Football - Fabio Celestini: «Le talent peut s’exprimer avec moi»
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FootballFabio Celestini: «Le talent peut s’exprimer avec moi»

L’entraîneur du FC Lucerne se livre sur la philosophie de son équipe, avant la finale de la Coupe de Suisse contre Saint-Gall lundi.

par
Valentin Schnorhk
Fabio Celestini se dit fier de la progression qu’a réalisée son équipe depuis son arrivée à Lucerne début 2020.

Fabio Celestini se dit fier de la progression qu’a réalisée son équipe depuis son arrivée à Lucerne début 2020.

Lafargue

Un premier titre à aller chercher. Pour Fabio Celestini, la finale de la Coupe de Suisse de lundi (15h00) contre Saint-Gall revêt un enjeu particulier. L’ancien entraîneur lausannois, qui occupe ce rôle depuis bientôt sept ans, n’a jamais soulevé un trophée, si l’on excepte celui de la Challenge League avec le LS en 2016. C’est un pas qu’il peut franchir, pour confirmer une excellente deuxième partie de saison avec un Lucerne qu’il a mené à la 5e place, après l’avoir repris le 2 janvier 2020. Surtout, le Vaudois rappelle son identité d’entraîneur au projet de jeu bien défini.

Fabio Celestini, comment préparez-vous la finale de la Coupe?

Comme d’habitude, nous n’allons pas changer notre façon de faire. Nous mettrons les mêmes ingrédients dans la préparation de cette finale comme dans les autres matches. Saint-Gall est une équipe un peu embêtante, parce qu’elle vient presser haut et a un jeu très direct. C’est une équipe qui prend beaucoup de risques défensivement, parce qu’elle laisse beaucoup d’espaces dans son dos. Elle nous a toujours posé des problèmes.

Était-ce le pire adversaire possible?

Non, ce n’est pas plus compliqué qu’un autre. Il faut qu’on soit capables de lui tenir tête. Cela va être un affrontement de styles. Nous, nous prenons plus de risques avec le ballon, nous essayons d’être plus dominants, alors qu’eux acceptent le 1 contre 1. Ce sera une opposition entre deux approches, et cela rend forcément ce match sympa car ce sont deux styles bien différents. Saint-Gall a toujours cherché à conserver son idée de jeu et c’est finalement juste qu’ils soient parvenus à se maintenir.

Durant la saison, tout n’a pas été facile pour Lucerne. Avez-vous connu une période de doute?

Nous savions que notre début de saison serait un peu compliqué, et nous n’avions que deux points après cinq matches. Le premier mois a été difficile, et le club l’a accepté. Et sur les trente matches qui ont suivi, nous avons pris 44 points. Nous avons eu des hauts et des bas, comme presque toutes les autres équipes. L’équipe est allée crescendo, avec toujours une identité très claire. Nous sommes désormais un peu plus solides, mais il ne faut pas oublier qu’il y a trois semaines, nous nous battions encore pour ne pas descendre.

Depuis quelques semaines, vous vous êtes fixés sur un système en 4-4-2, après avoir beaucoup changé. Pourquoi?

Défensivement, l’équipe avait besoin d’un système clair. En revanche, en phase offensive, nous avons beaucoup changé, en fonction de plein de détails. Nous avons parfois joué avec deux meneurs de jeu, avec deux attaquants, avec un 6 et deux 8, etc. Ce n’est par exemple pas la même chose selon les joueurs que j’aligne. Mais nous avons désormais trouvé cette stabilité dans ce système, même s’il permet beaucoup d’adaptation en fonction des profils.

Que pouvez-vous dire de l’éclosion de Filip Ugrinic, particulièrement performant cette saison (5 buts, 6 assists)?

