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Fin de cavaleFabrice A. avait préparé son coup

Le meurtrier d'Adeline a été arrêté hier en Pologne par deux agents allemands qui avaient repéré sa voiture, recherchée par toutes les polices.

par
Albertine Bourget
Valérie Duby
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Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

MARCI BIELECKI/EPA
Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

MARCI BIELECKI/EPA
Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

Sur ces images, Fabrice A. est conduit chez les procureur du district de Szczecin, en Pologne, par la police.

MARCI BIELECKI/EPA

Fabrice A. a été arrêté hier à 15 h 20 à la frontière germano-polonaise, près de la localité de Kolbaskowo, en Poméranie occidentale (nord-est de la Pologne), par deux agents de la police fédérale allemande, membres de l'unité de douane de Pasewalk. Ayant repéré la voiture signalée à toutes les polices européennes, ils l'ont suivie dans leur propre véhicule. Lors de sa capture, Fabrice A. n'a pas opposé de résistance. Il a lui-même indiqué être recherché. Et pourtant il ne ressemblait plus du tout à la photo diffusée, qui date de plus de cinq ans. Depuis il a pris beaucoup de poids et a changé de lunettes. Le violeur multirécidiviste, suspecté du meurtre d'Adeline, se trouvait hier soir dans un lieu sécurisé en Pologne.

«L'arme supposée du crime a été retrouvée dans la voiture», a précisé au «Matin» Matthias Menge, porte-parole du quartier général de Bad Bramstedt, qui couvre les Länder de Schleswig-Holstein et de Mecklenburg-Vorpommern. Au moment de son interpellation, Fabrice A. circulait au volant de la Citroën Berlingo blanche des Hôpitaux universitaires de Genève, la voiture que conduisait la jeune et jolie sociothérapeute de 34 ans retrouvée jeudi ligotée à un arbre, égorgée, un sac sur le visage, dans le bois d'Avault à Bellevue (GE). Le procureur général Olivier Jornot allait hier soir demander l'extradition de Fabrice A. aux autorités judiciaires polonaises. «S'il accepte, le délai sera de quelques semaines. S'il refuse, en revanche, cela peut prendre des mois», précise Olivier Jornot.

250 francs en poche

Quel a été le trajet du meurtrier? On sait l'homme organisé. Selon nos informations, l'individu avait laissé dans sa cellule du Centre de sociothérapie La Pâquerette une note où figurait le trajet Genève-Bâle-Dublin. A-t-il voulu brouiller les pistes? Ou cherchait-il vraiment à se rendre en Irlande, pays où il a des amis et où il s'était déjà réfugié en septembre 2001, après avoir abusé d'une Suissesse dans un bois près de Ferney-Voltaire, là où deux ans auparavant il avait commis son premier viol?

Le Franco-Suisse de 39 ans a sans doute quitté la Suisse l'après-midi même du drame avec environ 250 francs en poche. Aux alentours de 16 h, le téléphone portable de la jeune maman d'un bébé de 8 mois a été localisé du côté de Bâle. A peu près à la même heure où la police genevoise déclenchait une alarme pour une disparition «inquiétante». La dernière fois que la collaboratrice de la Pâquerette a été vue? Jeudi vers 11 h, rue du Marché à Genève, où elle a accompagné son meurtrier pour acheter l'arme du crime présumée, un couteau à lame scie d'une valeur de moins de 50 francs.

«L'agneau et le loup»

Partout, la mort d'Adeline provoque l'indignation. «C'est monstrueux. Et cela l'est d'autant plus que ce drame aurait pu être évité», soupire Daniel Zappelli, ancien procureur de Genève installé à Dubaï, de passage au bout du lac. Suite à l'évasion d'un délinquant sexuel de la Pâquerette en 2003, Daniel Zappelli avait interdit toutes les sorties de détenus non sécurisées, sans présence d'un policier. «J'avais aussi prohibé l'argent de poche et le téléphone que l'on remettait aux détenus», poursuit l'ancien procureur général. Du coup, la direction de la Pâquerette avait stoppé les sorties.

