30.10.2018 à 12:06

Affaire KhashoggiErdogan: «L'enquête ne doit épargner personne»

Le président turc veut faire toute la lumière sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, a-t-il annoncé mardi.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a exhorté mardi le procureur général d'Arabie saoudite, en visite à Istanbul, à déterminer «qui a donné l'ordre» aux meurtriers du journaliste Jamal Khashoggi, ajoutant que l'enquête ne devait épargner personne.

«Qui a envoyé ces 15 personnes (soupçonnées d'avoir tué Khashoggi)? En tant que procureur général saoudien, il faut que vous questionniez cela, que vous le révéliez», a dit Recep Tayyip Erdogan à la presse à Ankara. «Il faut maintenant résoudre cette affaire. Inutile de tergiverser, cela n'a aucun sens d'essayer de sauver certaines personnes», a-t-il ajouté. Il a estimé que «l'enquête ne doit épargner personne».

Procureur saoudien à Istanbul

Le procureur général d'Arabie saoudite s'est rendu mardi au consulat de son pays à Istanbul pour l'enquête sur le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi dans la représentation diplomatique. Le président turc Erdogan l'a exhorté d'enquêter sur le commanditaire.

Saoud ben Abdallah Al-Muajab s'est rendu au consulat après s'être entretenu avec le procureur général de la République à Istanbul Irfan Fidan pour la deuxième fois en deux jours. Saoud ben Abdallah Al-Muajab est arrivé au consulat sous escorte et a pénétré dans le bâtiment sans faire de déclaration.

Selon la chaîne de télévision étatique TRT Haber, le procureur saoudien a demandé à son homologue stambouliote lors de leur entretien lundi de partager l'intégralité des éléments qui figurent dans le dossier d'enquête turc, mais sa requête a été rejetée.

Toujours selon TRT Haber, le procureur turc a questionné les autorités saoudiennes sur la localisation du corps de Jamal Khashoggi qui reste introuvable près d'un mois après le meurtre, en dépit des efforts des enquêteurs. Selon la presse turque, le corps a été démembré par les agents saoudiens.

«Criminels diaboliques»

La fiancée turque du journaliste saoudien a critiqué la réponse du président américain Donald Trump à son meurtre, l'appelant à ne pas permettre à Ryad d'étouffer l'affaire. «Je suis extrêmement déçue de l'attitude adoptée jusqu'à présent par les dirigeants politiques de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis», a déclaré Hatice Cengiz, qui s'exprimait en turc, lors d'un événement commémoratif lundi soir à Londres.

Selon Hatice Cengiz, «le régime saoudien sait où se trouve (le) corps» de Jamal Khashoggi. Elle a appelé les «criminels diaboliques et leurs lâches maîtres politiques» à rendre des comptes.

L'ONU souhaite que des experts indépendants enquêtent

L'ONU souhaite que des experts indépendants soient impliqués dans les investigations sur l'affaire du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. La Haute commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet a appelé mardi à Genève à placer «la barre très haut».

Elle a dénoncé un «crime perpétré affreusement sans gêne». Si elle salue les mesures prises par les autorités saoudiennes et turques, elle estime qu'un dispositif supplémentaire doit être établi étant donné que des officiels de haut niveau en Arabie saoudite étaient «manifestement impliqués».

Pour éviter des investigations avec des «considérations politiques», Mme Bachelet estime que la participation d'experts internationaux, «avec accès intégral aux preuves et aux témoins», «serait hautement souhaitable». Il sera important d'identifier de possibles graves violations des droits de l'homme comme de la torture, une disparition forcée ou une exécution sommaire. De même que les responsables quelle que soit leur fonction. Mme Bachelet demande encore aux autorités saoudiennes de dévoiler «sans délai ni endommagement» où se trouvent les restes de M. Khashoggi. Le Haut-Commissariat est prêt à apporter son assistance, a-t-elle également dit.

Le meurtre de M. Khashoggi, un journaliste saoudien de 59 ans, a provoqué une vague de fortes critiques internationales contre la monarchie pétrolière. Il a aussi écorné l'image de son prince héritier Mohammed ben Salmane, dit «MBS». Ryad a fini par reconnaître, après plusieurs jours, le meurtre du journaliste dans son consulat lors d'une opération «non autorisée». Mais l'Arabie saoudite a avancé plusieurs explications contradictoires. Une attitude contestée par plusieurs acteurs.

(AFP)

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