Omnisports: Faut-il surclasser les ados talentueux?
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OmnisportsFaut-il surclasser les ados talentueux?

Dans les sports collectifs, le surclassement expose les jeunes talents à certains dangers. Inquiétude?

par
François Ruffieux
A 18 ans, Johan Vonlanthen était devenu le plus jeune buteur de l'Euro.

A 18 ans, Johan Vonlanthen était devenu le plus jeune buteur de l'Euro.

Keystone

Plus vite, plus haut, plus fort, surtout toujours plus tôt. Les jeunes talents font l’objet de toutes les convoitises. Dans les grands sports collectifs, les clubs donnent à leurs recruteurs la mission de dénicher ceux qui deviendront peut-être les stars de demain. Mais en amont de ce business désormais universel, on peut s’interroger sur la meilleure façon de faire progresser les sportifs de 13, 15 ou 17 ans. Convient-il de surclasser systématiquement celui qui affiche quelques aptitudes particulières? Cette pratique comporte-t-elle certains risques?

Le souci de la maturité

«Qu’est-ce qui est bon pour le joueur, qu’est-ce qui va lui permettre de progresser?» Sélectionneur des équipes de Suisse M15 et M18 de football, Yves Débonnaire souligne d’emblée qu’il ne peut y avoir une seule façon de procéder. «Il faut se poser les bonnes questions. Et chaque joueur représente un projet en soi.» Plusieurs facteurs devraient influencer la décision de surclasser – ou non – un joueur de football ou de hockey sur glace. Notamment celui de la maturité, qu’elle soit physique ou qu’elle concerne la personnalité du jeune. «On peut avoir un joueur qui est grand par la taille, mais qui n’est pas un leader ou qui n’a pas suffisamment d’arguments techniques, note le technicien en guise d’exemple. Si vous le montez trop vite, il n’osera plus dribbler ou mettre en œuvre ce qu’il savait faire jusque-là. Il va se noyer.»

Besoin d’adversité

En même temps, la possibilité de se frotter à plus costaud que soi n’est évidemment pas sans intérêt. Les plus doués franchissent souvent les obstacles sans difficulté particulière, à l’image d’un Hischier (hockey) ou d’un Embolo (foot). Mais la règle est loin d’être universelle.

«Développer les qualités cognitives demande une certaine adversité, poursuit Yves Débonnaire. Cela dit, le surclassement est un processus qui passe par l’échange avec le joueur. Il faut lui expliquer pourquoi et comment on va le faire.» Le raisonnement est d’ailleurs tout aussi valable pour le sous-classement, avec des garçons dont les qualités peuvent avoir besoin de davantage de temps pour s’exprimer.

Sur un plan général, les pratiques diffèrent. Pour prendre le cas du football, il y a l’exemple du FC Barcelone – une référence en matière de formation – qui ne surclasse pas facilement ses talents, préférant les voir prendre confiance et asseoir certains principes de jeu face à des adversaires du même âge. À Bilbao, en revanche, on préfère mettre les joueurs dans le dur, afin qu’ils soient obligés de trouver de nouvelles solutions pour s’exprimer.

Directeur technique du Team Vaud, Marc Hottiger dresse le constat suivant: «Le surclassement n’est pas toujours bien… mais souvent tout de même.» Plus précisément: «On regarde les particularités du joueur. Et lorsqu’on choisit de le monter, c’est parce qu’on sait qu’il peut s’adapter. Parmi nos internationaux, beaucoup sont surclassés, souvent pour la seconde moitié du championnat. Mais il faut trouver la juste balance pour que le garçon se sente bien.»

L’un des paramètres touche moins directement le jeu, mais compte parfois, surtout à un âge de profonde mutation: le côté social. «Quitter la volée de potes avec lesquels on joue depuis trois ou quatre ans peut avoir des répercussions psychologiques», remarque Hottiger. Le surclassement représente donc un vrai processus, avec une exigence de suivi. Pas sûr que les clubs et l’entourage des joueurs en soient pleinement conscients.

«Ne pas créer des situations d’échec»

L’automne passé, Dany Dubé a publié un livre qui propose aux entraîneurs et aux parents des solutions à certains problèmes tels que la pression, la réaction dans la défaite ou la place des joueurs moins performants.

Dany Dubé, le surclassement des jeunes joueurs vous paraît-il toujours judicieux?

Il est devenu beaucoup trop fréquent. La dénatalité et le coût élevé du hockey font qu’on a moins de joueurs aujourd’hui. On va donc chercher le talent là où il est, en mettant très vite le grappin sur les plus jeunes. On est dans l’immédiat. Et si cette façon de faire profite à l’équipe, on n’a pas la preuve qu’elle profite toujours au joueur.

À quoi faut-il prêter attention?

Ce qui m’interpelle tient dans cette question: le jeune qui est surclassé auratil toujours du plaisir au niveau supérieur? Si je n’ai plus la passion, je n’obtiens plus les mêmes résultats. L’autre aspect qui devrait être au cœur de la réflexion, c’est la capacité d’adaptation. Autrement dit: comment le jeune va-t-il gérer les attentes. Pour un garçon qui commence à pointer dans l’élite, il faut se demander s’il va être bien avec la pression, l’environnement ainsi que des standards plus élevés. Est-il outillé pour cela, prêt physiquement? Ma crainte, c’est qu’on crée des situations d’échec, avec un jeune qui perd le goût et qui décroche.

On va toujours plus vite…

Les gens sont excessifs, que ce soit à l’école, au travail ou dans le milieu sportif. On veut sauter les étapes, alors qu’en réalité on ne va jamais trop lentement. On parle au jeune d’une opportunité en or et il a peur de décevoir son entourage. Il faudrait se demander: 1. Mon enfant a-t-il du plaisir? 2. Devient-il meilleur? 3. Socialise-t-il? On ne devrait jamais perdre de vue la raison pour laquelle on fait du sport.

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