancé. Cette fois, le titre annonce la couleur: «Histoire d'une imposture». Qu'est-ce qui a changé en douze ans? Pourquoi en faire encore un livre? «Tariq Ramadan reste le musulman le plus connu dans le monde francophone, se justifie Ian Hamel. Et puis il y a eu depuis les affaires de moeurs, qui l'ont décrédibilisé. Je reviens sur son parcours pour montrer comment il a réussi à usurper certains de ces titres. Par exemple en disant qu'il était professeur de philosophie à l'Université de Fribourg, alors qu'il n'était qu'un chargé de cours bénévole. Pendant longtemps, personne ne songeait à vérifier ce qu'il disait.»

Plus beaucoup de soutien

Toujours en attente d'un procès en France, Tariq Ramadan n'est-il pas un homme à terre aujourd'hui? «Oui, dans un sens très certainement. Son livre paru l'année dernière – «Devoir de vérité» – ne s'est vendu qu'à 3000 exemplaires. Il y a des conséquences concrètes à long terme. Au départ de son affaire de mœurs, la majorité des gens pensaient à un complot. Aujourd'hui, il n'a plus beaucoup de soutien, seulement des pseudos sur les réseaux sociaux. Mais il n'y a plus de personnalités du monde musulman pour prendre sa défense.»

Un double discours

En écrivant un nouvel ouvrage de près de 300 pages, Ian Hamel ne craint-il pas de faire l'effet inverse et d'alimenter encore le mythe du personnage? «Je ne crois pas. En partie le livre essaie d'apporter des réponses à l'interrogation: qui l'a fait roi? A un moment donné, même des religieux catholiques en Suisse le défendaient, des trotskistes en France ou Jean Ziegler en Suisse qui est intervenu pour qu'il puisse réussir sa thèse. Plus généralement, derrière lui, ce sont toujours les Frères musulmans qui sont actifs avec leur volonté de prôner une forme de non intégration. Il y a un double discours que je mets en évidence entre ce qu'ils disent officiellement sur ce point, et le contraire qui est dit en privé».

Trop de mansuétude

C'est l'histoire «d'une imposture», plutôt que d'un imposteur, car selon Ian Hamel, Tariq Ramadan a bénéficié de trop de mansuétude: «Pourquoi, pendant un quart de siècles, des laïcs, des chercheurs, des animateurs de télévision, des journalistes, ont-ils fermé les yeux sur la vraie nature de ce personnage?»

Les conséquences d'une censure

Il relève enfin une occasion manquée à la fin des années 90, qui aurait peut-être changé le parcours du prédicateur de l'islam modéré: «Si un «Temps présent» à la télévision suisse en 1998, évoquant le comportement de Tariq Ramadan vis-à-vis de ses élèves, n'avait pas été censuré, sa carrière aurait été brisée». Il aura fallu attendre une vingtaine d'années pour que l'on évoque ces faits à Genève.

Eric Felley

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