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footEuro-2016 - Espagne: Del Bosque, le dernier sommet du diplomate (PORTRAIT-DOSSIER)

Par Jean DECOTTE

Madrid, 1 mars 2016 (AFP) - Dans le concert des nations du football, Vicente del Bosque est connu pour sa pondération, sa bonhomie et sa moustache: habile diplomate, le sélectionneur a conduit l'Espagne aux sacres mondial et européen et vise un dernier sommet à l'Euro-2016 avant de tirer sa révérence.

Après huit années à la tête de la "Roja", l'expérimenté technicien (65 ans) a laissé entendre que la compétition programmée cet été en France, qui débute dans 100 jours (10 juin-10 juillet), devrait être l'ultime défi d'une carrière bien remplie.

A l'heure des entraîneurs vedettes, qui apprécient les gesticulations au bord du terrain et les sorties médiatiques, Del Bosque fait figure d'exception: l'imperturbable technicien quitte rarement son banc pendant les matches et n'élève pas la voix en conférence de presse.

"J'aimerais que quand j'arrive en salle de presse, personne ne sache à mon attitude si nous avons gagné ou perdu", a expliqué en décembre ce gentleman aux manières surannées, élevé au rang de marquis par le roi d'Espagne après le sacre au Mondial-2010 en Afrique du Sud.

Malgré cette retenue, Del Bosque pourrait bien se targuer d'être l'entraîneur en fonctions le plus décoré du foot mondial. Victorieux avec le Real Madrid de deux Ligues des champions (2000, 2002), Del Bosque a été appelé en 2008 pour succéder à Luis Aragones à la tête de l'Espagne, qui venait de remporter l'Euro.

Prendre les rênes de l'équipe nationale juste après son premier grand titre international depuis 44 ans n'était pas tâche facile. Mais le calme et les tactiques conservatrices de ce colosse à la voix profonde ont permis à une génération incroyablement talentueuse de continuer à s'épanouir.

Avec un air placide derrière son épaisse moustache, l'ancien joueur du Real Madrid a poursuivi l'oeuvre collective du jeu espagnol, fondé, comme au Barça, sur les petits gabarits très techniques et la répétition des passes courtes ("tiki-taka" ou "toque"). Et il a guidé la "Seleccion" jusqu'au triomphe planétaire, puis jusqu'au sacre européen en Pologne et Ukraine, en 2012.

Malgré le fiasco au premier tour du Mondial-2014 au Brésil, sa reconduction a paradoxalement fait consensus en Espagne. On prête même à la fédération l'envie de lui proposer une prolongation de contrat jusqu'au Mondial-2018 en Russie.

Mais Vicente del Bosque l'a dit et redit: "Si tout se passe normalement", l'Euro-2016 sera son ultime compétition, avec l'ambition que "la sélection termine bien son cycle sous (sa) direction".

Si la "Roja" s'imposait en France, il deviendrait le seul sélectionneur à avoir remporté deux fois le Championnat d'Europe et le premier à mener son équipe jusqu'à trois victoires internationales.

Le secret de la réussite pour cet homme modeste, natif de Salamanque (ouest de l'Espagne)? Sa loyauté et sa force tranquille, capables de désamorcer polémiques et rivalités.

On avait vu cette capacité de persuasion à l'oeuvre en 2010-2011, quand Del Bosque avait appelé à l'union sacrée entre Barcelonais et Madrilènes, chauffés à blanc après une série de clasicos électriques. Grâce à ses loyaux lieutenants de l'époque, le gardien de but madrilène Iker Casillas et le meneur de jeu barcelonais Xavi, le calme était revenu et un an plus tard, la Roja triomphait à nouveau à l'Euro.

"Il m'a appris à vivre avec la victoire", a résumé un jour Casillas. "Il a gardé le même calme durant les moments durs et les jours de gloire, lorsque nous brandissions notre trophée. Le respect et la normalité, voilà ce qui le définit jour après jour".

Sa seule faiblesse pourrait être son obstination à rester fidèle à sa garde rapprochée. "Vicente est la personne la plus humaine avec laquelle j'ai partagé un vestiaire", remarquait Xavi, qui a pris depuis sa retraite internationale.

La présence lors du Mondial-2014 au Brésil de plusieurs joueurs vieillissants comme David Villa ou Fernando Torres s'expliquait avant tout par le conservatisme du technicien, qui a aussi maintenu ces derniers mois sa confiance à Casillas, souvent critiqué en Espagne.

Mais sur cette loyauté aussi, Vicente del Bosque semble faire preuve de sagesse: il a annoncé depuis 2014 un "changement générationnel" au sein de l'équipe d'Espagne et intégré plusieurs jeunes pousses prometteuses. Avec tact et diplomatie, comme toujours.

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(AFP)

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