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face-à-faceFaut-il enregistrer toutes les armes?

Le Conseil fédéral veut durcir la loi sur les armes en reliant entre eux les registres cantonaux et en exigeant que toutes les armes non encore déclarées soient annoncées. La justice devrait également signaler à l'armée les prévenus pouvant se révéler dangereux pour eux-mêmes ou les autres.

par
Sébastien Jost

A quoi cela sert-il de mettre en réseau les registres cantonaux des armes?

Jean-Luc Addor, député UDC au Grand Conseil valaisan et membre de Pro Tell: C'est une manière pour la gauche de réintroduire par la bande un fichier central, une idée que le peuple a pourtant clairement refusée en février 2011. On persécute pour rien d'honnêtes citoyens, ce qui avait déjà conduit au rejet de l'initiative.

Géraldine Savary, conseillère aux Etats (PS/VD): En harmonisant les différents registres cantonaux entre eux ainsi qu'avec le fichier de l'armée, il sera possible de savoir qui possède quoi en Suisse. Le Conseil national et celui des Etats ont accepté l'idée. C'est une mesure indispensable à prendre.

Quel plus ce durcissement amènerait-il en termes de sécurité?

Jean-Luc Addor: Aucun. Les criminels ne sont jamais touchés par ce genre de mesures. Par contre, les citoyens qui n'ont rien à se reprocher se verront espionnés. Les mêmes qui s'étaient opposés au système des fiches proposent des dispositions qui conduisent au retour de l'Etat fouineur.

Géraldine Savary: Cela améliorerait grandement la sécurité de la police et des services de secours. Ils pourraient savoir rapidement si la personne auprès de qui ils interviennent possède une ou plusieurs armes. Actuellement, si quelqu'un a déménagé ou a acheté une arme dans un autre canton, l'information n'est pas immédiate.

Les amateurs d'armes à feu sont-ils dans le viseur des autorités?Jean-Luc Addor: Clairement. On instaure le soupçon à propos d'honnêtes citoyens. C'est absurde. Prenons les membres des sociétés de tir. Ils n'apprennent pas seulement à se servir d'armes, mais aussi, et surtout, les précautions et les limites de ces engins. Ces gens sont les moins dangereux qu'il y ait.

Géraldine Savary: Pas du tout. En Suisse, les voitures sont enregistrées au même titre que les champignons. Pourquoi les armes y échapperaient-elles? L'idée est d'établir un registre, comme cela se fait dans de nombreux domaines et non de criminaliser les tireurs ou les amateurs d'armes.

Ce durcissement de la loi est-il applicable?

Jean-Luc Addor: Si demain, il faut annoncer les armes qui n'ont pas fait l'objet d'un permis, il faudra fixer un délai. Et une fois ce délai passé, que fera-t-on? On enverra la police perquisitionner chez tout le monde pour voir qui a dans sa cave un mousqueton hérité de son grand-père?

Géraldine Savary: Ceux qui s'opposent à ce durcissement brandissent constamment la confiance qu'il faut accorder à la population et mettent en avant son sens des responsabilités. Je leur retourne cet argument. Je crois en la bonne foi de la population qui comprendra les gains énormes que cette modification amènera en termes de sécurité pour un prix à payer faible.

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