Football: Équipe de Suisse: on a aimé, on a moins aimé
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FootballÉquipe de Suisse: on a aimé, on a moins aimé

La victoire, la solidité de la défense et l’hospitalité géorgienne sont autant de points positifs de ce séjour caucasien. Les points à améliorer sont eux aussi présents.

par
Tim Guillemin
Tbilissi
Manuel Akanji (qui retient ici Giorgi Kvilitaia) s'est imposé en patron à Tbilissi.

Manuel Akanji (qui retient ici Giorgi Kvilitaia) s'est imposé en patron à Tbilissi.

AFP

L’équipe de Suisse s’est imposée 0-2 samedi à Tbilissi et a lancé idéalement sa campagne de qualifications pour l’Euro 2020. A l’heure de quitter la Géorgie, il est temps de tirer un bilan de ces trois jours dans le Caucase.

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On a aimé

Le sérieux de l’équipe de Suisse en toutes circonstances

On l’a dit et redit, la Suisse de Vladimir Petkovic gagne toujours face à plus faible qu’elle en match qualificatif pour une grande compétition. Aucun excès de confiance, aucune suffisance: le boulot est fait quel que soit l’adversaire en face. Cette régularité n’est pas à sous-estimer et montre bien que le travail est aussi réalisé en amont par le staff de l’équipe de Suisse. Vincent Cavin et ses collègues effectuent des analyses complètes de chaque adversaire, jusque dans le moindre détail. Les joueurs reçoivent une partie de ces informations, jugée la plus pertinente par le staff. Libre aux joueurs d’utiliser ou pas les données à disposition, mais les résultats sans appel face aux «petits» le prouvent: l’approche est la bonne.

La solidité de la défense suisse

D’accord, la Géorgie était privée de Giorgi Chakvetadze, mais quand même: en 90 minutes, l’équipe de Suisse n’a concédé pratiquement aucune occasion à son adversaire. Il y a eu quelques alertes, mais rien de scandaleux, et la défense de l’équipe nationale a une fois de plus été très à son affaire. A trois défenseurs centraux ou à deux, rien ne change: la Suisse est solide derrière. Et il est intéressant de constater que la charnière a été complètement renouvelée par rapport au match contre la Belgique (5-2). Ce soir-là à Lucerne, Nico Elvedi et Timm Klose étaient associés. A Tbilissi, Fabian Schär et Manuel Akanji ont montré qu’il existait tout de même une certaine hiérarchie et qu’ils étaient indiscutables. Mais les alternatives sérieuses existent.

Le stade Boris-Paichadze

Situé à une minute à pied de la gare centrale, dans un quartier hyper-populaire et très vivant, le stade national (55'000 places) est une merveille. Rien à voir avec la tristesse des nouveaux stades situés dans des zones industrielles à plusieurs kilomètres des villes comme à Lille, Lyon ou Nice: celui de Tbilissi est tout simplement parfait malgré la piste d’athlétisme entourant le terrain. Elle n’est pas si grande et se laisse oublier pendant le match. Le public a mis une belle énergie pour soutenir son équipe, en vain, mais la découverte du stade Boris-Paichadze valait le déplacement.

L’hospitalité géorgienne

Quel accueil! Dans la rue, au stade, à l’hôtel, dans les restaurants, et partout ailleurs dans le pays, le peuple géorgien a souhaité la bienvenue à l’équipe de Suisse et à ses supporters de la manière la plus cordiale possible. Dimanche à midi, à l’aéroport, on a croisé un supporter suisse avec un immense coquard à l’œil gauche. L’homme d’une soixantaine d’années, supporter de GC, nous a expliqué s’être battu dans un bar avec… un fan du FCZ! «Les Géorgiens n’y sont pour rien», a-t-il souri malgré son œil tout bleu. L’hospitalité du petit pays caucasien (3,7 millions d’habitants) est tout simplement exceptionnelle et les beautés de cette région trop méconnue en Europe de l’ouest sont époustouflantes. La Géorgie a souffert tout au long de son histoire, y compris récente, et il existe une volonté forte de la part de la population d’aller de l’avant. Les supporters suisses ont aimé le voyage et ils l’ont souligné à plusieurs reprises. Sans même parler de la qualité de la cuisine géorgienne, réputée mondialement.

