20.08.2017 à 07:53

RachatEt si Jeep, mythe américain, devenait chinoise?

À la recherche de partenaire depuis des années, le FCA Group pourrait bien passer sous la coupe d’un constructeur de l’Empire du Milieu. Les rumeurs enflent.

par
Philippe Clément
Après avoir passé en mains allemandes puis italiennes, la descendante de la Jeep Willys pourrait bien devenir… chinoise!

Après avoir passé en mains allemandes puis italiennes, la descendante de la Jeep Willys pourrait bien devenir… chinoise!

Jeep DR/Photomontage LMD

Voilà une nouvelle source de préoccupation, propre à agiter un peu plus encore l’atmosphère du célèbre bureau ovale de Washington: les négociations vont bon train entre Sergio Marchionne, le tout-puissant boss du FCA (Fiat Chrysler Automobiles) Group et des délégations chinoises très officielles! Le but de ces manœuvres de coulisses? Trouver le partenaire commercial idéal, capable d’aider le groupe italo-américain à traverser cette période de concurrence acharnée.

Jusque-là, pas trop de souci: si l’on jette un coup d’œil dans le rétroviseur, on peut se dire qu’un scénario «à la Volvo» réjouirait tout le monde entre Turin et Détroit. Depuis qu’il s’est porté acquéreur de la marque suédoise premium en 2010 pour environ 1,5 milliard de francs, Geely a vu la valeur de son action multipliée par six à la Bourse de Hongkong. La raison? Le patron chinois de Volvo, Li Shufu, a su réduire les coûts et faire des économies d’échelle considérables en fabriquant en Chine des voitures ensuite écoulées sur le marché national, le plus grand du monde.

C’est dire si ce genre de scénario ravirait un Sergio Marchionne qui songe à capitaliser un maximum avant de prendre sa retraite. Lui qui, salon après salon répète à l’envi qu’il est «ouvert à toute forme de partenariat», multiplie donc les entrevues. Aux dernières nouvelles citées par Automotive News Europe, des représentants d’un «grand constructeur chinois ont fait une offre dans le courant du mois». Offre rejetée par la direction de FCA parce que «pas assez substantielle», selon les sources du journal.

Mais ce n’est sans doute que partie remise. La semaine dernière encore, une réunion interne a eu lieu pour aborder le sujet d’une reprise potentielle du groupe, des dirigeants de FCA se sont rendus en Chine pour y rencontrer des dirigeants de Great Wall Motor et des délégations chinoises étaient reçues au siège principal de FCA à Auburn, dans le Michigan.

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Que FCA fasse les yeux doux à la Chine n’est pas une nouveauté. La preuve avec ce concept Jeep Renegade «Zi You Xia» (le rebelle) préparé pour le Salon de Pékin 2014. Couleurs tirées de celles du National Center for Performing Arts de Pékin, laque de piano noire à l’intérieur, tout y a été étudié pour séduire le client chinois. Crédit photo: DR/LMD

Que FCA fasse les yeux doux à la Chine n’est pas une nouveauté. La preuve avec ce concept Jeep Renegade «Zi You Xia» (le rebelle) préparé pour le Salon de Pékin 2014. Couleurs tirées de celles du National Center for Performing Arts de Pékin, laque de piano noire à l’intérieur, tout y a été étudié pour séduire le client chinois. Crédit photo: DR/LMD

Que des groupes comme Great Wall Motor, Dongfeng Motor ou Guangzhou Automobile Group ou même Zhejiang Geely soient intéressés n’est pas une surprise: en Chine le gouvernement fait pression sur les industries pour qu’elles se diversifient et acquièrent des parts à l’étranger. Mais que va-t-il se passer si d’aventure Marchionne parvenait à une entente avec l’un ou l’autre de ces partenaires potentiels?

Car quand on dit FCA Group, les Européens pensent en premier lieu à Fiat, Alfa, Ferrari ou Maserati. Mais le FCA c’est aussi – et peut-être surtout – Jeep! Une marque qui cartonne et «tire» les résultats vers le haut, principalement sur le marché américain. Comment réagirait Donald Trump, le héraut autoproclamé du made in America, si, d’un seul coup, un emblème aussi mythique que la célèbre Jeep des GI Yankee devenait… chinoise?

Car les Chinois sont clairs: s’ils lorgnent Fiat, ils visent surtout des marques emblématiques comme Jeep ou Ram, les spécialistes américains du 4x4. Pour leur technologie, évidemment, mais surtout pour leur formidable réseau national et international de distribution. Pour des Chinois qui rêvent depuis des années de se lancer à l’assaut du marché US sans jamais être parvenus à faire passer les tests d’homologation à l’un de leurs véhicules, l’occasion serait idéale. Une fois ledit réseau acquis, ils pourraient y écouler leur propre production qui, dans l’intervalle, a fait des progrès suffisants pour produire enfin des modèles «acceptables».

Quid des «autres marques» FCA? Dodge, Fiat et Chrysler feraient également partie du deal, mais pas Alfa Romeo ni Maserati que, comme Ferrari, Marchionne entend bien garder dans son escarcelle de «produits très profitables», propriété exclusive de la famille Agnelli, détentrice historique de Fiat.

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