Transports: Et les voyageurs, aussi perdants?
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TransportsEt les voyageurs, aussi perdants?

Avec leur programme RailFit20/30, les CFF vont supprimer 900 postes. Les syndicats craignent pour la sécurité du trafic et les retards à venir pour les voyageurs.

par
Anne-Florence Pasquier
Vanessa Cardoso

Avec 900 postes supprimés d’ici à 2020, les CFF ont annoncé la couleur hier matin. En 2016, ils commenceront un régime des plus draconiens devant leur permettre d’économiser 20 milliards de francs d’ici à 2030. L’ex-régie fédérale promet que les voyageurs ne seront pas prétérités. Mais les syndicats craignent pour la qualité des services et la sécurité du trafic. Quelles conséquences pour les voyageurs?

PLUS DE PANNES ET RETARDS?

«Il y a déjà un constant sous-effectif dans certains groupes professionnels essentiels, et surtout un manque de mécaniciens sur locomotive», s’insurge Giorgio Tuti, président du syndicat SEV, qui estime le programme irréaliste. «Ce manque de postes va peser sur tout le système ferroviaire et porter préjudice à des prestations de qualité mais aussi à la sécurité des voyageurs.» Pour le cheminot retraité Michel Béguelin, ancien conseiller aux Etats vaudois et spécialiste du rail, «c’est aux CFF de gérer judicieusement les catégories de personnel pour maintenir la qualité du service». «Il n’y aura pas plus de pannes. On ne fait pas de compromis sur la sécurité et la qualité des prestations», affirme la porte-parole des CFF, Donatella Del Vecchio. Et d’ajouter: «Les CFF s’engagent aussi à créer des postes, notamment chez le personnel de locomotives et les ingénieurs.»

DES TARIFS À LA HAUSSE?

«Le souhait des CFF est de ne pas toucher au prix du billet, assure la porte-parole. Les prix devraient à l’avenir augmenter modérément, voire pas du tout. Cette réduction de coûts profitera non seulement à la clientèle mais aussi à la Confédération, aux cantons et aux contribuables.» La promesse d’une faible augmentation de tarifs réjouit Michel Béguelin: «Les CFF sont conscients qu’ils doivent désormais faire face à la concurrence des lignes de bus européennes. C’est une bonne chose pour les voyageurs. C’est toutefois un peu simple de s’attaquer au personnel pour réduire les coûts. Les investissements ont été si massifs ces dernières années que les coûts d’exploitation ne sont plus maîtrisables. Entre le moment de l’investissement et le résultat, il faut compter un décalage de 10 à 12 ans, période durant laquelle les coûts continuent d’augmenter.»

UNE OFFRE À REPENSER?

Là encore les CFF assurent que l’offre sera plus «attractive» et qu’aucune ligne ne sera sacrifiée. Mais qu’entendent-ils réellement par «attractive»? Dans un communiqué, l’ex-régie fédérale précise avoir entamé une «réflexion quant au concept d’offre». Sans en préciser davantage. Michel Béguelin estime, lui que «certains sujets restent encore tabous, notamment la ligne de montagne du Gothard. Si on la supprimait, il est clair que ça engendrerait une diminution des coûts.»

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