Votations 23 septembre: «Fair Food»: le contenu de nos assiettes en jeu
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Votations 23 septembre«Fair Food»: le contenu de nos assiettes en jeu

Les Suisses se prononcent le 23 septembre sur le texte des Verts pour des aliments équitables. Le prix et la qualité de notre nourriture sont au cœur des débats.

par
Christine Talos

Les aliments étrangers importés en Suisse devraient-ils tous venir du commerce équitable à l'image des bananes Max Havelaar? Réponse le 23 septembre.

L'agriculture et la provenance de nos aliments seront au coeur des votations du 23 septembre. En effet, outre l'initiative sur la souveraineté alimentaire du syndicat paysan Uniterre, un autre texte sur ce thème est soumis aux citoyens. Lancée par les Verts, l'initiative «pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques», dite «Fair Food», veut encourager l'agriculture durable. Au dernier sondage paru fin août, le texte recueillait 55% d'avis favorables (42% de non) contre 64% début août (33% de non). Le oui s'effrite donc fortement.

Que demande l'initiative Fair Food?

Le texte veut que la Confédération renforce l'offre de denrées alimentaires sûres et de bonne qualité. Celles-ci devraient être produites dans le respect de l'environnement, des ressources et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables. Des exigences devraient être fixées pour la production et la transformation. Les produits agricoles importés devraient aussi répondre généralement à ces règles. Le texte veut en outre privilégier les produits importés issus du commerce équitable et réduire les incidences négatives du transport et de l'entreposage des denrées alimentaires. La Confédération légiférerait sur la mise sur le marché, sur la déclaration des modes de production et de transformation et prendrait des mesures contre le gaspillage. Elle pourrait conclure des conventions contraignantes avec les importateurs et le commerce de détail et devrait encourager la transformation et la commercialisation de denrées régionales et saisonnières.

Que dit le Conseil fédéral?

Selon lui, une bonne partie du texte des Verts est superflu, car le problème peut déjà être réglé avec les bases légales actuelles. Il rappelle que les Suisses ont approuvé à une large majorité en septembre 2017 un article pour la sécurité alimentaire qui répond en de nombreux points aux voeux de l'initiative. Le gouvernement explique en outre que les denrées produites en Suisse sont sûres, de bonne qualité et doivent satisfaire à des exigences strictes. Quant à celles qui viennent de l'étranger, des prescriptions de déclaration existent pour les denrées produites selon des méthodes interdites en Suisse (oeufs issus d'élevages en batterie, viande aux hormones). Et des labels permettent aux consommateurs de s'y retrouver. Enfin, le Conseil fédéral craint que le texte entraîne des litiges avec des traités internationaux, notamment ceux de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ou les accords de libre-échange.

Qui s'oppose au texte?

UDC, PLR, PDC notamment sont opposés au texte. Les Verts libéraux, divisés, laissent eux la liberté de vote. Outre la droite, les milieux économiques refusent aussi le texte. Pour les opposants, les Verts veulent imposer une vision végétarienne de la société et obliger les consommateurs à manger bio, ce qui coûterait plus cher. Ils s'inquiètent donc des répercussions sur les prix en Suisse, qui pourraient doper le tourisme d'achats. Economiesuisse prédit même une hausse de 50% à long terme. Il faudrait en outre mettre en branle un système compliqué et cher pour vérifier les conditions de production à l'étranger. Des normes plus strictes pour les importations pourraient par ailleurs réduire massivement le choix des produits pour les consommateurs. En outre, ces derniers sont en mesure de décider eux-mêmes s'ils veulent acheter ou non des denrées étrangères dont ils ne connaissent pas le mode de production.

Que répondent les initiants?

Ils balaient les arguments de la droite et rappellent que leur texte n'exige pas d'imposer les normes suisses aux importations. Il demande que les aliments suisses ou étrangers soient produits de manière plus durable, en conformité avec les accords commerciaux en vigueur. Et lorsque ces derniers seront développés ou d’autres élaborés, il s’agira de négocier des critères de durabilité et de les mettre en place, expliquent-ils. Quant au bio qu'ils souhaiteraient imposer, les Verts rétorquent que l'initiative ne prescrit pas d'aliments biologiques et ne s'engage pas sur des labels. Enfin, ils estiment que les prix des aliments ne vont pas nécessairement augmenter car la concurrence se jouera au niveau de la qualité et non au niveau du tarif le plus bas, estiment-ils.

Qui défend le texte?

Côté politique, le PS, les jeunes socialistes, et les petits partis de gauche mais aussi certaines sections de la droite à l'image de l'UDC Vaud, du PBD Vaud et des Verts libéraux neuchâtelois. L'alliance pour la souveraineté alimentaire, l'autre sujet en votation, est également favorable au texte, tout comme de nombreuses organisations environnementales, telles que le WWF, Pro Natura ou Greenpeace. La fédération romande des consommateurs y est également favorable, mais sa pendante alémanique, (Stiftung für Konsumentenschutz - SKS) a laissé la liberté de vote.

Que disent les paysans?

Excédés par la politique jugée trop libérale du ministre de l'agriculture Johann Schneider-Ammann, notamment concernant l'ouverture aux marchés internationaux, plusieurs groupements de paysans soutiennent l'initiative des Verts. Ainsi le syndicat Uniterre recommande le oui, tout comme l'association des petits paysans, les jeunes agriculteurs, l'Union suisse des paysannes ou Agora, l'association des groupements et organisations romands de l'agriculture. Quant à l'Union suisse des paysans, elle a laissé le vote libre à ses membres.

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