Actualisé 07.05.2018 à 06:45

ThyroïdeEuthyrox, le médicament qui angoisse

Ruée sur les pharmacies pour obtenir l'Euthyrox, dans son ancienne version. Le changement de formule a scandalisé en France. Et en Suisse?

par
Pascale Bieri
Utilisatrice de l’Euthyrox depuis dix ans, Isabelle Bigler raconte avoir vécu un véritable enfer: «J’ai vu ma vie s’effondrer en apprenant que cette nouvelle formule était en vente ici depuis avril».

Utilisatrice de l’Euthyrox depuis dix ans, Isabelle Bigler raconte avoir vécu un véritable enfer: «J’ai vu ma vie s’effondrer en apprenant que cette nouvelle formule était en vente ici depuis avril».

Sébastien Anex

Les patients suisses se croyaient épargnés. Erreur! L’Euthyrox, un traitement contre l’hypothyroïdie, vient de changer de formule, un an après la France, avec le Levothyrox (l’équivalent du médicament de l’autre côté de la frontière) et les polémiques en cascades qui en découlent. De quoi susciter colère et ruée sur les pharmacies.

Parmi les révoltés, Isabelle Bigler, une Vaudoise qui utilise ce produit depuis plus de dix ans: «Je ne pensais pas que ça nous tomberait dessus, vu ce qui se passe en France. J’ai vu ma vie s’effondrer en apprenant que cette nouvelle formule était en vente chez nous depuis le mois d’avril», dit-elle, avant d’ajouter: «Avant que je sois traitée avec ce médicament et que l’on trouve le bon dosage, j’ai vécu l’enfer: douleurs, fatigue, état dépressif… Tout ça est remonté à la surface! Je suis scandalisée contre ce laboratoire qui chamboule tout au mépris des patients. C’est infâme!»

Concrètement, le laboratoire Merck, qui produit le médicament, a modifié la teneur de ses adjuvants mais pas la substance active. N’empêche, en France, une multitude d’utilisateurs se plaignent d’effets secondaires qui ont déjà donné lieu à plus de 17 000 rapports, soit 0,75% des patients traités. Ceux-ci évoquent maux de tête, dépression, perte de cheveux, insomnie, vertiges, anxiété ou encore des douleurs articulaires.

Certains ont même actionné la justice pour exiger le retour à l’ancienne formule. Pour sa part, Isabelle Bigler a réussi à se constituer une petite réserve. «Cela me laisse un peu le temps de voir venir… Malheureusement, ce n’est pas le cas pour de nombreuses autres personnes qui se retrouvent devant le fait accompli.»

Stocks pris d’assaut

Les pharmacies suisses ont en effet été prises d’assaut à l’annonce de cette modification de formule. «Une personne a voulu prendre tout mon stock, confie une pharmacienne. J’ai refusé pour que d’autres puissent également en bénéficier.»

En Suisse, environ 5% de la population souffre d’un problème dû à la thyroïde. Alors, doivent-ils craindre le pire avec cette nouvelle formule? Le Pr Jacques Philippe, spécialiste en endocrinologie aux HUG, se veut rassurant: «Le laboratoire a changé d’excipient à la demande de l’agence française du médicament afin que le dosage du médicament soit plus précis. Ce qui est bénéfique pour les patients. En revanche, tout changement de formule doit être pris au sérieux, car cela peut modifier la manière dont le produit sera absorbé. Ce qui explique que certains subissent des effets secondaires. Il est donc important d’informer et d’écouter les patients – ce qui a manqué autour de ce changement de formule. Par ailleurs, il est indispensable de vérifier le profil hormonal thyroïdien du patient, six à huit semaines après toute modification de son traitement.»

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