Football: Equipe de Suisse: on a aimé, on a moins aimé

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FootballEquipe de Suisse: on a aimé, on a moins aimé

La Suisse s'est imposée en Grèce vendredi (1-0). Les motifs de satisfaction existent, mais il y a bien des choses à améliorer, notamment à mi-terrain. Voilà ce qu'en pense «Le Matin».

par
Tim Guillemin
Athènes
L'apport dans le jeu d'Haris Seferovic a été très intéressant vendredi.

L'apport dans le jeu d'Haris Seferovic a été très intéressant vendredi.

Keystone

Les internationaux décollent ce samedi d'Athènes en direction de Zurich. Dès ce soir, ils seront à Lucerne, où ils affronteront le Panama mardi. Le moment de tirer le bilan de cette semaine en Grèce.

ON A AIME

Les deux nouveaux systèmes testés

Vladimir Petkovic est un sélectionneur fidèle à ses hommes. Ceux qui l'accompagnent depuis le début de son mandat ont une longueur d'avance dans son esprit, tant pis (pour l'instant) pour les suivants, priés d'attendre leur tour et de tabler sur une baisse de niveau d'un des joueurs établis.

Mais le Mister a prouvé vendredi qu'il pouvait prendre des risques, non pas dans le choix des hommes, mais dans celui du système. Privé de ses ailiers préférés (Admir Mehmedi et Xherdan Shaqiri), le boss a imaginé une tactique avec deux joueurs offensifs derrière l'attaquant de pointe.

Un peu à la «France 98», avec Youri Djorkaeff et Zinédine Zidane derrière Stéphane Guivarc'h. Cette innovation montre que le sélectionneur cherche un plan B pour une équipe souvent trop prévisible offensivement. La première période a été hésitante, avec beaucoup de ballons perdus, mais tout est mieux allé après l'ouverture du score de Blerim Dzemaili.

Et en fin de match, Vladimir Petkovic a même tenté le 3-5-2 «bâlois» avec Michael Lang dans le couloir droit et Fabian Frei en libéro. Pourquoi pas? Ce système est tout à fait adapté aux qualités des joueurs à sa disposition. Bref, la Suisse a prouvé hier pouvoir jouer autrement qu'en 4-2-3-1. Forcément, c'est un pas en avant, même si tout n'a pas été de très loin parfait. La possession de balle (50-50) a d'ailleurs été moindre qu'habituellement.

La victoire, quand même

Le classement FIFA n'est pas une priorité absolue, même s'il peut être utile lors des tirages au sort. Cette victoire est donc bonne à prendre de ce point de vue, sans plus. Par contre, on n'oublie pas les deux matches catastrophiques de mars 2016 (défaites face à l'Irlande et la Bosnie) qui avaient provoqué une vague de scepticisme dans le pays avant l'Euro en France. En gagnant hier, la Suisse délivre un autre message: elle reste dans la continuité de sa campagne de qualification réussie. Ce n'est pas anodin, mais c'est à confirmer mardi face au Panama (qui a tenu jeudi le 0-0 jusqu'à la 68e au Danemark avant de craquer à dix contre onze).

Le match de Haris Seferovic

Il ne joue plus avec Benfica, il a été sifflé contre l'Irlande du Nord, il ne marque quasiment jamais et c'est tout de même ce qu'on demande à un avant-centre. D'accord. Mais son apport dans le jeu a été une fois de plus très intéressant vendredi, même dans le nouveau système imaginé par Vladimir Petkovic. Toujours aussi intelligent, il remise bien et crée des espaces pour ses partenaires.

L'action du but est par exemple symbolique de sa capacité de réflexion: il remise bien pour Granit Xhaka et prend la profondeur sur le côté pour permettre à Blerim Dzemaili et Breel Embolo de plonger dans l'axe face au but. Xhaka le voit, lui transmet la balle et «Sefe» centre alors parfaitement (de son mauvais pied) pour Dzemaili, qui marque d'une volée acrobatique. Alors oui, Dzemaili mérite les applaudissements pour son geste. Mais sans l'intelligence de jeu de Seferovic, ce but n'aurait jamais existé.

L'entrée de Mario Gavranovic

Deux occasions d'entrée, une grosse envie, de la hargne et une volonté constante d'aller au but. L'attaquant du Dinamo Zagreb a prouvé qu'il était en forme. En trente minutes, il a marqué des points par rapport à Josip Drmic. Il n'est pas encore à la Coupe du Monde, mais il a effectué un pas en direction de la Russie.

