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FootballÉquipes nationales: les «dream teams» des absents

Plus que jamais, le football des nations est un monde à part. Une preuve? Voici les «équipes types» de ses absents de luxe.

par
Mathieu Aeschmann
Roman Bürki fait partie des absents de marque de cette semaine internationale.

Roman Bürki fait partie des absents de marque de cette semaine internationale.

Keystone

C’est étrange comme le mois de mars est propice à la «petite blessure». Le truc plus embêtant que grave: tension aux adducteurs, cheville qui tourne, vilain coup. Le genre de bobos qui impose une dizaine de jours de repos, vous voyez? Dix jours, pas plus. Juste le temps d’un rassemblement avec l’équipe nationale.

On est sévère? C’est vrai. De mauvaise foi? Pas forcément. Car si le football des nations cherche à se réinventer et y parvient plutôt bien en limitant ses matches amicaux, il peine à exister dans le bras de fer qui l’oppose aux plus grands clubs européens. Il y a pile un an, Raffaele Poli, responsable de l’Observatoire du football (CIES), nous décrivait «une montée en puissance sous l’impulsion de l’ECA (European Club Association). Leurs représentants sont entrés au comité exécutif de l’UEFA ou au capital de la société qui gère les intérêts de la Ligue des champions. Ils ont ajouté un poids politique à leur puissance économique. Du coup, les instances craignent d’aller au clash avec eux.»

Est-ce pour cela que Sergio Agüero, intenable et encore en course pour un quadruplé historique avec City, a obtenu une semaine de congé? À juger l’explication du «mythe» César Luis Menotti, redevenu manager de l’équipe nationale argentine, il faut l’envisager. «Agüero n’est pas avec nous car ni lui ni Messi ne devraient l'être si nous voulons essayer des joueurs. Messi est là parce que le match (contre le Venezuela) se jouera à dix minutes de l'endroit où réside Messi. Et puis le Kun doit aussi jouer des finales et la Ligue des champions…» Vous suivez? Nous, on peine. Mais en gros, ce serait devenu normal que les meilleurs passent leur tour en fonction de leur statut et de leur état de fatigue.

Alors pour s’amuser d’un sujet qui ne fait pas rire tout le monde – surtout pas les sponsors des fédérations – on a composé trois équipes d’absents. Elles ont en commun d’être composées de joueurs qui évoluent régulièrement dans des grands clubs mais ne se sont pas déplacés sous les drapeaux cette semaine. Il y a les retraités, volontaires ou non, les bannis (ou oubliés) et ceux qui sont «au repos». Laquelle a votre préférence?

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ÉQUIPE DES RETRAITÉS

Cette équipe ne serait rien sans Joachim Löw. En écartant contre toutes attentes le trio Hummels-Boateng-Müller du projet de renouveau de sa Mannschaft, «Jogi» nous a rendu une fière chandelle. Avec Mesut Özil, retraité de son fait suite aux attaques nauséabondes dont il avait été victime juste après la Coupe du monde, il offre une colonne vertébrale de champion du monde 2014 à cette équipe. Le Japonais Hasebe, brillant avec l’Eintracht, et Valon Behrami complètent son socle défensif (on a hésité avec Gelson). Sur les côtés, James Milner – que Southgate a bien tenté de faire revenir en sélection - aura certainement de meilleures jambes qu’Arjen Robben. Quant à David Silva, sa vista devrait faire briller les appels de Thomas Müller et le sens du but de Zlatan Ibrahimovic, seul représentant de la MLS.

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ÉQUIPE DES BANNIS

Après «Jogi», nos remerciements vont cette fois à Didier Deschamps. Il faut le constater sans goût pour la polémique, «DD» possède une définition du «groupe» qui laisse pas mal de grand joueur sur le côté. À juste titre? Quand on est champion du monde, on a toujours raison. Reste que la charnière centrale Laporte-Lenglet aurait de la gueule chez les Bleus. Si le Barça et City ne peuvent s’en passer, c’est que ces deux joueurs ont un truc en plus. Pour les «cas» Rabiot et Benzema, le dilemme est posé plus clairement: l’apport dans le jeu ne saurait masquer les risques extrasportifs. On peut le regretter. C’est ainsi. L’autre leçon de cette «sélection des bannis» nous mène vers Stamford Bridge. Il ne fait pas bon jouer à Chelsea si on veut être dans les petits papiers de son sélectionneur. Sinon comment expliquer les absences de Marcos Alonso, David Luiz et surtout du très régulier César Azpilicueta? Reste le cas Mauro Icardi… et les dégâts collatéraux causés par sa femme Wanda Nara.

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ÉQUIPE EN CONGÉ

Il s’agit de la «dream team» la plus hétéroclite, celle qui pose aussi le plus de questions. Chez eux, où se situe la frontière entre une décision «subie» et une autre «négociée»? Dur à dire. Pour Mohamed Salah et Sergio Agüero, c’est une certitude, club et fédération ont passé un deal. Avec la Coupe d’Afrique des nations et la Copa America qui arrivent cet été (pour les fédérations) et un sprint final en Premier League à engager de suite (pour les clubs), l’intérêt était commun de reporter l’amour du maillot à plus tard. Chez les Mancuniens (Matic-Martial-Lindelhöf), les blessures existent mais tout indique qu’elles ont été gonflées pile au bon moment pour qu’un groupe exsangue profite de quelques jours pour se recharger. Reste les Suisses. Roman Bürki boude, dans une posture qui ne serait pas tolérée dans les grands pays de football. Quant à Xherdan Shaqiri et Haris Seferovic, ce n’est faire injure à personne que de dire que si la Géorgie était le Brésil et ces éliminatoires une Coupe du monde, ils seraient très certainement sur le terrain. Ainsi va le football d’aujourd’hui et son rapport de force entre clubs et nations.

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