Pologne - Faux site de produits de beauté pour aider les victimes de violences
Publié

PologneFaux site de produits de beauté pour aider les victimes de violences

Une Polonaise de 18 ans a créé un site internet qui se fait passer pour un magasin de produits de beauté mais qui offre une aide aux victimes de violence domestique.

L'adolescente polonaise Krysia Paszko, créatrice d'un site Web d'aide aux victimes de violence domestique, travaille sur un ordinateur dans sa maison familiale, dans une banlieue de Varsovie, le 23 février 2021.

L'adolescente polonaise Krysia Paszko, créatrice d'un site Web d'aide aux victimes de violence domestique, travaille sur un ordinateur dans sa maison familiale, dans une banlieue de Varsovie, le 23 février 2021.

AFP

Inquiète d’une augmentation des cas de violence domestique pendant le confinement, Krysia Paszko, une Polonaise de 18 ans, a créé un site internet qui se fait passer pour un magasin de produits de beauté mais qui offre en fait une aide secrète aux victimes.

«J’ai été inspirée par cette idée trouvée en France où, en allant à la pharmacie et en demandant le masque numéro 19, on pouvait signaler que l’on était victime d’abus», a déclaré à l’AFP cette lycéenne de Varsovie. L’adolescente a estimé que la Pologne aurait aussi besoin d’une sorte de code pendant la pandémie, alors que les familles restent enfermées 24 heures sur 24 sous le même toit, avec des risques de stress et de violence plus importants.

Lors du premier confinement, le Centre pour les droits des femmes, une ONG polonaise, avait observé une augmentation de 50% des appels à son numéro d’urgence anonyme qui offre un soutien en cas de violence domestique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a aussi noté une hausse de ce genre d’abus en Europe.

Krysia Paszko a créé son magasin Rumianki i Bratki (Camomilles et Pensées) sur Facebook en avril 2020. Avec des photos de savon à la lavande et de masques nettoyants à la sauge, le faux magasin a pourtant l’air bien réel. Mais à la place des vendeurs, de l’autre côté de l’écran se trouve une équipe bénévole de psychologues du Centre pour les droits des femmes.

«Si quelqu’un passe une commande et fournit son adresse, c’est un signal pour nous qu’une action de la police est nécessaire sur-le-champ», explique la lycéenne.

Abus physique ou psychologique

Ceux qui veulent juste parler demanderont plus d’informations sur un produit, ce qui conduira les psychologues à poser des questions codées telles que «comment la peau de la personne réagit-elle à l’alcool? Ou les cosmétiques pour enfants sont-ils également nécessaires?», dit-elle. Jusqu’à présent, l’équipe a aidé environ 350 personnes, en proposant notamment des conseils juridiques gratuits et des plans d’action.

Krysia Paszko souligne que «plus il y a de restrictions, plus il est difficile de quitter la maison et même de voir un ami, plus les gens nous écrivent». «Et souvent, les agresseurs deviennent plus actifs lorsque les temps sont difficiles, quand il y a davantage d’infections, de restrictions, de peur de la pandémie». La majorité de ceux qui contactent le site sont des femmes âgées de moins de 30 ans. L’abus peut être physique ou psychologique, de la part d’un partenaire ou d’un parent.

Entre 10 et 20% des cas ont donné lieu à un appel à la police. «Je me souviens d’une jeune femme qui était si constamment surveillée par son partenaire qu’elle ne pouvait nous écrire que lorsqu’elle donnait le bain à son enfant», a déclaré Krysia Paszko.

La femme avait déjà tenté de rompre la relation, mais son partenaire alcoolique et violent refusait de déménager. Grâce à l’intervention de son équipe, la police est venue et «lui a fait rendre ses clés, l’informant des conséquences s’il revenait», a indiqué Krysia Paszko, «Heureusement, c’était la fin des violences».

La Convention d’Istanbul

Pour ses efforts, Krysia Paszko a obtenu le prix de la solidarité civile de l’Union européenne, une récompense de 10’000 euros pour les initiatives liées au Covid.

La jeune femme regrette que le problème de la violence domestique en Pologne «soit quelque peu ignoré et négligé. Un soutien supplémentaire du gouvernement est nécessaire». Dirigée par les conservateurs nationalistes de Droit et Justice (PiS), la Pologne veut se retirer de la Convention d’Istanbul, un traité international historique contre la violence à l’égard des femmes.

L’an dernier, le ministre polonais de la Justice a annoncé qu’il avait lancé le processus de retrait du traité, arguant qu’il contenait des dispositions qui sapent les valeurs familiales conservatrices et qui sont «de nature idéologique». Malgré de vives protestations en Pologne et à l’étranger le processus se poursuit.

La semaine dernière, les conservateurs et les députés d’extrême-droite ont soutenu un projet de loi en faveur du retrait intitulé «Oui à la famille, non au genre». Le projet a été envoyé en commission parlementaire, malgré une ferme opposition d’autres députés souhaitant l’enterrer. Le projet initié par l’organisation ultra-conservatrice Ordo Iuris propose une nouvelle convention qui interdit notamment l’avortement et le mariage homosexuel.

(AFP)

Votre opinion