Automobile: Euphorie et offensive syndicale chez Tesla
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AutomobileEuphorie et offensive syndicale chez Tesla

Tesla qui se veut ambitieux avec son Model 3, a doublé son chiffre d'affaires au 2e trimestre, avec pertes (325 millions) et fracas - sur le plan social.

Iage - Tesla Motors

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Keystone

Le constructeur automobile américain Tesla a doublé son chiffre d'affaires au 2e trimestre. Mais celui qui ne produit que des véhicules électriques continue d'enregistrer des pertes alors qu'il lance sur le marché sa nouvelle voiture «Model 3». Fabriqué à Fremont, le Model 3 s'ajoute aux deux autres modèles déjà produits par Tesla, le «S» et le «X».

Tesla a annoncé mercredi une perte de 336,4 millions de dollars (326,4 millions de francs), soit 43 millions de plus qu'un an auparavant et 6 millions de plus qu'au 1er trimestre. Le chiffre d'affaires a toutefois plus que doublé sur un an à 2,789 milliards de dollars.

La perte plus importante qu'attendue par les analystes financiers n'empêchait pas le titre de bondir à Wall Street dans les échanges d'après-clôture, gagnant 6,08% à 345,70 dollars vers 23h15 (en Suisse) Depuis le début de l'année, l'action Tesla a gagné plus de 50%, ce qui en a fait le premier constructeur automobile américain par capitalisation boursière.

«Bienvenue dans l'enfer de la production car c'est là où nous serons dans les six prochains mois», a ironisé le patron de Tesla, le charismatique Elon Musk, en présentant le Model 3 dont Tesla veut produire 10'000 exemplaires par semaine dès l'an prochain.

L'usine de Fremont, qui a produit quelque 84'000 véhicules en 2016, se prépare dans la crainte à l'explosion de la cadence: après l'objectif de 100'000 voitures dès la fin de cette année, elle devra en produire 500'000 en 2018 et un million en 2020.

Blessures, traumatisme et coût de la vie

Le défi n'est pas seulement technique: Elon Musk devra aussi calmer les craintes de certains des quelque 6000 employés de l'usine, exposées dans une lettre envoyée au Conseil d'administration de l'entreprise. Ils y demandent notamment plus de clarté sur leur paie et les promotions ainsi que la promesse qu'ils ne feront pas l'objet de mesures de représailles s'ils tentent de former une section syndicale.

«Nous en avons assez de souffrir de blessures après blessures alors qu'elles pourraient être évitées», affirme Michael Catura, un ouvrier de Tesla signataire de la lettre. «Cela nuit au moral, ralentit la production; c'est aussi traumatisant et place la victime dans une situation financière difficile. Nous voulons savoir ce que l'entreprise prévoit pour répondre au problème et s'il y a des progrès», ajoute-t-il.

Le salaire d'embauche à Fremont est de 18 dollars (17,5 francs) de l'heure, bien inférieur à la moyenne des autres ouvriers du secteur (25,58 dollars) et au salaire moyen dans le Comté d'Alameda où se trouve l'usine (28,10 dollars). Du coup, louer un appartement peut nécessiter jusqu'à 70% de la paie d'un ouvrier de l'usine.

«Nombre d'entre-nous ont travaillé pendant des années avec la vague promesse d'une augmentation mais il n'y en a jamais eue», affirme Richard Ortiz, qui travaille à l'atelier de peinture. «Nous avons soulevé cette question plusieurs fois et jamais obtenu de réponse», ajoute-t-il.

Musk au créneau

Plusieurs ouvriers essaient en conséquence de créer une section syndicale au sein de l'usine et le président du syndicat UAW (United Auto Workers), Dennis Williams, a déclaré le mois dernier que l'organisation était prête à organiser un vote chez Tesla pour y parvenir. En attendant, elle a ouvert un bureau près de l'usine et engagé deux personnes pour recruter des adhérents.

Elon Musk a répondu à cette offensive syndicale par compte twitter interposé et par courriels aux employés, accusant les tentatives de l'UAW de recruter à Fremont d'être fallacieuses. Il a aussi rejeté les accusations selon lesquelles les conditions de travail seraient dangereuses.

Interrogé par l'AFP, Tesla a renvoyé vers un blog précédemment publié affirmant que les conditions de travail s'améliorent dans l'usine de Fremont, sans faire d'autres commentaires.

Tesla n'est pas le seul constructeur qui se retrouve être la cible de l'UAW. Le syndicat veut aussi s'ouvrir les portes de l'usine du japonais Nissan à Canton dans le Mississippi (sud). Un vote doit s'y tenir jeudi et vendredi pour savoir si l'UAW aura assez de soutien pour y ouvrir une section, une possibilité à laquelle la direction de l'usine a tout fait pour s'opposer.

Fourchette basse

Tesla a indiqué avoir produit 47'077 voitures sur les six premiers mois de l'année, dans la fourchette basse de ce qu'il prévoyait à la fin du 1er trimestre (de 47'000 à 50'000 voitures). Sur le seul 2e trimestre, 25'708 voitures sont sorties des chaînes.

Mais le constructeur avait déjà indiqué avoir rencontré des problèmes de production de batteries qui avaient handicapé sa production.

Tesla a confirmé mercredi qu'il entendait produire 10'000 unités par semaine de son nouveau «Model 3», une voiture de milieu de gamme qui doit lui ouvrir le marché grand public, «à un certain point» en 2018.

«Nous avons appris plusieurs leçons importantes en concevant et fabriquant les modèles S et X. En conséquence, le Model 3 a été conçu avec une plus grande simplicité et moins de composants pour réduire les coûts, faciliter le processus de fabrication et améliorer la fiabilité», a souligné Tesla dans le communiqué.

Pas de concessionnaires

Le chiffre d'affaires lié à la production de voitures (ventes et location avec option d'achat) a atteint sur le trimestre 2,286 milliards de dollars, en progression de 93%. Tesla vend directement à ses clients sans passer par des concessionnaires. Les autres activités liées à la génération d'énergie et son stockage ainsi que les services ont représenté 502,9 millions sur le trimestre contre 88,1 millions un an auparavant.

(ats)

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