Suisse: Faons débusqués avant les foins

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SuisseFaons débusqués avant les foins

Pour éviter de broyer un Bambi, Jean-Marc Savary, agriculteur fribourgeois, inspecte ses champs avec son chien et un drone avant de faucher.

par
Pascale Bieri
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C'est en compagnie de «Prune», son border collie, que Jean-Marc Savary inspecte tous ses champs, à la recherche d'éventuels faons au moment des foins.

C'est en compagnie de «Prune», son border collie, que Jean-Marc Savary inspecte tous ses champs, à la recherche d'éventuels faons au moment des foins.

LMS / Charly Rappo
Le drone, équipé d'une caméra thermique, permet de signalerla présence d'un animal grâce à la source de chaleur qu'il émet.

Le drone, équipé d'une caméra thermique, permet de signalerla présence d'un animal grâce à la source de chaleur qu'il émet.

LMS / Charly Rappo
Quand ils sont tout petits, les faons ne s'enfuient pas. Ils ont le réflexe de se terrer au sol.

Quand ils sont tout petits, les faons ne s'enfuient pas. Ils ont le réflexe de se terrer au sol.

LMS / Charly Rappo

La fin tragique d'un tout jeune faon, coupé en deux par une faucheuse du côté de Noiraigue (NE), a suscité beaucoup d'émotion, la semaine dernière («Le Matin» du 13 juin). Elle a aussi rappelé de mauvais souvenirs à Jean-Marc Savary, agriculteur à Granges-Marnand (VD). Car il y a quelques années, alors qu'il faisait les foins, sa machine de 6 mètres de long a également broyé un Bambi. «Ça fait vraiment mal au cœur!» confie-t-il.

Depuis, le jeune homme de 29 ans, qui tient l'exploitation agricole familiale aux côtés de son père et de son frère, met tout en œuvre pour qu'un tel accident n'arrive plus. Il vient même, pour la première fois, d'avoir recours à un drone.

Deux faons sauvés

Rendez-vous au petit matin, à 06 h vendredi dernier, alors que Jean-Marc Savary s'apprête à faucher ses champs. Mais, auparavant, une opération spéciale détection de bébés chevreuils est organisée avec la complicité de Frédéric Gex, patron de la société Drone-Tech. «Jusqu'à présent, je faisais moi-même le tour des prés avant la fenaison, en compagnie de ma chienne, «Prune», un border collie, munie d'une clochette, explique-t-il. Généralement, l'odeur et le bruit suffisent à faire fuir les faons.»

Toutefois, en mai dernier, il est tombé nez à nez avec un petit animal, aplati au sol, dont il a alors posté des images sur Facebook. C'est ainsi que l'agriculteur est entré en contact avec le professionnel du drone, qui dispose d'appareils équipés de caméras thermiques, capables de détecter une présence vivante au sol, due à la source de chaleur émise. «Il faut que l'intervention se fasse suffisamment tôt, pour que le soleil ne cause pas d'autres réactions thermiques dans la prairie.»

Bref, l'appareil piloté par Frédéric Gex prend son envol aux aurores, jusqu'à une quarantaine de mètres, et quadrille un premier champ de deux hectares. Soudain, un signal. Le drone se rapproche alors un peu du sol pour affiner le repérage. «On voit bien la présence d'un animal», constate alors Jean-Marc Savary avant de se rendre sur place avec son chien.

Et c'est bien ça. Un faon est aplati au sol, aux milieux des herbes hautes. Immobile. «Quand ils sont très jeunes, les petits ne s'enfuient pas quand ils entendent du bruit. Au contraire, ils ont le réflexe de se terrer pour échapper aux prédateurs.»

L'agriculteur le prend délicatement dans une brassée d'herbe pour le transporter jusqu'en bordure de forêt. «Il ne faut surtout pas toucher les jeunes chevreuils avec les mains, car ils sont sans odeur, ce qui leur permet de passer inaperçus», souligne-t-il. Dans l'intervalle, le jeune animal pousse un petit cri de détresse qui alerte sa mère. Elle surgit aussitôt. Happy end: la chevrette et son petit se rejoignent, puis s'enfoncent rapidement au milieu des bois.

Un peu plus tard, un second faon sera également détecté par le drone. Mais, cette fois, il aura déjà disparu lorsque Jean-Marc Savary arrive sur place. Bilan de l'opération: deux rescapés qui ne finiront pas sous les pales d'une moissonneuse, comme plus de 1500 faons chaque année, selon les statistiques qui sont sans doute bien au-dessous de la réalité. Un chiffre important, même si la route fait encore plus de dégâts.

Opération bénévole

Quant à l'intervention drone, elle a entièrement convaincu Jean-Marc Savary, qui espère pouvoir la renouveler. «Cela permet un important gain de temps par rapport à celui qu'il faut pour quadriller mes champs à pied, qui font entre un et quatre hectares», explique-t-il. Reste le coût. «Un tel appareil avec une caméra thermique revient à plus de 6000 francs. Là, la société Drone-Tech est venue nous aider bénévolement. Mais c'est le genre de service qui devra se faire facturer à terme.»

Quant à la solution de se mettre à plusieurs agriculteurs pour acquérir un tel objet, elle est difficile à mettre en place. «Le problème, c'est que nous fauchons tous en même temps, car nous sommes tributaires de la météo. Et, une fois que le drone a prospecté une surface, il ne faut pas tarder à faucher pour éviter que les petits ne reviennent.» Autrement, tout ce travail serait réduit à néant.

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