Hockey sur glace - Et dire que Charlin ne devait même pas être là
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Hockey sur glaceEt dire que Charlin ne devait même pas être là

Le gardien No 2 a été rappelé en urgence après le forfait de Gauthier Descloux, malade. Il a vécu un cauchemar mais il s’en remettra, se persuade son entraîneur Sébastien Beaulieu.

par
Grégoire Surdez
Stéphane Charlin avait les yeux dans le vague après avoir reçu 10 buts.

Stéphane Charlin avait les yeux dans le vague après avoir reçu 10 buts.

Eric Lafargue

Après le silence du samedi soir, on a au moins eu la possibilité de joindre Sébastien Beaulieu, dimanche. Directement. Sans passer par la case service de presse du GSHC. Et vous savez quoi? Il était heureux, l’entraîneur des gardiens, de pouvoir parler. De dire ce qu’il avait sur le cœur en ce lendemain de match ressemblant furieusement à un lendemain de cuite. «Vous me connaissez, et vous savez que je suis quelqu’un de franc. J’assume à 100% ce qui s’est passé avec Stéphane samedi soir! Car s’il était sur la glace, c’est en raison des choix stratégiques que nous avons faits en misant sur Gauthier Descloux et sur lui en tant que No 2. Alors oui, il a connu une soirée difficile. Mais après avoir revu tous les buts, je peux dire qu’il en a deux qui sont entièrement pour lui. Pour le reste»

Prévu avec Langenthal

Il faut déjà comprendre pourquoi et comment le No 2 s’est retrouvé devant le filet pour un match très important en termes de récolte de points. La logique voulait que Gauthier Descloux garde le filet. «C’est ce qui était prévu, explique Sébastien Beaulieu. D’ailleurs, Stéphane Charlin ne devait même pas être avec nous ce samedi. Après le match de Zoug, il était allé dormir à Langenthal. Il était prévu qu’il joue samedi en fin d’après-midi avec le club bernois. À midi, on a reçu l’appel de Gauthier, malade et absolument incapable de jouer contre Ambri. Nous n’avons donc pas eu d’autre choix que de rappeler en urgence Stéphane Charlin. Il a fait son sac et est rentré seul en voiture pour rallier directement les Vernets. Ce n’est en rien une excuse, mais il est clair que ce n’est pas le meilleur moyen de préparer un match.»

La stat qui tue: 60%

Stéphane Charlin a reçu 25 tirs. Il en a arrêté 15 et encaissé 10. La statistique qui tue, ce sont donc ces 60% d’arrêts qui ne doivent pas être loin d’un record négatif.

«Un immense potentiel»

S’il est reconnu comme le meilleur à son poste en Suisse, Sébastien Beaulieu le doit aussi à sa capacité à prendre rapidement du recul. À mettre les choses en perspective. «C’est l’une des premières choses que j’ai dite à Stéphane après le match, cette soirée ne sera plus qu’un mauvais souvenir dans quelques semaines ou mois. Peut-être même que nous en rigolerons ensemble. C’est un garçon très solide mentalement. Il était évidemment très déçu de ne pas avoir permis à l’équipe de gratter des points après être revenu deux fois au score. Le 7e lui a fait mal, c’est certain. Mais c’est justement dans ces moments difficiles qu’il faut savoir assumer ses choix. On a décidé de se séparer de Daniel Manzato et de développer Stéphane Charlin. Parce qu’il a un immense potentiel et que tout cela colle aussi avec la philosophie de la fondation. Tout remettre en question après une défaite comme celle-ci n’aurait aucun sens. Stéphane Charlin n’a pas changé à cause d’un match. Il y a un an et demi, c’est le même gardien qui blanchissait Ambri à la Valascia avec 42 tirs reçus. Il n’était pas champion du monde après ce match-là, il n’est pas un zéro après le match de samedi.»

Contexte difficile

Le Québécois insiste sur la patience et l’intelligence dont il faut faire preuve lorsqu’on met en place une stratégie de développement des gardiens. Il y a un paramètre difficilement maîtrisable, c’est le contexte sportif et la forme du moment de l’équipe. «Tout est compliqué pour tout le monde en ce début de saison, souligne l’entraîneur spécialisé. Le contexte n’est pas celui que nous voulions et n’est pas idéal pour donner du jeu à Stéphane. Quand tout ira mieux, et que l’équipe sera sur une meilleure dynamique, on ne se souviendra même plus de cette soirée de cauchemar.»

Sébastien Beaulieu est revenu sur la noire soirée des Aigles.

Sébastien Beaulieu est revenu sur la noire soirée des Aigles.

Eric Lafargue

«Tout remettre en question après une défaite comme celle-ci n’aurait aucun sens. Stéphane Charlin n’a pas changé à cause d’un match.»

Sébastien Beaulieu, entraîneur des gardiens de Ge/Servette

Et pourquoi donc ne pas avoir mis fin au calvaire plus tôt, comme c’est de coutume lorsqu’un gardien, une équipe, prend l’eau? «Là encore, c’est le scénario particulier qui explique que nous avons décidé de ne pas le sortir, précise Sébastien Beaulieu. L’avalanche a eu lieu dans les dix dernières minutes. Cela n’avait plus de sens de le faire sortir. D’autant plus que j’avais un junior en back-up qui n’a pas disputé la moindre minute de jeu avec les pros en Suisse (ndlr: Timur Shiyanov, un ancien junior du LHC). Si la question s’était posée après le deuxième tiers, oui, on aurait peut-être effectué la rocade. Mais il y avait 4-3 pour Ambri à cet instant et rien ne laissait présager la suite.»

Voilà, il suffisait de laisser dire pour que l’on puisse l’entendre. Et calmer ceux qui clouent au pilori un gardien qui n’aurait même pas dû être là.

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