Jeu vidéo – «Far Cry 6»: tu seras guérillero, mon fils
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Jeu vidéo«Far Cry 6»: tu seras guérillero, mon fils

Entre peinture dramatique d’une nation sous dictature et désinvolture amusée, le nouveau monde ouvert d’Ubisoft trouve un point d’équilibre sans surprendre pour autant.

par
Jean-Charles Canet

Les «Far Cry», jeux d’action en monde ouvert tout droit sortis des studios Ubisoft, ont ceci de particuliers: ils ne craignent pas les contradictions. C’est une nouvelle fois le cas pour «Far Cry 6», dernier rejeton de la prolifique franchise qui nous a transporté, avec des bonheurs divers, d’une île tropicale au cœur de l’Amérique profonde en passant par les hauteurs de l’Himalaya. Cette fois, comme l’indique une campagne promotionnelle intensive, c’est à Yara que se situe l’action, soit un Cuba où toute ressemblance avec des événements existants ou ayant existé serait fortuite.

Cuba no mais Cuba si, si on s’en tient au vaste cadre géographique qui restitue – avec une minutie proportionnelle aux moyens alloués à cette superproduction – non seulement la diversité des environnements mais aussi la couleur locale. Ne vient contrarier ce réalisme que la forme générale du territoire et le comportement parfois erratiques des personnages non-joueurs dont les maladresses dues à une intelligence artificielle (IA) imparfaite ne sont pas sans charmes. Une vallée de l’étrange propre au jeu vidéo.

L’heure du bilan est arrivée après une longue marche forcée – pour tenter d’arriver au terme de la trame narrative principale avant la sortie du jeu, demain, jeudi… Sachez-le, on a échoué – dans les villes et campagnes de cette Yara opprimée par l’infâme dictateur Antón Castillo, incarné par l’excellent Giancarlo Esposito, mémorable Gustavo de la série Breaking Bad».

On a parcouru les contrées à pied, à cheval, en voiture, camion, avion et hélicoptère. On a fait usage de notre parachute et de notre wingsuit. Parti de rien, on a sympathisé avec des guérilleros, jeunes et vieux briscards. On a noué des alliances, on a été trahi, on s’est vengé. On a trouvé des refuges, des bases à améliorer. Pratiques pour se téléporter d’un endroit à un autre. On a profité de l’assistance d’animaux de compagnie, d’un crocodile apprivoisé, d’un petit chien handicapé et d’autres créatures improbables mais fort utile quand on ne joue pas en coopération en ligne avec un(e) ami(e). Dani est notre nom. Masculin ou féminin est notre sexe. Impossible d’en changer à moins de repartir de zéro.

C’est curieux chez les coqs…

On a pris le contrôle de moult barrages routiers, dévasté des dizaines de canon antiaérien. On est parti à la chasse au trésor dans cavernes obscures. On a attaqué de précieuses cargaisons stockées dans les convois gouvernementaux, on a looté comme un fou et on a subi des attaques de coqs dopés, aux ergots acérés. C’est curieux, chez les coqs, cette soif de violence.

On a dévasté des plantations toxiques, des casernes armées jusqu’aux dents. On a cru un moment pouvoir piéger le dictateur dans un haut lieu de la capitale, mais il est malin, le bougre. On a retenu notre souffle sous l’eau et senti les morsures de crocodiles et de requins. On a trouvé ou bricolé notre arsenal avec les moyens du bord et fait usage d’ateliers afin de les fignoler selon nos préférences, plutôt adaptées à la furtivité ou au rentre-dedans selon l’humeur. On a bien sûr rondement mené de nombreuses missions principales, celles qui, en plus de nous renforcer, font progresser la narration et profiter de séquences dialoguées soignées. On a encore recruté et envoyé au casse-pipe des commandos puis choisi des options tactiques afin de maximiser la réussite de leurs missions et minimiser les pertes.

PC et consoles

On a joué à «Far Cry 6» sur un PC de compétition en 4K avec toutes les options graphiques au max, Ray tracing et HDR compris en parvenant à maintenir un taux de 60 images par seconde (limite de notre écran) quasi constant. Nous avons aussi fait tourner le jeu sur Xbox Series X et S, avec du high dynamic range (HDR) géré mais sans le ray tracing, technique de gestion de la lumière absente des versions consoles next gen (PS5 comprise). Sans doute pour assurer les 60 ips en 4K promises. Nos pupilles n'en ont pas été contrariées plus que cela.

Tout cela pour dire que «Far Cry 6» est un jeu techniquement remarquable et visuellement magnifique, sans pour autant mettre à distance les jeux cadors de cette génération ni même ceux de la génération précédente, le bac à sable d’Ubisoft restant un jeu cross-gen. Il est aussi généreux en activités et habile pour faire monter la tension et pour relancer son intérêt quand un ventre mou pointe.

Plaisir d’offrir, joie de détruire

Son scénario aborde quelques sujets, disons délicats: l’oppression, l’esclavage, la torture, les exterminations, les expérimentations sur des cobayes humains… mais va surtout vers la fantaisie, le fun, le plaisir irresponsable de la destruction. On se croirait parfois dans un vieil épisode de «Mission: Impossible» avec ses tyrans de pacotille et ses soldats en carton dans une dictature imaginaire sud-américaine. Mais tout de même saupoudré de violence tarantinienne, graphique et distancée.

L’a-t-on apprécié ce «Far Cry», sixième du nom? Oui, absolument, mais sans ressentir de choc next gen, goûtant un déjà vu agrémenté de quelques variantes insérées dans une franchise qui a de longue date choisi son camp. C’est à la fois son originalité et sa limite.

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