Le discours de Vladimir Petkovic

Le «Mister» s’est montré très respectueux du pays-hôte et il est profondément injuste de lui reprocher sa comparaison avec la Russie, qui était purement footballistique et tout à fait appropriée. Les Géorgiens, un brin étonnés de prime abord, ont parfaitement compris où le sélectionneur de l’équipe de Suisse voulait en venir lorsqu’il a pu exprimer avec clarté devant eux le fond de sa pensée. Polémique inutile, donc. D’autant que Vladimir Petkovic a de nouveau bien parlé après la rencontre, soulignant encore une fois avec raison les qualités de cette équipe géorgienne, tout en se projetant déjà vers le Danemark. Du bon travail en matière de communication.

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On a moins aimé

Le match de Mario Gavranovic

L’avant-centre du Dinamo Zagreb est terriblement décevant en équipe de Suisse depuis la Coupe du monde. Il y a une année encore, il pouvait être considéré comme un concurrent crédible à Haris Seferovic, mais il apparaît désormais même en difficulté pour être le remplaçant de l’avant-centre de l’équipe de Suisse. Ce samedi, il n’a absolument pas pesé dans le jeu, ne gagnant que peu de duels et n’arrivant pas à créer quoi que ce soit de bon. «Gavra» est un attaquant de surface et il a besoin de bons ballons pour briller. Quand ce n’est pas le cas, comme ce samedi, il peine à exister.

L’absence de Roman Bürki

Les joueurs présents ayant tous plus ou moins bien fait le boulot, on se permettra de regretter l’absence d’un joueur en particulier: Roman Bürki. Son éloignement de l’équipe nationale n’a pas fait trop de vagues et on peine sincèrement à comprendre pourquoi, tant ses raisons semblent égoïstes. Il n’est pas le premier gardien à être remplaçant dans son équipe nationale et, même s’il a le droit de se sentir frustré d’être numéro 2 derrière Yann Sommer, sa réaction est à nos yeux difficilement compréhensible. Après Marwin Hitz, qui n’a pas souhaité se rendre à la Coupe du monde, voilà un autre gardien qui fait défection. Au point que Vladimir Petkovic est obligé de sélectionner ses gardiens numéros 4 et 5 dans la hiérarchie, ce qui est tout de même un handicap sportif. Yvon Mvogo a été bon en Islande et face au Qatar, aucun souci de son côté, mais Roman Bürki, titulaire au Borussia Dortmund, est tout de même un cran au dessus. Refuser de venir servir son pays est une décision à notre avis critiquable.

Les contrôles de Denis Zakaria

L’état d’esprit du milieu de terrain genevois est exceptionnel. Qu’il joue ou pas, il est à fond et son attitude mérite d’être soulignée. Il est heureux et fier de porter le maillot de l’équipe nationale et son enthousiasme fait plaisir à voir. On croit tellement en lui et on aime tellement sa personnalité qu’on aimerait le voir encore franchir un palier dans son jeu, ce qui n’est pas le cas depuis la Coupe du monde. Il a sa chance, pourtant, et Vladimir Petkovic lui fait confiance sur la durée, mais il ne progresse pas encore assez vite pour s’imposer comme un titulaire indiscutable. Ce samedi encore, certains de ses contrôles de balle n’étaient pas au niveau international et la comparaison à ce niveau avec Granit Xhaka, à quelques mètres de lui, a fait mal. Sa faculté à casser des lignes a eu aussi du mal à s’exprimer et on espère sincèrement qu’il arrive à franchir encore un cap avec la Nati afin de devenir le joueur dominant que son potentiel laisse supposer.

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