Jeu vidéo: «Far Cry 5» déclare ouverte la chasse au gourou

Actualisé

Jeu vidéo«Far Cry 5» déclare ouverte la chasse au gourou

Lorsqu'un comté du Montana tombe sous le joug d'une secte la résistance s'organise. Premières impressions et interview.

par
Jean-Charles Canet
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Divers aspects de la faune dans «Far Cry 5».

Divers aspects de la faune dans «Far Cry 5».

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Les allumés de la secte se combattent aussi sur l'eau.

Les allumés de la secte se combattent aussi sur l'eau.

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Un avant-poste a conquérir.

Un avant-poste a conquérir.

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Paris, fin février 2018. Les médias, les youtubeurs et autres influenceurs européens sont invités à découvrir «Far Cry 5», quasiment un mois jour pour jour avant sa sortie officielle le 27 mars prochain sur PS4, Xbox One et PC. Avec une conjonction d'étoiles très particulière: à l'heure ou les jeux vidéo en monde ouvert traversent leur première grosses crise créative – crise à laquelle «Assassin's Creed Origins» a donné un assez brillant élément de réponse l'an dernier – c'est au tour du nouveau blockbuster de l'écurie Ubisoft, d'indiquer si les leçons d'un certain désamour ont été retenues, soit de proposer un jeu bac à sable qui ne soit pas qu'une rigide accumulation de quêtes de qualité inégale sur une immense carte constellée de «points d'intérêt».

Prise de risque

Pour le contexte, on déjà peut affirmer que cette production Ubisoft Montréal/Toronto a l'attrait d'avoir su prendre un risque: l'action se situe dans une Amérique du Nord contemporaine, dans l'Etat du Montana. Les scénaristes du jeu ont imaginé qu'un fanatique religieux du nom de Joseph Seed, a réussi à prendre mettre tout un comté (Hope County - complètement fictif celui-là) sous sa totale et sanglante influence.

Une bande-annonce de Far Cry 5

Le glissement vers un forme de dictature religieuse est habilement décrit dans l'introduction, presque aussi efficacement que dans la hautement recommandable série «La servante écarlate»: un groupe de la police fédérale se rend dans le comté pour interpeller le prédicateur. Ils le font en plein culte alors que des inserts qui font office de générique indiquent qu'il est sans doute déjà trop tard. Le comté a déjà été lentement et insidieusement fanatisé et même la police locale a rejoint les rangs du chef de secte (fin du monde, suivez-moi sur la voie de la rédemption et tout le tralala). En lui passant les menottes devant l'autel, les US Marshalls sentent qu'ils auront toutes les peines du monde à l'escorter vers l'hélicoptère tant les fidèles font preuve d'une nervosité croissante. L'appareil parvient à quitter le site mais, sévèrement touché par les adorateurs du gourou, il s'écrase dans la forêt environnante. Il est temps pour le joueur de courir, de trouver un refuge, d'éliminer les plus isolés membres de la traque, de tenter de rejoindre la frontière en voiture pour finir dans un ravin et se réveiller dans un camp de «résistants».

Petits premiers pas

La découverte des divers gameplay se déroule ensuite sur une île. Ici, on apprend à libérer des otages, détruire des propriétés, effectuer des missions et libérer un avant-poste. Autant d'actions qui rendront la zone sûre et permettront d'accéder à de nouveaux territoires occupés.

Après, les choses sérieuses commencent et nous n'avons gratté que la surface au terme des quelques heures d'explorations qui nous ont été généreusement allouées. On a eu tout de même eu le temps de découvrir un bon gros gag «méta»: une des premières missions consiste à grimper a sommet d'une tour métallique afin d'actionner un émetteur. Au dernier tiers de l'ascension, on entend subitement une voix dans notre radio qui nous sussure en substance «Rassure-toi, il n'y en aura pas d'autres». Pour ceux qui ne connaissent pas la franchise «Far Cry», il s'agit d'une réponse clin d'œil aux reproches d'abus de cette fonction dans les précédents épisodes constellés de tours à escalader pour dévoiler sur la carte de nouveaux points.

«On vous a compris»

«On vous a compris» indiquent donc «on & off» les concepteurs du jeu. Ici le monde est grand mais n'est pas immense à se sentir perdu. Ici, le joueur est roi et ses expériences ne sont pas linéaires. Ici, on vous promet des activités motivantes et des rencontres hautes en couleur, des personnalités hors du commun... Les bonnes intentions sont là, mais à ce stade de découverte, il ne nous est évidemment pas encore possible de les valider ou de les invalider complètement.

Dans cette vidéo, Philippe Fournier, producteur associé de «Far Cry 5», nous indique comment est né l'idée d'implanter cet épisode dans une Amérique contemporaine et comment l'équipe a géré un «sujet sensible».

Sur un plan sociologique, le jeu nous semble certes audacieux mais moins par son ancrage politique que par son placement dans l'Amérique contemporaine. Croire qu'un postulat imaginé en 2012 a pu se transformer en brûlot contre l'Amérique de Trump nous paraît une extrapolation biaisée. A l'opposé du spectre, les invectives de certaines personnalités extrémistes qui ont déjà reproché au jeu de s'attaquer à des chrétiens blancs plutôt qu'à de dangereux terroristes islamistes n'ont pas les statistiques et les faits de leur côté. Nous avons plutôt découvert une vision caustique de Canadiens voisins des dérives qui peuvent affecter la société nord-américaine mais qui s'oriente plutôt vers la farce ne rechignant ni sur la violence, ni sur l'insolence, ni sur la caricature. Il faut bien concéder que, sur ce terrain, les «Bioshock» et «Bioshock Infinite» ont une toute autre portée si on s'intéresse aux forces souterraines qui peuvent irriguer un produit de pur divertissement.

Bugs subsistants

Sur le terrain du gameplay, on ne cachera cependant pas avoir été inquiété par les nombreux bugs subsistants constatés sur cette version présentée alors que l'échéance de la sortie est proche. Par exemple, des personnage non joueur (PNJ) raides comme un piquet au milieu d'une route ou l'étrange comportement des certaines IA (intelligence artificielle) quand on leur assigne des menues tâches; éliminer à sa place un ennemi par exemple. Si ces incohérences restent trop nombreuses (même en connaissant la quasi impossibilité d'éradiquer complètement ce type de bugs dans un jeu ouvert), «Far Cry» en souffrira. Espérons que la chasse aux bugs est toujours ouverte et qu'elle aura été fructueuse d'ici le 27 mars.

En revanche, on a grandement apprécié la possibilité de jouer toute la campagne en coopération (à deux), notre premier duo s'étant révélé convaincant et agréable. Ah, et puis oui, «Far Cry 5» a de jolis graphismes et de bien belles animations. En tout cas dans la bonne moyenne des productions «triple A» actuelles.

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