Football: Fan de Servette, François Werz est «en état de manque»
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FootballFan de Servette, François Werz est «en état de manque»

Fidèle supporter des Grenat depuis 1952, ce supporter genevois de 80 ans vit mal les matches à huis clos.

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Sport-Center
François Werz se réjouit de pouvoir retrouver sa place dans une tribune...

François Werz se réjouit de pouvoir retrouver sa place dans une tribune...

ALAIN GAVILLET/TDG ARCHIVES

C'est comme un cri du cœur, celui du désespoir. «Là, j'avoue que je suis en état de manque!» François Werz, 80 ans, n'avait pas souvent manqué un match de «son» Servette depuis 1952. C'est ce qu'on appelle un fidèle des fidèles, un supporter, un vrai, qui aime le sport en général et le football en particulier. Un fan qui préfère encourager son équipe - qu'il suit partout -, plutôt que de dénigrer l'adversaire ou, pire, insulter et se battre avec d'autres partisans.

Même quand il travaillait à Berne, dans sa jeunesse, son cœur grenadine battait déjà pour les Genevois. «Si j'avais été un inconditionnel du FC Bâle j'aurais fêté 20 titres, mais bon, quand on est amoureux du SFC, on vit des belles choses et des moins bonnes!»

En... 68 ans, ce «mordu» a tout connu dans ce club, des joies et des peines: des titres, une faillite, une relégation et des promotions. Et voilà aujourd'hui que cette pandémie l'empêche de soutenir ses protégés: un drame pour lui. «Ces parties à huis clos qu'on n'a pas le droit de voir, c'est une abomination!»

Il faut dire que ce passionné n'avait plus raté une partie depuis 2015, lorsque ses Grenat évoluaient encore en Promotion League. «J'avais raté ce match à cause des Fêtes de Genève, avoue-t-il. J'adore aussi les feux d'artifice et Servette jouait à Wil contre les M21 de Saint-Gall. Je me suis dit que je pouvais manquer celui-là. C'était si rare...» Surtout que deux jours plus tôt, en semaine, il était à Winterthour.

François, avez-vous déjà fait le compte du nombre de matches que vous avez suivi en 68 ans?

J'avais 12 ans quand j'ai assisté à ma première rencontre, mais je n'ai jamais calculé. À l'époque, j'habitais à Berne et je ne voyais Servette que deux fois dans la saison, quand les Genevois venaient dans la capitale. Puis, quand j'ai eu l'âge de me déplacer seul, j'ai pu les suivre un peu plus. Mon père travaillait à l'office des transports, je pouvais donc bénéficier des billets d'employé, ce qui me permettait de voyager à bas prix. J'en ai forcément profité pour aller un peu partout en Suisse. Et comme j'avais de la famille à Genève, j'étais donc souvent aux Charmilles.

Quand avez-vous pris votre premier abonnement?

Une fois que j'ai déménagé dans la Cité de Calvin, au début des années quatre-vingts. Étant alors fonctionnaire fédéral à l'assurance militaire, mes bureaux se trouvaient même en face du stade des Charmilles. Avec une moyenne de 25 parties par saison, sans compter que j'ai aussi suivi Carouge, Chênois, Meyrin ou UGS, cela fait en effet beaucoup de matches. Et je ne vous parle pas du volley à Trois-Chênes, où j'ai été impliqué durant une vingtaine d'années, du hockey et du basket, cela en fait encore plus. Alors oui, cela me manque affreusement!

Comme les feuilles de match que vous vous procurez avant chaque match?

Je les collectionne depuis de nombreuses années, c'est vrai. J'adore aussi les statistiques que je tiens par rapport à tous les matches disputés à travers l'histoire du club. Mais c'est du travail! Je suis d'ailleurs en train de rechercher tous les résultats depuis le début de la création de Servette. Je vais souvent à la bibliothèque nationale à Berne où je peux passer des heures à m'instruire sur des matches du passé. Oui, tout tourne autour du foot, raison pour laquelle, je le répète, depuis le 23 février et ce match à Bâle, je suis en manque.

Avez-vous dû vous abonner à Teleclub afin de suivre la fin du championnat?

Mon amie est abonnée, mais moi, à part la Ligue des champions, j'ai de la peine à regarder le football à la télé. Ce n'est vraiment pas pareil que dans un stade où vous avez le bruit et l'ambiance. En principe je me rends une bonne heure avant pour croiser des gens et je reste ensuite un long moment après la rencontre pour refaire le match autour d'un verre. C'est là qu'on s'organise pour le prochain déplacement. Cela aussi cela me manque.

Avec cette crise, il n'y avait malheureusement pas d'autres choix que de mettre en parenthèse votre passion...

Mais pour moi tout ce qu'on fait autour de ce coronavirus, c'est trop. On a foutu l'économie à feu et à sang en dépensant des milliards et on va mettre des décennies à s'en remettre. On a empêché des gens de travailler alors que cela ne s'imposait pas du tout. C'est mon avis.

Vous avez dû arriver à 80 ans pour connaître ces matches à huis-clos...

Et c'est vraiment épouvantable et inquiétant! Pour moi, le football devrait être un spectacle. Déjà que cette notion devient de plus en plus absente sur les terrains, ces matches sans public ne vont rien arranger. Depuis ces dernières années, je constate que sur 10 matches, il y en a deux ou trois de bien, deux ou trois de passable, et le reste du temps on s'emmerde! Quand Servette gagne en bétonnant à Saint-Gall, je suis content, même si je préfère un football plus attrayant.

Durant toutes ces années, vous avez dû croiser de nombreux joueurs. De quoi lier avec eux des amitiés?

Amitié, c'est un grand mot, mais des rapports cordiaux, oui. C'était surtout le cas avant, quand on pouvait les voir plus facilement, notamment en Challenge League. Aujourd'hui le car de l'équipe entre dans le stade et vous ne voyez plus les joueurs. A la Praille, ils viennent dans les coursives. C'est sympa...

Avez-vous également joué au foot durant votre jeunesse?

Comme j'ai travaillé dans plusieurs entreprises à Berne qui avaient une équipe corporative, il m'est arrivé de jouer quelques matches, oui, mais très mal. Je n'avais absolument aucun talent. Je savais ce qu'il fallait faire avec un ballon, mais je ne savais pas le faire!

Propos recueillis par Christian Maillard

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