13.11.2020 à 17:44

FootballFaut-il vraiment gagner pour être bon?

L'équipe de Suisse développe sans doute un des jeux les plus ambitieux de son histoire, mais ne gagne plus. Est-ce grave?

von
Robin Carrel, Bâle
La Suisse avait inventé le «verrou», «grâce» au mythique Karl Rappan.

La Suisse avait inventé le «verrou», «grâce» au mythique Karl Rappan.

KEYSTONE

Les entraîneurs italiens étaient, à une certaine époque, réputés pour leur catenaccio et certains ont marqué l'histoire par leur faculté à conserver un résultat. Mais la «Botte2 a aussi enfanté Roberto De Zerbi et Gian Piero Gasperini, deux des coaches les plus «sexy» actuellement. Elle a aussi donné au jeu de ballon Arrigo Sacchi, un des meilleurs penseurs de la sphère blanche. Les écouter, c'est aussi un peu comprendre ce que l'équipe de Suisse essaie modestement de mettre en place.

«Pour moi, le résultat n’est pas important. Ce qui l’est, c’est de voir comment on arrive à ce résultat. Si tu fais ce métier, le plus beau du monde, tu dois t’amuser. Cela s’appelle un ‘jeu’ et ce n’est pas un hasard. Ce n’est qu’en prenant du plaisir que tu peux dépasser des difficultés, aller au-delà de tes limites», répète en boucle De Zerbi, 41 ans, et actuellement 2e de Serie A aux commandes de Sassuolo. A écouter les joueurs suisses, c'est bien le cas malgré les résultats.

CORRECTION SACCHI'S POSITION

La légende Arrigo Sacchi.

CORRECTION SACCHI'S POSITION

La légende Arrigo Sacchi.

KEYSTONE

Son illustre aîné Sacchi, a tenu le même discours il y a une dizaine de jours sur le site d'Eurosport France, dans une interview que l'on ne saurait trop vous conseiller: «Si un entraîneur gagne, il est forcément bon? Je ne suis pas d'accord. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Si tu réfléchis comme ça, tu n'affines pas ta culture, ta capacité à savoir si tu as gagné avec mérite ou non. C'est comme dans la vie, il y a des tacticiens et des stratèges. Que manque-t-il aux tacticiens? La beauté, l'harmonie, l'amalgame et les émotions. Les émotions sont très brèves et se reposent plus sur les individualités que sur le collectif.» Et puisque la Suisse n’a que deux ou trois individualités de niveau international actuellement…

«Que manque-t-il aux tacticiens? La beauté, l'harmonie, l'amalgame et les émotions.»

Arrigo Sacchi

Vladimir Petkovic, Tessinois d'adoption qui a joué à Bellinzone et Locarno, puis notamment entraîné Malcantone-Agno, Lugano, Bellinzone et la Lazio, a clairement pris des idées quelques kilomètres plus au Sud et, après avoir mené la Suisse aux Euros 2016 et 2020, ainsi qu'à la Coupe du monde en Russie en 2018, a décidé de lancer la Suisse dans la modernité. Aujourd'hui, la majorité des entraîneurs pratique un jeu fait de pressing haut, de relance depuis l'arrière, offensif, et il serait dommage de s'en passer pour éviter une relégation somme toute pas gravissime en Ligue B de la Nations League.

Problème, c'est vrai, face aux adversaires de gros calibres de la Ligue A, ça ne paye pas vraiment. La faute à ces satanées erreurs individuelles, que les Helvètes n'arrivent pas à gommer. «Pour ce faire, il faut 'simplement' être concentré pendant 90 minutes, tentait Haris Seferovic jeudi, en revenant de Belgique. Nous n'en parlons pas beaucoup entre nous, honnêtement. Si on ne fait que parler de ça, ça mettra tout le monde mal à l'aise et les choses ne feront qu'empirer. Nous devons rester positifs.» Comme dans le jeu, finalement.

Roberto De Zerbi fait des miracles à Sassuolo.

Roberto De Zerbi fait des miracles à Sassuolo.

KEYSTONE

L'attaquant de Benfica est l'exemple-même de ce que veut son sélectionneur: des joueurs efficaces dans les zones de vérité. Même s'il n'est que rarement titulaire au Portugal, le buteur profite de chaque minute pour la mettre au fond et a un ratio assez incroyable d'un but toutes les 36 minutes en Liga NOS. Pour lui, son coach et son équipe nationale sont dans le juste. «Cette sélection s'est très bien développée depuis la Coupe du monde 2018. Elle a fait un pas de géant» en terme de jeu, a-t-il affirmé. C'est vrai. Mais comme écrit plus haut, jouer n'est pas gagner, surtout contre des grands comme l'Allemagne, l'Espagne, la Belgique ou la Croatie.

Entre une formation qui ne gagne plus (la Suisse) et une autre qui n'y arrive plus à l'extérieur (l'Espagne), le match de samedi s'annonce débridé, sans doute plus que le match aller de Madrid (1-0). Seferovic en est d'ailleurs bien conscient et même optimiste, alors qu'un nul ne serait pas forcément pour déplaire aux siens. «Pour moi, nous allons gagner ce match, a lancé le goaleador. Nous n'allons pas entrer sur le terrain, à Bâle, pour garder un 0-0.» A condition, bien sûr, de battre l'Ukraine derrière, mardi à Lucerne.

De toute façon, les 0-0, ce n'est pas quelque chose que la «Nati» sait faire. Le dernier match vierge de but des Helvètes date du «final four» de la Ligue des Nations, quand elle avait été battue aux penalties par l'Angleterre. Avant, il faut remonter au 12 novembre 2017 et un barrage retour des qualifications au Mondial contre l'Irlande du Nord (aller 1-0 à Belfast). Soit deux 0-0 sur ses 43 dernières rencontres! Loin du «verrou suisse» des années 30 à 50. Quoique Fabian Schär ferait certainement un excellent libero à l'ancienne.

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8 commentaires
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Pelton 47

14.11.2020 à 10:01

Remonter le ballon depuis la défense demande une grande maîtrise technique que tous les joueurs suisses ne possèdent pas vraiment. Manque de verticalité mis à part Xhaka et peu de débordements et de centres. L'équipe suisse propose un jeu agréable mais manque d'efficacité.

Alphonse Danlmil

13.11.2020 à 21:11

Vous nous avez quand même dégoté un sacré analyste pour l'équipe de Suisse...

Gilbert Graisse

13.11.2020 à 20:11

La Suisse développe un jeu ambitieux ? Je dois me retenir pour ne pas m'étouffer de rire... C'est le moment de prendre la température...