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Démission à la BNSEveline Widmer-Schlumpf s'explique sur son soutien à Hildebrand

La présidente de la Confédération a justifié mercredi son soutien à Philipp Hildebrand, en disant qu'elle n'avait eu connaissance des mails litigieux, soit les documents-clés de l'affaire, que vendredi dernier.

Eveline Widmer-Schlumpf n'a eu connaissance de nouveaux documents, qui ont conduit Philipp Hildebrand à démissionner lundi dernier.

Eveline Widmer-Schlumpf n'a eu connaissance de nouveaux documents, qui ont conduit Philipp Hildebrand à démissionner lundi dernier.

Keystone

Eveline Widmer-Schlumpf était au courant dès vendredi des nouveaux éléments qui ont conduit à la démission de Philipp Hildebrand. Dans l'émission Arena le même jour, la présidente de la Confédération a pourtant maintenu son soutien à l'ex-président de la BNS.

C'est le président du Conseil de banque de la BNS, Hansueli Raggenbass, qui a informé la ministre des finances de l'existence d'un courriel déterminant, une heure avant l'émission Arena à laquelle elle était conviée vendredi dernier, a indiqué mercredi devant la presse Mme Widmer-Schlumpf.

Elle-même n'a pu lire ce document que dix minutes avant le débat télévisé. Il s'agissait du courriel dans lequel le conseiller financier de Philipp Hildebrand écrivait que l'ex-président de la BNS avait donné son accord à l'achat de dollars.

Interrogée sur le soutien exprimé à M. Hildebrand lors de l'émission, la présidente de la Confédération a affirmé avoir préféré maintenir la position du Conseil fédéral en se basant sur des informations dont elle était absolument sûre. «Je ne pouvais pas juger de la valeur de ces nouveaux éléments en un quart d'heure».

S'est-elle montrée imprudente en accordant son soutien sans nuance au banquier alors qu'elle venait d'être informée? La Grisonne nie: «Je ne voulais pas donner mon opinion personnelle alors que le conseil de banque de la BNS se réunissait le lendemain pour discuter de cette affaire».

Conférence téléphonique

La présidente de la Confédération a décidé par mesure de transparence d'informer ses collègues du Conseil fédéral. Elle a convoqué dimanche matin une conférence téléphonique, soit au lendemain de la réunion du conseil de banque qui l'a tenue informée.

Le collège a alors décidé de s'en tenir à sa position, n'ayant pas de motif suffisant pour en changer, a-t-elle déclaré. Défendant la position du gouvernement lors d'une conférence de presse distincte, le ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter a souligné qu'il était dans l'intérêt de la Suisse de soutenir le plus longtemps possible M.Hildebrand en raison du siège stratégique qu'il détenait dans le Financial Stability Board du G20.

Interim de plusieurs mois

L'affaire a été évoquée une nouvelle fois mercredi lors de la séance du Conseil fédéral. La succession a notamment été discutée. Pour l'heure, le vice-président de la BNS Thomas Jordan assure l'intérim à la tête de l'institut d'émission national, a rappelé Mme Widmer-Schlumpf.

Le gouvernement procédera à la nomination du président et nouveau membre du directoire après avoir reçu une recommandation du Conseil de banque de la BNS. Avant de choisir le président, il s'agit de compléter le directoire. La procédure pourrait durer encore quelques mois, jusqu'en avril-mai, selon la cheffe du Département des finances. 12 mois de salaire

Philipp Hildebrand percevra son salaire pendant encore douze mois, mais ne recevra pas d'indemnités de départ, selon le règlement de la Banque nationale. Les six premiers mois de salaires encore versés correspondent au délai de résiliation du contrat de travail, même si M. Hildebrand a été libéré de ses fonctions avec effet immédiat.

Les six mois suivants sont payés en raison de l'interdiction faite à tout membre de la direction qui quitte la BNS d'exercer une activité durant cette période dans une autre entreprise, à moins que le Conseil de banque ne donne son accord. La mesure permet d'éviter un éventuel conflit d'intérêt. En 2010, Philipp Hildebrand a perçu un salaire annuel de 994'800 francs.

Compétences à redéfinir

Dans l'immédiat, le Conseil fédéral veut mandater un expert. Celui-ci devra déterminer quelles sont les compétences et les possibilités pour le gouvernement d'intervenir auprès de la BNS. La loi de 2003 accorde une grande indépendance à la Banque nationale, a souligné Mme Widmer-Schlumpf.

Ce texte règle certes les compétences. Mais certains points sont ouverts, à ses yeux. Une certitude, selon la présidente de la Confédération, la loi sur la BNS ne prévoit pas de devoir de surveillance de la part du Conseil fédéral.

Le gouvernement a chargé une délégation ad hoc de s'occuper de cette affaire. Outre Eveline Widmer-Schlumpf, celle-ci comprend Simonetta Sommaruga et Ueli Maurer. Elle devra définir le mandat de l'expert dont le nom n'a pas été dévoilé.

(ap/ats)

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