Mais en 2010, après le recours déposé par un ressortissant tchétchène, condamné pour le meurtre d'un homosexuel, le Tribunal administratif de Genève avait déclaré la décision du procureur général Zappelli illégale. «Je regrette profondément cette décision et je pense qu'il va falloir être extrêmement prudent avec Curabilis, le futur centre de 92 places pour les détenus romands souffrant de graves troubles mentaux. Les risques pour la population genevoise vont être décuplés si le système où on laisse un agneau accompagner des loups est maintenu!» L'inauguration de Curabilis est programmée l'an prochain. Ce soir, à 18 h, un recueillement à la mémoire d'Adeline est organisé devant l'Hôtel de Ville de Genève.

Ces questions restent lancinantes

1- Pourquoi la Pâquerette n'a-t-elle signalé la disparition d'Adeline que jeudi vers 16 h?

2- Comment le meurtrier a-t-il pu acheter un couteau à lame scie à la place d'un outil pour les sabots des chevaux?

3- Pourquoi la Pâquerette a-t-elle laissé un violeur multirécidiviste sortir accompagné d'une jeune femme?

De nombreuses voix plaident pour un durcissement généralisé du système carcéral

La Suisse romande est-elle plus laxiste que la Suisse alémanique envers ses prisonniers? La presse dominicale se faisait l'écho hier de plusieurs voix, spécialistes comme politiques, en ce sens. Ainsi, le spécialiste en exécution des peines Benjamin Brägger, chargé de cours aux Universités de Berne et de Lausanne, pointe du doigt un secret médical trop strict en Suisse romande. Dans une tribune publiée par la SonntagsZeitung, le criminologue Martin Killias s'en prend à l'importance démesurée qui serait accordée à la thérapie et dénonce le fait que les autorités genevoises avaient rejeté son idée d'évaluer sur le long terme le centre La Pâquerette.

Le vice-président de la Conférence des directeurs des Départements cantonaux de justice et police (CCDJP), le conseiller d'Etat zougois Beat Villiger, souligne, lui, que les règles sont plus strictes outre-Sarine. Et prend surtout position sur le fait que «les trois concordats régionaux (ndlr: Suisse centrale et du Nord-Ouest d'une part, Suisse orientale de l'autre et enfin les cantons latins) sur l'exécution des peines et des mesures devraient être fusionnés». Ainsi, un délinquant tel que Fabrice A. ne peut être accompagné en sortie que par des hommes outre-Sarine.

Refonte de la stratégie et registre national, relancés ces derniers mois suite à l'assassinat de Marie et à l'évasion de détenus du pénitencier d'Orbe, seront proposés le 31 octobre prochain lors de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police, promet sa vice-présidente, la radicale vaudoise Jacqueline de Quattro. Selon la ministre, «tous les conseillers d'Etat romands en charge de la Sécurité et du domaine pénitentiaire sont favorables à une plus grande collaboration intercantonale et à un registre national des détenus. Je me réjouis d'autant plus de la prise de position de Beat Villiger que c'était plutôt la Suisse alémanique qui rechignait à cette harmonisation jusqu'à présent. Il nous faut sortir de notre sacro-saint fédéralisme.» Parmi les mesures à prendre, la conseillère d'Etat préconise par exemple «que les sorties ne soient proposées que vers la fin de la peine et uniquement pour ceux qui auront été évalués comme n'étant plus dangereux par au moins deux expertises indépendantes et concordantes». Elle ne va pas aussi loin que la conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH), pour qui un délinquant sexuel ou violent ne devrait plus bénéficier de sorties du tout.

Avec la vive émotion soulevée par le meurtre d'Adeline, ne court-on pas le risque de prendre des décisions trop hâtives pour satisfaire une opinion publique révoltée? «Peut-être qu'enfin il va se passer quelque chose, que des responsables vont être désignés», s'insurge Natalie Rickli.

Peut-être, aussi, faudra-t-il attendre que l'émotion retombe quelque peu et que les voix soutenant les thérapies de réinsertion, très discrètes jusqu'à présent, se fassent entendre.

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