La charnière centrale

Johan Djourou a toujours répondu présent en équipe nationale et ce sera encore le cas mardi face au Panama. Le Genevois est cependant soumis à une forte concurrence sportive depuis quelques mois et l'émergence de Manuel Akanji. Vendredi à Athènes, le jeune Zurichois a une fois de plus été très bon pour sa cinquième sélection. Son calme balle au pied, la qualité de ses relances et sa complémentarité avec un très bon Fabian Schär a impressionné tout le monde.

La semaine de travail

Le plus important, c'est toujours le match. Soit. Mais la semaine de stage a été très bénéfique pour les internationaux, qui ont pu se retrouver dans un contexte favorable, au soleil, pour bien travailler.

Tous l'ont dit vendredi après le match: ils ont pu soigner l'esprit d'équipe et c'est forcément très important vu que le Mister insiste beaucoup sur la cohésion. Sa volonté de constituer toujours le même groupe et d'incorporer les nouveaux un à un le prouve: rien n'est plus important que le sentiment d'appartenance collective. L'équipe de Suisse est un vrai groupe.

Mais attention: l'absence relative de concurrence peut conduire parfois à des frustrations. Eren Derdiyok, lassé d'être toujours derrière Haris Seferovic, a déjà exprimé son ressentiment. Et Roman Bürki ne se contentera pas éternellement d'être la doublure de Yann Sommer.

ON A MOINS AIME

Les performances des deux latéraux

En décidant de jouer sans ailier, Vladimir Petkovic espérait ouvrir le couloir à ses latéraux. Mais ni Ricardo Rodriguez ni Stephan Lichtsteiner n'ont su en profiter, restant trop timides et ratant les rares centres qu'ils sont allés distribuer dans le camp adverse. Pour que cette stratégie avec trois attaquants «axiaux» fonctionne, il faut des couloirs ressemblant à des avions de chasse. Ce n'était pas le cas vendredi.

Le positionnement de Valon Behrami

Jouer bas lorsque son équipe a la possession de balle a toujours été la mission de Valon Behrami avec la Suisse. Lorsque la Nati part à l'attaque, le pitbull vient systématiquement se placer entre ses deux défenseurs centraux, histoire de prévenir tout contre adverse. Très bien.

Mais vendredi, il a reculé à la hauteur de Fabian Schär et de Manuel Akanji même lorsque la Grèce attaquait, ce qui a provoqué d'importants déséquilibres à mi-terrain et laissé surtout trop d'espaces à Kostas Fortounis, le très bon milieu offensif de l'Olympiakos (suivi de près par Marseille). Trouver le juste équilibre est aussi la mission de Valon Behrami, ce qui n'a pas été le cas vendredi.

La première période

Si la Suisse s'est créée quelques occasions en deuxième mi-temps, elle a dû attendre la 59e pour cadrer son premier tir (et le mettre au fond, accessoirement)! La première mi-temps a été marquée par de trop nombreuses pertes de balle et un manque de rythme assez affolant. D'accord, il y avait le nouveau système à assimiler, mais cette donnée n'excuse pas tout. La Suisse, une fois de plus, a peiné à se montrer dangereuse. Mais elle a fini par gagner, comme presque toujours...

Le match de Granit Xhaka

Qu'est-ce qu'il peut être frustrant, quand même... Son potentiel est immense, sa qualité de passe remarquable, mais il donne trop souvent l'impression de ne pas tout donner, on va finir par croire que c'est le cas.

En première période, il n'a rien proposé, ou pas grand-chose. Il a défendu, d'accord, mais on attend tellement plus de lui que ce n'est pas suffisant. A son crédit, une belle ouverture pour Haris Seferovic sur le 1-0. Trop peu.

Il n'a pas été aidé par Remo Freuler, transparent à côté de lui? C'est vrai, mais il serait fou de mettre la faute sur le milieu de terrain de l'Atalanta, qui a encore tout à prouver.

Granit Xhaka, lui, doit être un leader. Aussi en amical en mars dans un stade vide, oui. C'est même à ça qu'on reconnaît les grands. Il a beaucoup de choses pour en devenir un, mais pas encore tout. Dans ce contexte, le dynamisme et la force de percussion de Denis Zakaria pourraient prendre encore plus d'importance dans les mois à venir. Le Genevois peut clairement postuler à une place de titulaire à mi-terrain en Russie.

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