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ArméeFaute de Gripen, voilà le «vélo 12»

La Suisse veut acquérir 2800 petites reines, pour 7 millions de francs. Un achat qui semble important pour Ueli Maurer. Même s’il n’y a plus de troupes cyclistes depuis 2003!

par
Eric Felley
En 1994, ces recrues apprenaient encore à entretenir le Condor, modèle fabriqué depuis 1905.

En 1994, ces recrues apprenaient encore à entretenir le Condor, modèle fabriqué depuis 1905.

Keystone

Tandis que l’armée suisse se trouve confrontée à mille et une difficultés pour acquérir un nouvel avion de combat, elle réussit l’exercice parfait pour l’achat d’un nouveau vélo. Selon la NZZ am Sonntag , l’armée doit passer cette année une première commande de 2800 petites reines au prix de 2500?francs pièce à la fabrique Simpel, près de Zurich. Ce nouveau modèle, appelé «Vélo 12», dispose de huit vitesses, d’un cadre en alu, de freins à disque et pèse 15 kilos. C’est le troisième vélo que l’armée suisse achète de son histoire.

Le modèle mythique, qualifié parfois de «bête de somme», pesait 25 kilos, n’avait qu’une vitesse et des freins rudimentaires. De la marque Condor, il a été fabriqué entre 1905 et 1984. On en trouve aujourd’hui sur le marché de l’occasion et son prix peut monter jusqu’à 1500 francs selon son ancienneté. L’armée a acheté un deuxième modèle Condor en 1993, muni cette fois de 7?vitesses.

La passion du ministre

2800 vélos, pour faire quoi? L’infanterie cycliste, faisant partie des «troupes mécanisées légères», a été supprimée en 2003. Ce régiment a compté jusqu’à 3000 soldats. L’armée suisse disposerait encore aujourd’hui de 7000 vélos. Pourquoi donc en acheter de nouveaux? Pour le transport et le déplacement sur les places d’armes et dans les casernes, répond l’armée.

Membre de la Commission de sécurité du Conseil national, Christian van Singer (Verts/VD) n’était pas au courant de ce marché: «J’en parlerai en commission… mais il y a des dépenses plus énormes qui posent problème dans l’armée. D’une manière générale, je constate qu’elle continue de dépenser souvent sans trop savoir pourquoi, que ce soit pour des avions ou des vélos.»

Tant de bicyclettes neuves pourraient s’expliquer par la passion du conseiller fédéral en charge de la Défense. Selon l’hebdomadaire zurichois, Ueli Maurer a effectué un «stress test» de la nouvelle bécane entre son domicile de Münsingen et son lieu de travail, à Berne, chemin qu’il emprunte souvent à deux-roues. Lui-même avait été incorporé à l’armée comme «soldat cycliste». En 2009, il avait déclaré à une télévision régionale: «Mon rêve secret est d’être le conseiller fédéral qui aura réintroduit le vélo dans l’armée.» C’était son prédécesseur, Samuel Schmid, l’ex-conseiller fédéral UDC, qui lui avait donné le coup de grâce dans le programme Armée XXI.

Il y a trois ans, personne n’avait réellement prêté attention à ce «rêve secret». Mais aujourd’hui, avec l’achat des Simpel, n’en verra-t-on pas l’accomplissement? «Je ne crois pas…» répond, surprise, Silvia Steidle, porte-parole du Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS). Elle précise que cet achat relève d’Armasuisse, où personne ne pouvait donner hier plus d’informations.?

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