éditorial: Extinction Rebellion, excitation, ébullition, extraction...
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éditorialExtinction Rebellion, excitation, ébullition, extraction...

Le mouvement radical international pour le climat monte en puissance. Il considère que «le temps politique est dépassé». Alors que faire?

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lematin.ch
A Lausanne, le 20 septembre dernier, sur le Pont Bessières, le mouvement Extinction Rebellion a bloqué la circulation. Il faut s'attendre à ce que ces actions montent en puissance et provoquent des réactions en conséquence.

A Lausanne, le 20 septembre dernier, sur le Pont Bessières, le mouvement Extinction Rebellion a bloqué la circulation. Il faut s'attendre à ce que ces actions montent en puissance et provoquent des réactions en conséquence.

Au début de l’année, personne ne connaissait le mouvement Extinction Rebellion et son sigle, un sablier, celui du temps qui passe et qui nous mène droit dans le mur... En Suisse, au printemps, la grève des jeunes pour le climat a permis à ce groupuscule de se joindre au cortège. Ailleurs dans le monde, le mouvement ne cesse de prendre de l'ampleur. Cette semaine, des bloquages sont annoncés dans 60 villes, dont Paris, et sans doute en Suisse aussi.

Dérapage programmé

En jouant sur la peur de la fin du monde, accréditée par le discours scientifique, Extinction Rebellion exerce un fort pouvoir d'attraction sur des esprits bienveillants prêts à se radicaliser pour la cause. A Lausanne, la police a eu fort à faire ces derniers temps pour déloger les manifestants plus ou moins en douceur. Le mouvement se dit non-violent. Certes, mais empêcher les gens de passer leur chemin est en soi une forme d’agression, une restriction de la liberté d’autrui, et tôt ou tard la confrontation dérape. Paris n'est pas Lausanne. Samedi la police française a arrosé de gaz lacrymogènes ces nouveaux «gilets verts», qui s'en prenaient à un supermaché, «symbole du capitalisme».

Conseil fédéral sous tutelle ?

Extinction Rebellion part d’un constat pré-apocalyptique de l’état de la planète et la responsabilité de l’homme dans cette situation. Ses revendications sont impossibles à mettre en pratique par un claquement de doigts, comme réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2025, alors que l'on n'est pas certain d'y arriver pour 2050... Il réclame, il exige plutôt que le Conseil fédéral, toutes affaires cessantes, déclare l'urgence climatique et se mette au diapason des scientifiques. «Le temps politique est dépassé», est-il écrit dans un de leur communiqué.

Quelle alternative ?

Alors que faire? Installer une «dictature rebellion»? Qui sera aussitôt attaquée par une autre rébellion? Le «temps politique» est justement ce qui nous protège des dérives autoritaires autant à droite qu'à gauche. Derrière le combat pour le climat, il a surtout la résurgence d'un «anticapitalisme primaire», qui avait quasi disparu du discours politique, en Suisse en tout cas. Mais, si l'ennemi du climat c'est le capitalisme, quelle alternative politique crédible pourrait le remplacer d'ici 2025?

Angoisse contagieuse

Bon gré, mal gré, chacun dans ce pays prend conscience de la problématique climatique, mais peu nombreux estiment que cela justifierait un changement aussi radical. Encore moins sous l'effet d'une angoisse contagieuse, qui fait fondre l’esprit civique à la vitesse des glaciers.

Eric Felley

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