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Tennis«Federer gagnera encore un Grand Chelem cette année»

John McEnroe était l'invité d'honneur du tirage au sort. Trente minutes, montre en main, pour égrainer des certitudes.

par
Christian Despont

Qui sera numéro un mondial à la fin de l'année?

Je n'avais pas imaginé que Nadal dominerait autant 2010. Je n'avais pas pensé que, brusquement, Djokovic prendrait le pouvoir. Je ne voudrais pas dire de bêtises… Au fond de moi, je pense que Novak restera numéro un. Mais attention, Federer revient. J'ai la conviction qu'il remportera un titre du Grand Chelem cette année. J'en suis certain, absolument certain.

Pourquoi?

Ce n'est pas une intuition, mais une simple analyse: quand il atteint ce niveau, Roger joue mieux que personne. Il peut redevenir le maître à n'importe quel instant. Peut-être pas dans la durée, vu son âge, mais sur un tournoi. Roger doit «seulement» éviter les rencontres en cinq sets. Sa meilleure chance reste Wimbledon.

A votre avis, comment vit-il la suprématie de ses rivaux, lui qui a tant régné?

J'y réfléchis souvent, moi aussi. Voilà une question intéressante. D'une certaine façon, j'imagine que Roger éprouve des sentiments contradictoires, partagé entre la conscience d'un jeu extraordinaire et la frustration liée à quelques défaites inexplicables. Le succès est très proche. Mais il n'est pas là.

Où est la clé?

Inutile de la chercher, Roger l'a déjà. Il aime le tennis, follement, comme au premier jour. Il n'a besoin de rien d'autre, sinon d'une bonne santé. Tant que cet amour durera, il sera capable de tout.

Comprenez-vous que Lleyton Hewitt, ATP 182, s'évertue à des retours impossibles?

Lleyton a dominé sa génération. Il a atteint des sommets. Au fond de lui, il sait que ses jambes ne le porteront plus. Mais il est incapable de s'y résoudre. Il voudrait que son corps obéisse, qu'il fasse abstraction des opérations à la hanche, aux genoux, partout, mais ce corps ne l'écoute plus, il ne répond plus aux injonctions, il ne réagit plus aux «come on».

Alors, pourquoi continuer?

Aucun champion ne veut entendre de la presse ou de quiconque qu'il devrait arrêter. Plus les résultats empirent, plus la position du joueur devient intenable. Lleyton réalise aussi, je pense, qu'il n'a jamais autant aimé le tennis. Peut-être regrette-t-il de ne l'avoir pas chéri plus tôt, de ne comprendre qu'aujourd'hui à quel point sa vie lui est intimement liée. J'ai ressenti la même culpabilité à l'époque. L'attachement grandit avec la perspective de tout perdre.

Ivan Lendl, votre rival historique, sort de sa retraite pour coacher Andy Murray. Etes-vous surpris?

C'est une drôle d'idée, en effet, mais je la trouve intéressante. Vous savez combien il me coûte d'accorder le moindre crédit à Lendl! Dieu me garde d'en dire du bien. Cela dit, Murray a choisi la bonne personne pour le pousser à davantage d'exigence. Il ne pourra plus ronchonner. En plus, ces deux-là ont le même karma: 24 ans, aucun titre du Grand Chelem. Lendl avait remporté sa quatrième finale. Murray, lui, en a déjà perdu trois. Comment ne pas y voir un signe?

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