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SANTÉFaut-il jeter la moitié de nos médicaments?

Un livre français accuse la pharma de nous arroser de pilules inefficaces ou dangereuses. Réactions prudentes en Suisse.

par
Ludovic Rocchi
Selon Swissmedic, «seuls des médicaments sûrs et efficaces sont autorisés» en Suisse.

Selon Swissmedic, «seuls des médicaments sûrs et efficaces sont autorisés» en Suisse.

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Une fois de plus, le faramineux marché des médicaments alimente la polémique. Cette fois, elle vient de France, avec la publication d'un livre choc de deux célèbres médecins (lire l'encadré ci-contre). La pharma y est traitée de «la plus lucrative, la plus cynique, la moins éthique de toutes les industries». Et, surtout, le livre démontre que la moitié des médicaments vendus sont «inutiles». En Suisse, rares sont les spécialistes qui oseraient une telle charge contre la toute-puissante industrie pharmaceutique.

Certes, la cherté des médicaments fait régulièrement débat chez nous aussi, mais pas au point de se dire qu'il faudrait jeter la moitié de nos pilules. Alors, info ou intox? Pour le porte-parole de l'industrie pharmaceutique suisse, Thomas Cueni, le débat n'a même pas lieu d'être. «Ce qui est excessif est insignifiant», tranche-t-il. Il admet qu'on peut discuter de cas en cas de la valeur réelle d'un médicament, «mais il faut se rappeler que la moitié de l'amélioration constante de l'espérance de vie est due aux médicaments». Voilà pour la voix de la pharma. A l'opposé, que dit le vice-président de la Fédération suisse des patients, Jean-François Steiert? Il n'adhère pas complètement aux thèses chocs de l'ouvrage français: «Il y a un vrai problème, mais le chiffre de 50% paraît exagéré.»

Le socialiste estime qu'il faut améliorer les outils de contrôle du marché, car «on sait que l'industrie invente des produits qui ne sont pas forcément nouveaux mais très chers, ou qui sont distribués à trop de patients qui n'en ont pas besoin».

Du côté des assureurs, le porte-parole du Groupe Mutuel, Yves Seydoux, se montre prudent: «C'est avant tout au régulateur fédéral de se montrer strict pour empêcher, surtout, que de fausses innovations soient mises chèrement sur la liste des 2300 traitements remboursés en Suisse.» Une manière de renvoyer la balle à Swissmedic, l'organe qui gère cette fameuse liste officielle des spécialités. Son porte-parole, Daniel Lüthi, refuse de commenter un livre «sans une analyse préalable de nos spécialistes». Mais il assure que «seuls des médicaments sûrs et efficaces sont autorisés par Swissmedic».

Pour les auteurs du livre objet de la polémique, il s'agit de documenter les patients pour qu'ils puissent interpeller leurs médecins, maillons essentiels de cet immense marché. A la FMH, Jacques de Haller reconnaît qu'«il y a du ménage à faire dans la liste suisse des médicaments. Mais je n'en vois pas 50% à jeter, ni de dangereux.»

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