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DébatExigez-vous la transparence totale d'un politicien?

Pour avoir menti sur ses poursuites judiciaires et l’état de ses dettes, le patron du MCG, Eric Stauffer, se retrouve sur la sellette. Nous avons demandé à cinq politiciens comment ils jugent son attitude, si l'on doit exiger la probité totale des candidats et s'il faut des garde-fous.

par
Eric Felley

Eric Stauffer, le candidat du MCG pour le Conseil d’Etat du canton de Genève, est mal pris depuis que les médias ont révélé qu’il avait donné de fausses informations à la Chancellerie. Il avait nié être concerné par des plaintes civiles et pénales, alors qu’une dizaine le concerne (six sur le plan pénal et quatre sur le plan civil). Il avait également déclaré 50?000?francs de dettes, alors qu’il traîne derrière lui 43 actes de défaut de biens pour plus de 140?000?francs (délivrés entre 1990 et 2008).

Hier à Berne, les parlementaires avaient de la peine à comprendre cette attitude visant à cacher ces informations importantes dans un processus électoral. Tout le monde a en mémoire le cas du conseiller national Bruno Zuppiger (UDC/ZH) qui a dû renoncer en décembre dernier à sa candidature au Conseil fédéral. La Welt-woche avait révélé qu’il faisait l’objet d’une plainte dans une affaire d’héritage. Depuis 2011, deux autres affaires judiciaires ont entamé le crédit d’hommes politiques: la démission du conseiller d’Etat Mark Muller à Genève et celle du conseiller d’Etat Frédéric Hainard à Neuchâtel, tous deux du PLR.

«Jouer cartes sur table»

L’avocat genevois et vice-président du PLR, Christian Lüscher regrette la situation: «Chacun a toujours envie de minimiser l’impact de ses propres agissements. Ce qui me choque dans le cas d’Eric Stauffer, ce sont les actes de défaut de biens.» Pour le vice-président du PS, Stéphane Rossini, c’est le déni dans lequel persiste le candidat qui pose problème: «Dans cette situation inconfortable, il a le culot de se transformer encore en victime.»

Le Valaisan estime que nul n’est parfait, mais qu’un politicien a tout à gagner à jouer la transparence: «En Valais, le conseiller d’Etat Thomas Burgener avait été arrêté pour ivresse au volant. Le lendemain, il avait rendu l’affaire publique. Les électeurs l’avaient brillamment réélu.» Dominique de Buman (PDC/FR) évoque le cas du conseiller aux Etats Filippo Lombardi (PDC/TI) qui a été condamné à plusieurs reprises pour excès de vitesse, tout en étant réélu devant le peuple: «On peut avoir quelques défauts, si on dégage beaucoup de qualités, conclut-il, à condition de jouer cartes sur table.»

Campagne à charge

Hier, Eric Stauffer pouvait toutefois compter sur le soutien du représentant du MCG à Berne, Mauro Poggia qui regrette les effets d’une campagne très à charge: «Sur le principe je suis pour la transparence, mais tout dépend quand et comment on interprète les données. Pourquoi, lors des dernières candidatures d’Eric Stauffer en 2009 et en 2011, la Chancellerie n’a rien dit alors que la situation était la même? Qu’est-ce qui a changé pour qu’on le présente cette fois comme un menteur?» La réponse se trouvera peut-être au fond des urnes le 17 juin prochain.

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Christian Lüscher, vice-président du PLR

1. Comment jugez-vous l’attitude du candidat Stauffer?

Le fait qu’il ait menti me paraît moralement condamnable. Mais ça me rassure que la Chancellerie ait pu corriger le tir.

2. Doit-on exiger la probité totale des candidats?

Non, mais on est en droit d’exiger certaines valeurs d’un politicien. Il a droit cependant à quelques travers, hors activité politique. L’aseptisation totale n’est pas une bonne chose.

3. Faut-il des garde-fous?

Dans les partis dits institutionnels, on se fait scruter de A à Z avant d’être présenté! Lors de ma candidature au Conseil fédéral, j’ai été mis à nu!

Adèle Thorens, coprésidente des Verts

1. Quand on est un personnage public, on doit s’astreindre à vivre avec une certaine tenue et surtout être transparent. Tout notre travail est basé sur la confiance.

2. Ce sont les électeurs ou les parlementaires qui élisent ou non des candidats. A eux d’en juger!

3. La responsabilité de connaître les candidats incombe d’abord aux partis. Chez les Verts nous sommes assez exigeants sur le mode de vie et le respect de nos valeurs.

Dominique de Buman, vice-président du PDC

1. Il y a un droit à l’erreur, mais mentir, c’est embêtant. Je ne peux néanmoins pas me mettre à sa place. Le peuple genevois décidera.

2. Une personne qui se lance en politique doit être irréprochable, faire sa propre analyse, se dire: «Est-ce que j’ai dit la vérité? Est-ce que je suis en règle?»

3. Non, mais dans les partis, on peut faire signer une déclaration d’intégrité. Les candidats s’engagent à ne pas avoir de «casserole»…

Stéphane Rossini, vice-président du PS

1. Je suis étonné par le nombre de plaintes et de poursuites. C’est l’aspect quantitatif et le culot de se transformer encore en victime qui jette le discrédit.

2. Pour représenter l’intérêt général, il faut un minimum de probité. On ne peut exclure des anicroches dans la vie politique.

3. Ce sont les partis qui connaissent les personnes et leur parcours. On peut faire aussi des chartes, mais si la personne veut cacher des choses, nul ne l’en empêchera.

Oskar Freysinger, vice-président de l’UDC

1. Ce n’est pas aussi net que les médias le font croire. Ce sont des actes de défaut de biens très anciens. L’establishment veut se débarrasser d’un type inconfortable qui a cessé d’être utile contre l’UDC.

2. Pour moi, la probité du politicien doit être totale. Mais ceux qui sont en train de tirer à boulets rouges sur Eric Stauffer ont eux-mêmes à leur actif des choses peu reluisantes.

3. C’est la responsabilité de chacun d’être honnête face aux électeurs.

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