12.11.2020 à 10:09

FranceIvre au bloc, une anesthésiste belge prend 3 ans de prison

Une anesthésiste, licenciée pour faute grave en Belgique, avait été embauchée dans le sud-ouest de la France où une femme de 28 ans était morte en couche, par sa faute.

L’anesthésiste belge Helga W. ici en 2014.

L’anesthésiste belge Helga W. ici en 2014.

AFP

La justice française a condamné jeudi une anesthésiste belge à trois ans de prison et à l’interdiction définitive d’exercer la médecine après un accouchement fatal. La médecin de 51 ans avait pratiqué l’opération en étant ivre.

Le jugement du tribunal correctionnel de Pau est conforme aux réquisitions du parquet à l’encontre de la quinquagénaire. Celle-ci était jugée pour une série d’erreurs médicales alors qu’elle intervenait, sous l’emprise de l’alcool, sur l’accouchement sous césarienne d’une Britannique de 28 ans, le 26 septembre 2014.

«Un carnage»

Après deux jours d’audience marqués par le silence de la prévenue, la procureure Orlane Yaouanq avait demandé au tribunal correctionnel de prononcer la peine maximale prévue pour le délit d’ «homicide involontaire».

Installée en France, la victime était décédée quatre jours après l’intervention des suites d’un défaut d’oxygène, sans avoir vu son bébé, indemne. D’après l’enquête, l’anesthésiste, en poste depuis une dizaine de jours, avait intubé les voies digestives, au lieu des respiratoires, sans s’en apercevoir.

Puis elle avait utilisé un ballon manuel au lieu du respirateur du bloc, qu’elle ne savait pas faire fonctionner, selon des témoins. «Un carnage», selon la procureure.

Licenciée deux fois

Devant les enquêteurs, la médecin reconnaîtra avoir commencé sa journée, «comme tous les jours», par un mélange d’eau et de vodka et avoir de nouveau bu dans la soirée. Chez elle, les gendarmes avaient retrouvé quatorze bouteilles de vodka.

L’anesthésiste avait entamé un parcours d’ «alcoolisation excessive» après une rupture sentimentale en 2005. Cela lui avait valu deux licenciements pour faute grave en Belgique, en 2013 et 2014, en dépit de plusieurs tentatives de désintoxication, a rappelé la procureure.

Silence

Embauchée en France parce que «grillée» dans son pays, elle «a cumulé les négligences, imprudences et maladresses» au bloc, a insisté le ministère public. C’est «la seule responsable», a ajouté la procureure, balayant la responsabilité «collective» des établissements hospitaliers d’Orthez, qui avaient bénéficié d’un non-lieu au cours de l’enquête.

Son passé «n’a en réalité jamais été porté à la connaissance» de la clinique qui mettait ses soignants et ses locaux à disposition du centre hospitalier d’Orthez, et «l’ordre des médecins belge n’en n’avait jamais eu vent».

Jugée libre, l’accusée avait lu une déclaration avant d’annoncer qu’elle utiliserait son droit au silence. «Je ne mérite pas la prison», avait-elle dit, sans regard ni mot d’excuse pour les parties civiles. Un «silence méprisant et irrespectueux», pour le partenaire de la victime.

En s’avançant à la barre au dernier jour de son procès, l’anesthésiste s’est dite «sincèrement désolée». «Je n’ai pas trouvé les mots pour le dire, je ne sais pas exprimer la douleur», a ajouté la quinquagénaire. Hors audience, elle a voulu parler à la famille de la victime, qui a refusé.

(AFP/NXP)

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