Procès du 13-Novembre: Farid K. a été «l’intermédiaire de l’intermédiaire du faussaire»
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Procès du 13-NovembreFarid K. a été «l’intermédiaire de l’intermédiaire du faussaire»

Les avocats de l’homme qui a fourni indirectement des faux papiers à des terroristes des attentats du 13-Novembre ont plaidé l’acquittement, jeudi, à Paris.

Les plaidoiries ont commencé au procès des attentats du 13-Novembre.

Les plaidoiries ont commencé au procès des attentats du 13-Novembre.

AFP

Au procès des attentats du 13-Novembre, la défense de Farid K., jugé pour avoir fourni des faux papiers d’identité à la cellule jihadiste, a plaidé jeudi l’acquittement pour celui qui n’a été que «l’intermédiaire d’un intermédiaire». L’accusation avait requis la semaine dernière six ans d’emprisonnement contre le Belgo-Marocain de 39 ans, jugé pour «association de malfaiteurs terroriste».

«Par appât du gain et cupidité», avaient estimé les avocats généraux, «il a choisi de fermer les yeux sur la personnalité et les convictions problématiques» du très radical Khalid El B., logisticien en chef de la cellule qui a tué 130 personnes à Paris et Saint-Denis.

Père «dévoué» à ses deux enfants

À l’audience, lors de quatre heures de plaidoiries très techniques, deux de ses avocates ont tenté de démontrer le contraire, et demandé à ce qu’il soit plutôt condamné pour «complicité de faux». Au total, 18 pièces d’identité falsifiées – ayant permis aux membres des commandos en provenance de Syrie de traverser l’Europe via la route des migrants ou servi à la location de «planques» ou de voitures – ont été découvertes pendant l’enquête.

Farid K. a été «l’intermédiaire de l’intermédiaire du faussaire» pour trois d’entre elles uniquement – quatre selon l’accusation – martèle son avocate Me Fanny Vial. «Face aux chaises vides laissées par les terroristes morts, il reste le gouffre et la souffrance de survivants. Nous comprenons que ce soit insupportable et cela peut conduire à déporter une haine sur des seconds couteaux», dit aussi Me Vial. Mais il faut «replacer le curseur de la juste qualification et de la juste peine», demande-t-elle à la cour d’assises spéciale.

Bourré de tocs et de phobies – il a «peur des abeilles, des serpents et des avions», énumère sa deuxième avocate Me Marie Lefrancq -, ce père «dévoué» à ses deux enfants, qui n’a «jamais été pratiquant», a fait figure d’ovni dans le box pendant les neuf mois d’audience.

«Inch’Allah»

Sa défense rappelle que Farid K. est d’ailleurs le seul à ne connaître aucun de ses coaccusés. «Je ne sais pas ce qu’il fait ici», avait dit de lui le principal d’entre eux, Salah Abdeslam, au début du procès en septembre. En chemise blanche et bras croisés, le grand brun aux cheveux remontés en chignon pour cacher une pelade liée au stress écoute attentivement ses avocates, approuvant parfois leurs propos d’un hochement de tête.

Lors de son interrogatoire devant la cour en mars, ce grand bavard avait juré autant que faire se peut que «jamais» il ne s’était douté que Khalid El B. (qui se fera exploser lors des attentats de Bruxelles en mars 2016) était radicalisé. «Quand je l’ai vu à la télévision, je suis tombé de ma chaise», avait-il assuré. Lors d’une audition qui lui vaut tant d’ennuis, il avait cependant reconnu avoir remarqué que celui à qui il a fourni les faux papiers était «radicalisé depuis toujours, à fond dans l’Islam».

«Je ne savais pas que c’était pour faire des attentats»

Des aveux «pas cohérents, contradictoires, de quelqu’un qui ne sait pas comment s’en sortir et qui est prêt à raconter n’importe quoi», soutient Me Vial, rappelant que son client n’a croisé Khalid El B. que «quatre fois maximum». Pour preuve, ajoute-t-elle, lorsqu’on lui avait demandé des exemples de cette «radicalisation», Farid K. n’avait trouvé que le regard «par terre» du logisticien en chef quand il le saluait, et les «inch’Allah» qui ponctuaient parfois ses propos.

Quant à son travail pour le réseau de faussaires, il n’a rapporté à Farid K. que «300 euros», insistent enfin ses avocates, relisant ses déclarations: «Je ne savais pas que c’était pour faire des attentats, je ne suis pas un monstre», avait-il dit. «Si j’avais fait ça pour 30’000 ou 40’000, on aurait pu dire que j’avais marché sur ma conscience». Les plaidoiries de la défense se poursuivent jusqu’au 24 juin. Les accusés auront la parole en dernier le 27, le verdict est attendu le 29.

(AFP)

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