Suisse: Faut-il interdire l’expérimentation animale en Suisse?
Publié

SuisseFaut-il interdire l’expérimentation animale en Suisse?

La Chambre du peuple sera mercredi la première Chambre à se pencher sur l’initiative populaire «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine. Un débat qui s’annonce émotionnel.

par
Christine Talos
Les députés vont parler de la condition des animaux de laboratoire. 

Les députés vont parler de la condition des animaux de laboratoire.

AFP

Les discussions risquent d’être animées mercredi au Conseil national. En effet la Chambre du peuple sera la première à débattre de l’initiative «Oui à linterdiction de lexpérimentation animale et humaine - Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès». Et pas moins de 24 parlementaires vont se relayer à la tribune pour donner leur avis sur ce sujet émotionnel puisqu’il traite de la souffrance animale.

L’initiative estime en effet que l’expérimentation animale est un mauvais traitement infligé aux animaux et peut donc être considérée comme un crime. Lancé en 2017 par des citoyens saint-gallois avec le soutien de quelque 80 organisations, le texte propose de remplacer la pratique actuelle par des méthodes alternatives plus éthiques et moins coûteuses. Les initiants dénoncent aussi des méthodes «peu transparentes» qui causent des «souffrances inutiles aux animaux» et dont le succès nest pas garanti.

Interdire l’importation de nombreux produits

Linitiative prévoit aussi dinterdire le commerce, limportation et lexportation de produits faisant directement ou indirectement lobjet dexpérimentation animale ou humaine. Pour remplacer lexpérimentation animale, les initiants proposent de mener des expérimentations sur la base de cultures de cellules humaines. Ils estiment par exemple quil serait possible de tester des cosmétiques sur une peau cultivée au lieu du dos des lapins ou cobayes.

L’initiative avait été balayée en juin 2019 par le Conseil fédéral qui avait proposé de la rejeter sans lui opposer de contre-projet. S’il souhaite lui aussi réduire autant que possible la souffrance animale, il estime cependant que le droit en vigueur protège suffisamment lêtre humain et lanimal.

Incompatible avec les engagements avec l’UE

En outre, accepter ce texte nuirait à lapprovisionnement en médicaments et la population suisse ne pourrait plus profiter des avancées scientifiques réalisées à létranger à cause de linterdiction dimporter. L’initiative serait par ailleurs incompatible avec les engagements internationaux de la Suisse, notamment avec lUnion européenne.

L’été dernier, la commission de la science du Conseil national avait elle aussi refusé à l’unanimité l’initiative qui allait trop loin à ses yeux. A ses yeux, la mise en oeuvre de cette dernière aurait des conséquences négatives sur la santé et sur l'économie, ainsi que pour le pôle de recherche suisse.

Par 15 voix contre 9,elle avait rejeté l'idée d'opposer un contre-projet direct au texte. Par 13 voix contre 10 et 1 abstention, elle avait également décidé de ne pas déposer d'initiative visant à l'élaboration d'un contre-projet indirect. Les propositions auraient dû entre autres inclure un plan obligatoire de désengagement de la recherche basée sur l'expérimentation animale. Mais le National devra quand même trancher sur les propositions de la minorité emmenée par la gauche et des Vert’libéraux. Elles auraient dû entre autres inclure un plan obligatoire de désengagement de la recherche basée sur l'expérimentation animale.

Pétition déposée à Berne

Ce débat survient alors qu’une pétition a été déposée à Berne le 22 février dernier sur le sujet. Signée par 13’000 citoyens et 27 organisations de protection des animaux, elle demande larrêt des expérimentations animales et le soutien à des modèles alternatifs. Selon les pétitionnaires, les résultats provenant de telles expérimentations ne peuvent dans de nombreux cas pas être appliqués à lhumain et celles-ci causent des souffrances inutiles chez les animaux.

Le Parlement doit sengager pour une recherche biomédicale «plus efficace et plus pertinente pour lhomme», sans expérimentation animale, demande ainsi lorganisation Animalfree Research. Il sagit daccorder davantage de poids aux méthodes de recherche alternatives: 50% des fonds publics destinés à la recherche biomédicale doivent aller exclusivement à ces modèles. La répartition est aujourdhui inégale, selon les pétitionnaires. Actuellement, un tiers des 400 millions de francs du Fonds national de la recherche scientifique consacré à la médecine et la biologie est investi dans la recherche fondamentale, qui compte le plus dexpérimentations animales. À lopposé, on trouve le programme «Advancing 3R - animaux, recherche et société», soutenu par seulement 20 millions de francs sur cinq ans.

A noter encore que le thème de l’interdiction de l’expérimentation animale n’est pas nouveau à Berne. Les Suisses ont déjà rejeté trois initiatives populaires sur le sujet, soit en 1985, 1992 et 1993.

La recherche 3R, c’est quoi?

Depuis 2018, un centre de compétence a été créé avec les hautes écoles et l'industrie pharmaceutique pour promouvoir les méthodes de substitution à l’expérimentation animale selon les principes «3R». Ces règles ont été publiées en 1959 par deux chercheurs, William Russell et Rex Burch. Elles impliquent le Remplacement, la Réduction et le Raffinement de l’expérimentation animale. En Suisse, ces principes doivent être appliqués par les chercheurs.

En clair, le remplacement n’autorise les chercheurs à utiliser des animaux que s’ils arrivent à faire la preuve qu’ils sont indispensables à leur travail. Ou que des résultats ne peuvent pas être obtenus en recourant à des créatures de classe «inférieure» (des drosophiles au lieu de souris, par exemple). La réduction signifie l’obtention d’un niveau d’information comparable à partir du minimum d’animaux possible, grâce aux expériences réalisées par des chercheurs jusque là. Enfin le raffinement recouvre toutes les méthodes pour atténuer autant que possible la souffrance et le stress de l’animal, via de bonnes conditions d’hébergement, l’utilisation d’antidouleurs ou des techniques d’expérimentation les moins invasives possibles.

A noter que le nombre d'expérimentations animales baisse régulièrement en Suisse. Elles n’étaient plus que 586’000 en 2018 contre plus de 2 millions en 1983. Depuis 2009, le nombre des essais a diminué de 17%, selon le Conseil fédéral.

Votre opinion