Formule 1 - Esteban Ocon, la belle histoire de la F1
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Formule 1Esteban Ocon, la belle histoire de la F1

Issu d’une famille modeste, le Français a remporté à Budapest le premier Grand Prix de sa carrière en résistant toute la course durant aux attaques d’un quadruple champion du monde.

par
Luc Domenjoz

Le roman d’un jeune homme pauvre

Esteban Ocon, c’est la magnifique histoire du dernier des pilotes issus d’une famille modeste.

Lorsque Esteban nait, en septembre 1996, ses parents Sabrina et Laurent tiennent un garage à Evreux, non loin de Paris. Le petit Esteban découvre le karting à 4 ans. Elevé dans un milieu automobile, le pilotage et les voitures constituent son seul horizon. Après qu’il ait remporté plusieurs championnats de kartings locaux, ses parents doivent vendre leur maison pour continuer de financer les saisons de kart de leur fils. Toute la famille vit dès lors dans une caravane parquée derrière leur garage.

Repéré par Eric Boullier, le patron de l’écurie Lotus de F1, Esteban Ocon est alors pris sous la houlette de Gravity Management - une société qui appartient au groupe Genii de Gérard Lopez (l’actuel propriétaire des Girondins de Bordeaux venant d’embaucher Vladimir Petkovic), et qui… fera faillite en 2015 - certaines mauvaises langues évoquant là un fonctionnement habituel de Gérard Lopez.

En attendant, Esteban Ocon remporte le championnat de F3 2014 après une lutte acharnée avec un certain… Max Verstappen.

Repéré par Toto Wolff, le patron de Mercedes, il devient alors protégé de la marque allemande, qui s’est occupé de ses débuts en F1 jusqu’à l’an dernier, lorsque Mercedes l’a relâché pour qu’il rejoigne les rangs de Renault, avec la marque Alpine.

Le reste est passé dans l’histoire de la F1, à Budapest, lorsque Esteban Ocon a remporté le premier Grand Prix de sa carrière en résistant héroïquement aux attaques de Sebastian Vettel.

Esteban Ocon, le plus grand des pilotes en taille (1 m 86) est en route pour devenir un grand pilote tout court. Très sympathique, travailleur acharné, le Français de 24 ans ne respire toujours que par la course. Tous les sacrifices consentis par ses parents ont enfin payé avec cette première victoire. Il a montré avoir les nerfs suffisamment solides pour en remporter bien d’autres.

Vettel disqualifié dimanche soir

Il la voulait, cette victoire, Sebastian Vettel. Il s’est retrouvé derrière l’Alpine d’Esteban Ocon dès la sortie du premier virage, profitant lui aussi du carnage du départ.

Dès ce moment, et pendant 70 tours, il a tout fait pour doubler le jeune Français qui a su lui résister - bien aidé par un circuit où les dépassements sont très difficiles.

Finalement, la victoire a donc échappé au quadruple champion du monde, qui termine deuxième. «Je devrais être heureux de monter sur le podium, mais en fait je suis déçu, je voulais tellement gagner cette course. J’ai essayé de maintenir la pression sur Esteban, le pousser à la faute, mais il n’en a commis aucune.»

Tard dimanche soir, après 22 heures, la mauvaise nouvelle tombait: Sebastian Vettel était disqualifié, les commissaires techniques n’ayant pas réussi à extraire un litre de carburant de son réservoir, ainsi que le règlement le prévoit (article 6.6.2 du règlement technique).

Ce litre d’essence permet d’analyser le carburant afin de vérifier qu’il est bien confirme à l’échantillon déposé par chaque écurie en début de saison - le carburant de F1 doit être très proche de celui du commerce, avec un pourcentage de biocarburant.

Aston Martin fait appel

Après que les commissaires techniques aient donné plusieurs chances à l’équipe Aston Martin d’extraire un litre de carburant - et les mécanos n’ont pu en tirer que 300 millilitres -, ils ont donc décidé que la voiture de Sebastian Vettel n’était pas conforme au règlement et l’ont disqualifié.

Au championnat, Lewis Hamilton gagnait donc une place et trois points, passant de troisième à deuxième - tandis que Max Verstappen gagnait un point, de dixième à neuvième.