Nous l’avions récupéré le dernier mois de la saison dernière, lorsqu’il est revenu de son prêt à Emmen. Il ne pouvait pas jouer avant la nouvelle saison, mais j’ai vite vu un joueur intéressant. Par contre, ici, on me disait que c’était un joueur qui n’avait pas de poste. On ne savait pas où le faire jouer. Et je me suis aussi confronté à cette question. Je l’ai aligné en 8, dans le couloir gauche, entre autres. Aujourd’hui, il s’est fixé dans l’axe. Mais je suis dans l’idée qu’avec le jeu que nous faisons, il faut avoir plusieurs options. Et Filip s’est développé dans cette compréhension du jeu. Il est aussi très costaud athlétiquement et court désormais intelligemment. Sa polyvalence est un atout. Pour moi, il a un profil à la (Benjamin) Kololli. Il peut évoluer à plusieurs postes, aussi bien dans l’axe que sur un côté pour rentrer à l’intérieur ou l’extérieur gauche d’une ligne de cinq.

«Quand il y a des erreurs, c’est 100% de ma faute»

Fabio Celestini, entraîneur du FC Lucerne

À quel point vos joueurs possèdent-ils une marge de décision dans le jeu?

Je n’ai pas de schéma ou de circuit prédéfinis. Moi, je propose des solutions. J’ai aussi des principes clairs, comme le fait qu’on ne joue pas court lorsque l’adversaire vient en un contre un. Alors dans ces cas-là, il faut sauter des lignes. Mais où? Je ne peux pas tout le temps donner la réponse. Il y a des principes, et après c’est aux joueurs de choisir la meilleure solution.

Mais il y a quand même des circuits qui se répètent.

Forcément, on travaille ces choses-là à l’entraînement. Et au bout d’un moment, ça devient automatique. On sait où sont les autres joueurs, parce que les situations se répètent. Après, des fois, Marius Müller (ndlr: son gardien) joue trop long à mon goût, mais c’est sa décision. Il faut que ça reste dans nos principes. Et avec confiance, tout cela se construit bien. Quand je suis arrivé, j’ai dû changer la philosophie de l’équipe et je suis désormais très surpris de constater le grand changement qu’il y a eu pour tout le monde.

Avec votre philosophie, faut-il savoir accepter les erreurs?

Quand il y a des erreurs qui sont faites, c’est 100% de ma faute. Mais ça rentre dans nos principes. Je demande qu’on ne fasse jamais plus de trois ou quatre passes en zone 1. Je ne veux pas qu’on y prenne des risques. L’idée, c’est simplement d’attirer le pressing, et comme ça l’adversaire est beaucoup moins compact et vous avez une autoroute pour aller de l’autre côté. Je ne vois pas pourquoi y renoncer. Ce sont simplement trois ou quatre buts pris par saison, tout en se développant offensivement. Le talent peut s’exprimer avec moi, le jeu et les principes le permettent.

On dit souvent que vous aimez la possession. Alors qu’en fait, votre Lucerne est une équipe très verticale.

Moi, je parle d’avoir le ballon. Je ne parle pas de possession. Alors quand une équipe reste derrière, oui, on cherche à garder le ballon pour trouver l’espace. Mais ça ne m’intéresse pas de faire quinze passes en zone 1. Je veux que mon équipe aille au but le plus souvent possible. Si on trouve un homme libre, il faut l’utiliser pour aller attaquer le but. Par exemple, cette saison, sur les quatre matches contre Bâle, même si nous avons perdu à chaque fois, nous avons tiré cent fois au but. Ce n’est pas une possession stérile, mais qui nous sert pour nous créer des occasions de but. Il ne faut pas confondre possession et jouer au ballon. Moi, je suis convaincu que même en zone 1, on peut être intéressant et chercher un homme libre. Nous sommes, je pense, la seule équipe à jouer dans toutes les zones du terrain.

Votre nom a été mentionné pour succéder à Gerardo Seoane à Young Boys. Cela peut-il vous intéresser?

J’ai un contrat jusqu’en 2023 à Lucerne, avec qui j’ai une finale de Coupe à jouer. Je crois que vous avez votre réponse.

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