Football: Face au racisme, Kean a fait tout juste
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FootballFace au racisme, Kean a fait tout juste

Victime d’attaques racistes mardi à Cagliari, le jeune attaquant de la Juventus a célébré son but en faisant face aux supporters sardes.

par
André Boschetti
Moise Kean face aux supporters de Cagliari mardi soir.

Moise Kean face aux supporters de Cagliari mardi soir.

Keystone

Mardi soir, à Cagliari, la Juventus s’en est allée cueillir une 26e victoire en 30 matches de championnat. Trois nouveaux points, acquis avec la manière malgré l’absence de neuf joueurs dont Ronaldo, qui rapprochent un peu plus encore la Vieille Dame de son huitième Scudetto consécutif.

À une semaine de son quart de finale aller de Ligue des champions à Amsterdam, tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les Turinois si la fin de la rencontre n’avait pas été particulièrement électrique en Sardaigne. La raison de cette subite montée d’adrénaline? Suite à son but, le jeune prodige Moise Kean - tout juste 19 ans - a célébré à sa façon sa réussite. Victime d’insultes racistes de la part des supporters sardes, l’Italien a choisi de rester stoïque et les bras ouverts face à la tribune où ils se rassemblent.

Une attitude qui a, comme on peut l’imaginer, particulièrement déplu aux ultras de Cagliari. D’où cinq dernières minutes particulièrement houleuses après aussi que Blaise Matuidi, qui avait subi le même sort au même endroit en janvier 2018, a alerté l’arbitre sur le comportement raciste inacceptable des supporters sardes.

Les propos déplacés de Bonucci

Un cas de racisme primaire parmi tant d’autres en Italie qui a pris une ampleur plus grande encore quelques minutes après la fin de la partie. Interrogé par la presse italienne, Leonardo Bonucci a en effet cru bon de donner partiellement raison aux fautifs. «L’erreur est à 50% pour Kean et à 50% pour les tifosi de Cagliari, a affirmé le défenseur de la Juve au sujet de son coéquipier. Kean sait bien qu’on se doit de fêter un but avec ses coéquipiers et c’est tout.»

Même si, en Europe comme ailleurs, il est malheureusement très loin d’être éradiqué des stades malgré la présence, dans chaque équipe ou presque, de nombreux joueurs noirs, le racisme est plus présent que jamais en Italie. «Sans aborder le cas de certains pays de l’Est européen, il est vrai que la situation de l’Italie est la plus préoccupante, confirme Raffaele Poli. Un pays où une certaine partie de la population ne parvient pas encore à considérer l’étranger en général et les Noirs en particulier somme leurs égaux. Une incompréhension qui trouve peut-être sa source dans cette période fasciste qu’a connue le pays. Plus qu’ailleurs, les ultras de la plupart des clubs de football de la Péninsule sont d’ailleurs des sympathisants de l’extrême droite.»

Des soutiens de partout

Comme la plupart des observateurs, le directeur de l’Observatoire du football du CIES à Neuchâtel n’a lui non plus pas compris l’intervention de Leonardo Bonucci. «Bonucci doit revoir sa copie, continue-t-il, car ce n’est pas en blâmant un joueur victime d’injures racistes que l’on va régler le problème. Ses propos montrent en tout cas que les ultras exercent une certaine pression sur les joueurs eux-mêmes. Et même si le problème s’étend bien au-delà du foot en Italie, tenir ce langage n’est en rien excusable.»

Une intervention que l’on qualifiera de maladroite qui n’a heureusement pas été partagée par le petit monde du foot, prompt à soutenir Moise Kean. Un jeune homme qui, soit dit en passant, est né puis a grandi en Italie, dont il défend avec talent et implication le maillot national, des sélections de jeunes jusqu’à celle de Roberto Mancini depuis quelques mois. «50% de faute à chacun? Mieux vaut en rire», ironise Raheem Sterling. Quant à Moise Kean, il assume pleinement sa réaction. «La meilleure façon de lutter contre le racisme», souligne-t-il avec sobriété sur son compte Instagram.

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