Mais à 22 h 14, l’écurie Aston Martin a annoncé son intention de faire appel de cette décision. Elle a désormais 96 heures pour confirmer ou non son appel, qui sera jugé auprès du tribunal de la Fédération Internationale de l’Automobile (la FIA), à Paris.

La monoplace de Sebastian Vettel, aujourd’hui lundi, est ainsi transportée sous scellés à Paris pour rester en mains de la FIA afin d’essayer d’en extraire le fameux litre de carburant.

«D’après nos calculs, il restait exactement 1.74 litre d’essence dans la voiture de Sebastian au moment où il s’est arrêté», explique Otmar Szafnauer, le patron de l’écurie Aston Martin.

Sebastian Vettel est en effet tombé en panne pendant son tour d’honneur, justement en raison d’une pompe à essence défectueuse. «Il est possible que ce problème de pompe ait causé le manque d’essence, poursuit Otmar Szafnauer. Nous allons montrer à la FIA que l’essence doit être là, parce que nous savons exactement combien nous avons mis de carburant dans le réservoir avant le départ, et les appareils de mesure de débit de la FIA mesurent avec une grande précision combien de carburant est consommé. Donc, à notre avis, il reste exactement 1.44 litre dans ce réservoir, et c’est ce que nous allons démontrer à la FIA quand notre appel sera jugé. Cette règle du litre à retirer provient d’un ancien règlement, lorsque les appareils de mesure précis de la FIA n’étaient pas encore installés dans les monoplaces.»

Une argument un peu spécieux, puisque ce règlement n’a pas pour but de mesurer le débit ou la consommation de la voiture, mais a été conçu pour pouvoir analyser l’essence restante - même s’il est vrai que la FIA doit pouvoir y parvenir avec les 300 millilitres extraits dimanche soir.

Bottas pénalisé de cinq places

Valtteri Bottas a totalement manqué son freinage au premier virage du Grand Prix de Hongrie, ce qui a causé l’élimination de Lando Norris, de Max Verstappen et de Sergio Perez. «C’est totalement de ma faute, a reconnu le Finlandais après la course. C’est moi qui arrivait depuis derrière, c’était à moi de freiner suffisamment tôt. J’ai mal jugé le point de freinage, c’était difficile de l’estimer avec le spray soulevé par les voitures devant moi et la piste mouillée. Dès que j’ai commencé à freiner, j’ai vu que je n’avais pas assez d’adhérence, mais c’était trop tard. Il n’y avait plus rien à faire…»

Valtteri Bottas a été condamné à cinq places de pénalité sur la grille de départ du prochain Grand Prix, en Belgique, pour avoir causé le carnage du premier virage. «J’accepte cette pénalité. C’est dur, mais c’est de ma faute», admettait-il.

Ferrari veut faire payer les coupables

Chez Ferrari, on est revenu sur les accidents du premier virage de Budapest. Lundi après-midi, Mattia Binotto, le patron de la Scuderia, a relancé l’idée du «pollueur-payeur» en matière d’accidents de course : «Je pense que nous avons matière à discussion entre patrons d’écurie au sujet des accidents», suggère-t-il. «Quand vous n’êtes pas responsable d’un accident et qu’il vous coûte beaucoup d’argent, c’est un grave problème dans le cadre des budgets plafonnés qui sont en vigueur en F1 depuis cette saison. Je pense que si un pilote est responsable d’une accident, lui ou son écurie devraient au moins payer les dégâts occasionnés et leur réparation. Cela rendrait peut-être les pilotes plus responsables.»

Après l’accident de Max Verstappen à Silverstone, que l’écurie Red Bull a estimé à 1.8 million de dollars, l’écurie anglaise a subi deux nouveaux crashes à Budapest - moins coûteux, toutefois.

Ferrari, de son côté, a vu la voiture de Charles Leclerc défoncée par l’Aston Martin de Lance Stroll au départ du Grand Prix de Hongrie. «De tels coûts sont très durs à supporter dans le cadre des budgets plafonnés», confirme Christian Horner, le patron de l’écurie Red Bull. «Quand on est limité à 145 millions de dollars par saison, je pense que la FIA devrait trouver un moyen de compenser les équipes pour des accidents qui ne sont pas de leur faute.»

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