Etranglés par les prix, ils rationnent le chauffage
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Royaume UniEtranglés par les prix, ils rationnent le chauffage

Les Britanniques subissent de plein fouet la flambée des prix de l’énergie conjuguée à l’inflation. Reportage.

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Doreen Thompson.

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Dans son appartement de deux chambres dans un quartier populaire du sud de Londres, Doreen Thompson préfère recevoir dans sa cuisine. De la moisissure s’est installée sur les murs du salon, s’excuse-t-elle. Surtout, il y fait plus chaud.

«J’aimerais mettre le chauffage toute la journée, mais je ne peux pas me le permettre», explique la retraitée de 70 ans. Les factures qui s’alourdissent grèvent sa pension de 1200 livres mensuelles (un peu plus de 1500 francs).

Après le loyer (près de la moitié de ses revenus), les impôts locaux et les dépenses pour ses multiples problèmes de santé, les prix de l’énergie qui s’envolent achèvent de grignoter ce qui lui reste pour vivre.

Depuis peu, elle est à découvert les fins de mois: «Dieu merci, c’est seulement de 35 livres ce mois-ci», souffle cette femme au fort caractère, autrefois assistante sociale et à l’aise financièrement, qui se retrouve aujourd’hui à demander de l’aide à des associations dans lesquelles elle était autrefois bénévole.

Chaque mois, elle reçoit une facture unique pour l’énergie et les télécommunications (Internet notamment), qui a plus que doublé en un an, passant de 120 livres à plus de 250, dont la moitié pour le gaz et l’électricité.

«Je sens que l’hiver va être épouvantable», s’inquiète-t-elle, alors que le plafond des prix de l’énergie fixé par les autorités britanniques, déjà relevé au 1er octobre, pourrait augmenter à nouveau en avril.

«Choquée»

«Je suis choquée par le montant de mes factures», s’exclame la retraitée, qui raconte avoir craqué à la banque il y a deux mois: «J’ai pleuré». Maigre consolation, elle a reçu quelques temps plus tard un petit bouquet de la part de son banquier.

Mme Thompson n’est pas seule dans son cas: de nombreuses personnes «ne savent tout simplement pas comment elles vont passer l’hiver», affirme Ruth London de Fuel Poverty Action (FPA), une association de lutte contre la pauvreté énergétique.

Les prix de l’énergie sont dopés par l’envolée des cours mondiaux du pétrole et du gaz. Et leur hausse s’ajoute dans le pays à une récente diminution des minimas sociaux.

Poussée par les prix de l’énergie, l’inflation a atteint en octobre un plus haut depuis près de dix ans, à 4,2%, et la hausse des prix annuelle pourrait culminer à 5% en avril, prévoit la Banque d’Angleterre.

«Beaucoup en sont réduits à rationner leur utilisation d’énergie, en mettant par exemple le chauffage une heure par jour, ou seulement lorsque les enfants sont à la maison», selon la FPA.

Pour éviter de voir ses factures s’envoler, Graeme Langton, qui vit à Salford, près de Manchester, dans le nord de l’Angleterre, garde ainsi souvent son chauffage éteint, disant préférer «porter un pull en plus plutôt que de payer des centaines de livres».

Pour l’année 2019/2020, 14,5 millions de personnes vivaient dans la pauvreté au Royaume-uni selon des statistiques gouvernementales, avant le plein choc de la pandémie et de l’inflation.

(AFP)

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