28.02.2018 à 07:32

RévélationsFaux permis à La Poste

En 2003, des données erronées ont été inscrites par le géant jaune sur les permis de circulation de centaines de véhicules. Qui ont circulé sans expertise pendant des années.

par
Pauline Rumpf
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Quelque 20'000 véhicules arboraient le «P» de La Poste.

Quelque 20'000 véhicules arboraient le «P» de La Poste.

Les plaques d'immatriculation sont cantonalisées.

Les plaques d'immatriculation sont cantonalisées.

Le document émis à l'époque où La Poste disposait de ses propres plaques d'immatriculation.

Le document émis à l'époque où La Poste disposait de ses propres plaques d'immatriculation.

Dans le contexte de l'affaire CarPostal, désormais sous le coup d'une enquête menée par Fedpol, des problèmes de gestion de La Poste ont été mis en lumière. De nouvelles révélations viennent s'y ajouter. De fausses informations ont en effet été inscrites par le géant jaune sur les permis de circulation de centaines de véhicules, qui ont donc circulé sans expertise pendant plusieurs années. Connue de la hiérarchie, l'affaire a clairement été étouffée.

De fausses expertises datées... le dimanche

Les faits remontent au début des années 2000, alors que La Poste possédait encore son propre service des autos. Dans le cadre de la révision de la loi sur la circulation routière, en 2003, les plaques «P» de quelque 20'000 véhicules ont dû être remplacées par une immatriculation cantonale.

Or, dans de nombreux cas, les données fournies par le géant jaune aux offices cantonaux de la circulation pour l’établissement des nouveaux permis étaient fausses. Les expertises de centaines, peut-être même de milliers de véhicules ont ainsi été postdatées. Le changement a été fait de manière si grossière que les dates tombent parfois le samedi et même le dimanche. Des vélomoteurs et des remorques en mauvais état ont pu rouler pendant plusieurs années sans être contrôlés.

Lanceur d'alerte réduit au silence

Lorsqu’il a constaté l'erreur supposée, un employé d'un garage de La Poste l’a signalée à sa hiérarchie. «C'était totalement inconscient du point de vue de la sécurité», s'inquiétait-il. Résultat: il a été transféré en catastrophe dans un autre service, alors qu’une mutation aurait de toute façon dû intervenir peu après dans le cadre d’une restructuration générale. Il a ensuite reçu une lettre l’invitant à se taire, au travers de menaces à peine voilées.

Alertés ultérieurement, les offices cantonaux de la circulation n’ont pu que constater le problème et rattraper le retard dans les expertises quand ils le pouvaient ou mettre hors service les véhicules trop vieux, le plus rapidement possible. «Nous avons appris que certaines données qui nous avaient été communiquées n'étaient pas correctes, de sorte que les permis de circulation que nous avions établis comportaient des indications erronées quant aux dates d'expertises», a indiqué l'Office cantonal bernois de la circulation.

La direction avait été informée

La Poste n'a pas souhaité nous répondre dans l'immédiat: «nous devons examiner les faits avec soin et avons donc encore besoin de temps pour nous prononcer», écrit sa porte-parole.

La directrice de La Poste avait toutefois été informée du problème en 2016 lorsque, après s’être tu pendant quatorze ans, le lanceur d’alerte avait décidé de lui écrire. Si elle reconnaît dans sa réponse que «certaines erreurs de saisie se sont produites», Susanne Ruoff en minimise l'importance, précisant notamment qu’il ne s’agit que de remorques. Ce point est démenti par les documents: des dizaines de vélomoteurs, au moins, sont aussi concernés par les expertises fictives. Au total, quelque 1400 véhicules seraient touchés.

«Objectifs irréalisables pour du service public»

«Si c’est avéré, ce cas est vraiment grave, réagit Jacques-André Maire, conseiller national socialiste. Ça montrerait que, déjà en 2003, les différents services de La Poste étaient sous pression pour tenir des objectifs complètement irréalisables pour une entreprise de service public. Ils pourraient donc avoir été poussés à des actes délictueux afin de sauvegarder des emplois.»

Selon une source bien informée sur les rouages de l’entreprise, de tels agissement ne sont pas étonnants: certains dirigeants faisaient plus ou moins ce qu’ils voulaient, et les bêtises étaient ensuite cachées sous le tapis, explique-t-il.

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