21.10.2020 à 12:00

HumourVous avez dit reconfinement? Non: «Confinage»!

Depuis le 23 septembre, Blaise Bersinger et la Nouvelle Revue de Lausanne font rire avec le spectacle «Confinage». Il paraît même qu’Alain Berset y est attendu. Prochaine étape: Le Locle (NE), les jeudi 22 et vendredi 23 octobre.

von
Laurent Flückiger
Au départ, les sketches auraient dû parler de l’Eurofoot, des JO, de Céline Dion. Mais, à la fin du confinement, tout avait été annulé. «Il ne restait qu’un seul sujet: le coronavirus», déclare Blaise Bersinger. 

Au départ, les sketches auraient dû parler de l’Eurofoot, des JO, de Céline Dion. Mais, à la fin du confinement, tout avait été annulé. «Il ne restait qu’un seul sujet: le coronavirus», déclare Blaise Bersinger.

Carole Parodi

C’est l’une des rares bonnes choses qui découlent de la pandémie. Le 23 septembre, l’équipe de la Nouvelle Revue de Lausanne a débuté son nouveau spectacle, «Confinage». On se tord de rire et on s’endort moins con, si on ose dire.

Fin 2018, avec «M3», Blaise Bersinger avait dépoussiéré le genre qui mêle humour, danse et actualité régionale. Gros succès l’année d’après également avec Joseph Gorgoni en guest star. En 2020, l’humoriste et ses comparses avaient logiquement décidé de s’étendre à la Suisse romande. Les sketches auraient dû parler de l’Eurofoot ou des JO, tandis que le concert de Céline Dion au Paléo en aurait été le fil rouge. Mais, à la fin du confinement, tout avait été annulé. «Il ne restait qu’un seul sujet: le coronavirus», déclare Blaise Bersinger qui reconnaît que revue ou pas, il y aurait de toute façon consacré un jour un spectacle.

Une copine, un chat, un balcon

Le Lausannois de 29 ans a donc choisi: le sujet sera le confinement – ou «semi-confinement», running gag du spectacle – et ses conséquences sur la vie de cinq colocataires (joués par Florence Annoni, Laura Guerrero, Aude Gilliéron, Frédéric Brodard et Blaise Bersinger) et leur voisin (Pascal Vincent). Télétravail, télévision, skypéro, commandes de plats en ligne, applaudissements au balcon, les scènes qu’on a tous connues au printemps sont recréées avec justesse et autodérision dans «Confinage». Mais la revue n’oublie pas les conférences de presse du Conseil fédéral et ses remerciements interminables tandis que la Protection civile en prend pour son grade dans un sketch délicieusement absurde. Enfin, les espoirs d’un monde meilleur se font laminer.

«Comme beaucoup de Romands, j’ai cru qu’il y aurait un avant et après. Mais non… Je l’ai compris du moment que je faisais partie de ceux qui trouvaient ce confinement très agréable. J’ai de la chance: j’ai une copine, un chat, un balcon. Mais quand tout se passe bien on ne retient rien. Très vite on a recommencé à consommer», analyse Blaise Bersinger, qui confie avoir écrit cette partie du spectacle avec sa «plume de dépressif».

Seuls manquent à l’appel: les enfants. Aucune trace, en effet, du confinement en famille et de l’école à la maison. Cela s’explique par la volonté d’écrire sur ce que l’humoriste lausannois a vécu.

Avec James Bond

Et pourtant, au milieu de ce «Confinage», apparaît soudain James Bond qui se lance dans une partie de jass contre ses ennemis, à grand renfort de cascades et de verres de schnaps. Une séquence qui interloque. «La sortie du nouveau «James Bond» était l’un des sujets prévus avant l’arrivée du Covid, car c’est toujours rigolo de faire des parodies de films. Quand elle a été repoussée, on s’est dit que c’était ça l’actu», sourit Blaise Bersinger. On ne lui en tiendra pas rigueur, cette imitation étant irrésistible.

La figure de Daniel Koch, dont le nom fait peur aux protagonistes chaque fois qu’il est prononcé, est bien sûr présente. Tout comme celle d’Alain Berset, roi des phrases cultes à inscrire sur des t-shirts. Le 9 juin dernier, le conseiller fédéral en charge de la santé et de la culture était en ligne pour suivre un gala d’humour diffusé depuis Fribourg et apporter son soutien à la tenue de la revue malgré les incertitudes. Aussi, la troupe cherche à l’inviter à assister à une représentation de «Confinage». «Je pense qu’il viendrait. Il a à cœur de montrer et politiquement et stratégiquement que la culture continue d’exister. Et je crois qu’à titre personnel il nous aime bien, il nous suit pas mal sur les réseaux», dit Blaise Bersinger.

Les acteurs de «Confinage», de g. à dr.: Pascal Vincent, Blaise Bersinger, Aude Gilliéron, Florence Annoni, Frédéric Brodard et Laura Guerrero.

Les acteurs de «Confinage», de g. à dr.: Pascal Vincent, Blaise Bersinger, Aude Gilliéron, Florence Annoni, Frédéric Brodard et Laura Guerrero.

Laura Gilli

Théories du complot

D’ailleurs, il y a quelque chose de militant dans l’existence même de «Confinage», qui s’est créé et se joue dans des conditions inédites. «Si les gens assistent au spectacle, c’est qu’ils tiennent à nous, au monde du théâtre, proclame le Lausannois. Il y a peu de choses qui se déroulent en ce moment. Et nous, on a eu les c*** de le faire. Venir, c’est nous dire: «Vous avez eu raison». Tout peut s’arrêter demain sur une décision politique. Mais on est obligé d’y croire, sinon ce serait tellement triste!»

Croire. Un spectacle sur le confinement et le coronavirus ne serait pas complet sans ceux qui ne croient pas en ce qui se passe en ce moment, sans les théories du complot. Celui qui les colporte, c’est le voisin retraité, joué par Pascal Vincent, persuadé que Bill Gates est derrière tout ça. Chez les colocataires, pas question de trouver un soupçon de vérité dans son gloubi-boulga. Ils se moquent et ne perdent pas leur temps à le raisonner. «Les théories du complot me font souvent rire. Mais voir des gens qui sont sincèrement ébranlés par elles et militent m’inquiète, confie Blaise Bersinger. Il y a un problème d’information et d’éducation. À travers ce personnage, j’ai le secret espoir que si quelqu’un pense vraiment que la reine d’Angleterre est un reptilien, il va changer d’avis.»

À voir si «Confinage» en aura libéré un ou une de ces idées. L’important, en ce moment pour la Nouvelle Revue de Lausanne, c’est que les autorités ne décrètent pas un reconfinement. Le spectacle doit se jouer les 22 et 23 octobre au Locle, avant deux week-ends à Cossonay (29-31 octobre) et à Romont (14 et 15 novembre) et surtout une trentaine de dates à Lausanne dès le 19 novembre. La tournée à travers tous les cantons francophones est prévue à partir de février 2021.

«Confinage» – une revue romande

Les 22 et 23 octobre au Locle (NE), Casino; du 29 au 31 octobre à Cossonay (VD), Pré-aux-Moines; les 13 et 14 novembre à Romont (FR), Bicubic; dès le 19 novembre à Lausanne, centre culturel des Terreaux. Infos et billetterie: confinage.ch

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