France: Faire marcher ses employés sur des éclats de verre, c'est mal

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FranceFaire marcher ses employés sur des éclats de verre, c'est mal

Un manager, viré pour avoir fait subir cette épreuve à ses collaborateurs lors d'un stage, a fait recours contre son licenciement. Il a perdu.

par
lematin.ch
Marcher pieds nus sur des débris de verre peut-il renforcer l'esprit d'équipe? Visiblement, certains le pensent.

Marcher pieds nus sur des débris de verre peut-il renforcer l'esprit d'équipe? Visiblement, certains le pensent.

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Que ne ferait-on pas pour forger un esprit d'équipe chez ses employés? Le directeur du programme «management solutions» (solutions pour diriger) d'une grande entreprise française était, lui, prêt à aller assez loin. En décembre 2014, raconte LCI, il organise pour son équipe un stage de «team building» en Allemagne. Cette pratique, apparue au début des années 1980, vise à resserrer les liens entre les membres du personnel. Avec souvent des épreuves basées sur la confiance en l'autre ou le courage.

La dernière épreuve de ce stage consistait à briser avec un marteau une bouteille enveloppée dans un linge, de répandre les bris de verre sur un tissu posé sur le sol et de marcher dessus. Pieds nus, évidemment. Tous les participants s'exécutent sauf un, qui sort en pleurant avant d'être ramené devant l'équipe et être contraint d'expliquer qu'il ne voulait pas passer cette épreuve. Par la suite, il dira avoir refusé en raison d'une pathologie dont il souffre.

La pression du groupe

Mais à son retour en France, il se plaint auprès du médecin du travail et des ressources humaines de son entreprise, critiquant cette pratique qui peut, selon lui, non seulement blesser physiquement les participants, mais également causer de l'anxiété et un sentiment d'exclusion pour toute personne refusant de se plier à l'exercice. Si le plaignant reconnaît avoir craint notamment des représailles de son manager sur son bonus de fin d'année, des entretiens menés à l'interne ont montré que les autres participants avaient également assez mal vécu l'épisode. Car si marcher sur les briques de verre n'était pas présenté comme une épreuve obligatoire, plusieurs employés se sont sentis obligés d'y aller sous la pression du groupe, tout en voyant bien que le risque de se blesser était réel.

Pas sa faute

La direction de l'entreprise a, un an après les faits, licencié le manager en question pour faute grave. Mais celui-ci a fait recours contre ce licenciement, estimant qu'il n'avait fait que suivre les consignes de sa direction. Il a également souligné que ce n'était pas lui qui avait organisé cette épreuve de la marche sur verre, mais un prestataire, qui a d'ailleurs élaboré tout le stage. La cour d'appel vient de rejeter ce recours, arguant que de tels stages font partie de l'activité professionnelle et sont donc soumis au code du travail. Par conséquent, en n'intervenant pas pour préserver l'intégrité physique et psychique de ses collaborateurs, contrairement à ses obligations, le manager a commis une faute qui justifie son licenciement. Un bris de verre qui ne lui aura pas porté bonheur.

Michel Pralong

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