Défense: Face aux États-Unis, la Chine gonfle son budget militaire
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DéfenseFace aux États-Unis, la Chine gonfle son budget militaire

La Chine a annoncé vendredi un budget militaire en légère hausse de 6,8% pour 2021, dans un contexte de tensions persistantes avec les États-Unis autour de Taïwan et de la mer de Chine méridionale.

Ouverture du Congrès national du peuple à Pékin le 5 mars 2021.

Ouverture du Congrès national du peuple à Pékin le 5 mars 2021.

AFP

Ce taux de croissance, plus élevé qu’en 2020 (+6,6%) a été annoncé dans un rapport du ministère des Finances publié en marge de la session annuelle du Parlement.

Pékin prévoit de dépenser 1355,34 milliards de yuans (194 milliards de francs) pour sa défense -- ce qui reste trois à quatre fois inférieur aux dépenses de Washington. «C’est un chiffre officiel qui ne tient probablement pas compte de toutes les dépenses liées à la Défense», souligne Adam Ni, directeur de l’institut China Policy Centre (Australie). «Le même problème existe avec d’autres pays, y compris les États-Unis».

La Chine justifie ces hausses par plusieurs raisons: rattraper l’Occident, améliorer le paiement des militaires, notamment pour attirer de nouveaux talents au sein de l’armée, mais surtout mieux défendre ses frontières avec des armements plus chers.

Elle entend affirmer ses prétentions de souveraineté en mer de Chine méridionale (vis-à-vis notamment du Vietnam et des Philippines), en mer de Chine orientale (sur les îles Senkaku contrôlées par le Japon) ainsi que dans l’Himalaya face à l’Inde.

«Menaces extérieures»

La préparation à une hypothétique invasion de Taïwan, île de 23 millions d’habitants considérée par Pékin comme chinoise, pèse également lourdement sur les finances de l’Armée populaire de libération (APL). Car si l’option d’une attaque du territoire insulaire ne devrait être activée qu’en cas de déclaration d’indépendance formelle à Taipei, s’y préparer reste extrêmement coûteux (navires, missiles, avions, exercices).

Hostile à la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, dont le parti est traditionnellement indépendantiste, l’armée chinoise envoie désormais quasi-quotidiennement des avions dans la zone d’identification de défense aérienne (Adiz) de Taïwan. «Une +indépendance de Taïwan+ sera synonyme de guerre», a encore averti en janvier le ministère chinois de la Défense.

Autres fronts: les relations sino-américaines et sino-indiennes, particulièrement tendues durant l’année écoulée. Les États-Unis ont envoyé des navires de guerre en mer de Chine méridionale pour y contrarier les ambitions territoriales de Pékin, mais aussi à proximité de Taïwan pour y soutenir les dirigeants taïwanais. Un affrontement entre la Chine et l’Inde à leur frontière montagneuse a également provoqué la mort de 20 soldats indiens et d’au moins quatre militaires chinois en juin dernier.

«Les menaces extérieures auxquelles est confrontée la Chine l’obligent à renforcer ses capacités de Défense», notamment face aux «ingérences américaines sur la question de Taïwan», justifie Song Zhongping, expert chinois de l’APL.

Destroyers et porte-hélicoptères

Taïwan et mer de Chine méridionale étant les priorités de la Chine, c’est la marine qui bénéficie d’une grande partie du budget militaire. Elle s’est renforcée ces 12 derniers mois avec des avions, des destroyers ou encore la mise à l’eau de deux nouveaux porte-hélicoptères d’assaut amphibies. La Chine, qui possède déjà deux porte-avions (le Liaoning et le Shandong), en construit actuellement un troisième.

Le renforcement de l’armée chinoise, qui affirme avoir une politique «défensive» et «ne pas rechercher l’hégémonie ou l’expansionnisme», suscite toutefois la méfiance récurrente des nations voisines. «La puissance militaire croissante de la Chine, sans aucun doute, semble menaçante pour les autres pays asiatiques (…) et les États-Unis», estime James Char, expert de l’armée chinoise à l’Université de technologie de Nanyang, à Singapour. «Mais l’APL aura encore besoin de plusieurs années ou décennies avant d’être vraiment au point. Elle devrait donc probablement faire preuve de prudence avant de se lancer dans des combats réels».

Pékin argue que ses dépenses militaires ne font que suivre sa croissance économique et qu’elles restent modérées en pourcentage du PIB (environ 2%), là où Washington et Moscou dépassent les 3%. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), les États-Unis étaient loin devant (732 milliards de dollars) en termes de dépenses militaires en 2019, devant la Chine (261), l’Inde (71), la Russie (65), l’Arabie saoudite (62) et la France (50).

(AFP)

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